03 novembre 2011

 

Les Paul & Mary Ford, de l'invention de l'Overdub

Séquence émotion. Un des tous premiers morceaux de l'histoire de l'univers connu à utiliser l'overdub. Les Paul avait déjà auparavant commencé à overduber avec des disques : je m'enregistre sur un disque, je passe le disque, je joue par dessus en m'enregistrant sur un deuxieme disque. See watta mean ?

Voir son single "Lover" (1947), fait avec ce genre de technique. Sur "Lover" Les Paul se permet d'utiliser différentes vitesses, doublées ou deux fois moins vite, et joue donc avec des textures totalement inédites à l'époque. Il en fait de la musique. Bon. De la musique de démonstration de foire, mais de la musique. A la vérité, Sidney Bechet avait déjà publié un single jouant ouvertement sur l'overdub : "sheik of araby" par "Sidney Bechet One man's band". 1941 carrément. Il y jouait tout, profitant des possibilités d'enregistrer en plusieurs fois. Batterie, basse, piano et cuivres. Sa tentative n'avait pas rencontré un écho délirant. Plutôt de l'hostilité. Il paraîtrait même que la fédération des musiciens américains l'a menacé d'un bon vieux procès (c'est un point que j'ai du mal à éclairer en cherchant le web mais qui reste finalement largement anecdotique)... l'overdub pouvait signifier la fin du business pour tous les musiciens d'accompagnement...


Avec l'avènement du magnétophone (technologie volée aux allemands après guerre. Développée par BASF pour diffuser les discours d'Hitler sans qu'il ait besoin d'être au studio de radio, utilisée pour archiver les discours des élites nazies) Les Paul peut multiplier les manoeuvres sans trop de déperdition sonore. Il invente moults techniques avant que la société californienne Ampex ne se décide à sortir un magnéto multipistes, à sa demande, sur ses plans. A partir de là et comme le dirait un Madoff ou un quelconque executive de chez Goldman Sachs, the sky is the limit. La musique vient d'être irrémédiablement transformée, ne pourra plus jamais être la même. Il appelle sa technique sound on sound. On retouche le réel avec du réel comme disait Bresson à propos du cinéma.

Ecoutez la voix au moment des refrains, la multiplication des voix, c'est à tirer des larmes à un fonctionnaire du (futur) FESF.

Ils sont beaux tous les deux avec chacun leur casque, hardis à lancer la révolution qui va à jamais balayer le genre de musique gentilment plouc qu'ils affectionnent. Innovateurs mis à poils par leurs inventions (mêmes). Vainqueurs par le multipistes, vaincus par le multipistes.


28 octobre 2011

 

Hydrophonies

(une écoute au casque rendra à ce post un peu plus de sa vérité. une écoute sur les enceintes merdiques de votre pc/mac lui fera mal)

Qui a déjà tripatouillé des potards le sait, la machine est aussi incontrôlable que la nature elle-même. Souvent indifférente et révoltante d'ennui, parfois mystérieuse, voire mystique.
C'est ce que veut dire Villalobos le DJ quand on lui refile le catalogue de musique contemporaine/jazz de ECM et qu'il le manipule avec d'énormes synthés très chers qu'il décrit comme des êtres vivants. A un certain moment le machin (le synthé) a son autonomie propre, il ne donne que ce qu'il veut. On se contente de le flatter comme une plante verte, comme un gros chat. Et alors la musique devient autre chose que de la volonté, elle devient de l'observation, je veux dire elle devient pure écoute (et la technique, cette vieille emmerdeuse, s'envole, disparaît derrière un brouillard perlé, l'oreille est le seul instrument), je veux dire que le musicien peut se rêver en détenteur à temps partiel d'un écosystème plutôt qu'en "créateur", en locataire d'un jardin, plutôt qu'en compositeur qui manipulerait le beau à partir de son génie incarné. Il n'a plus pour arme qu'une petite serpette. Il enlève un peu pour que ça bourgeonne.




En musique la technologie gagne à prendre son autonomie, à trouver un milieu où "vivre". La musique c'est l'anti-fukushima. Le musicien aime que le réacteur crame de mille feux pendant qu'il a le dos tourné, c'est même tout l'intérêt de sa mise à feu. L'ingénieur contrôle sa technologie et s'angoisse de la laisser fuir, le musicien la laisse faire, et attend le moment où elle va tout inonder. Il est un innocent de l'écoute, un innocent aux oreilles pleines, pour qui aucune malfaçon n'existe.

Alors un enregistrement fait au micro hydrophone sous la couche de glace d'un lac gelé des Vosges, un enregistrement d'amateur amoureux (qui pour le coup connaît sa technique), peut se mettre à sonner comme de la musique, comme un synthé vivant. Le promeneur écoutant et le DJ dans son studio travaillent finalement à capter ce qu'il se passe dans leur jardin. Microcosmos.

http://www.promeneursecoutant.fr/article.php?id=50&titre=longemer-resonne


L'hallucinante Débâcle à Pierre-percée (quel titre !) fera office de bonus-track à cette petite leçon de zoomusique.

http://www.promeneursecoutant.fr/article.php?id=22&titre=debacle-a-pierre-percee

Le son des blocs qui s'entrechoquent remplit mon coeur d'une joie glacée.

03 octobre 2011

 

La piscine à copé


Ainsi, la part invisible de ce document, l’aura du propriétaire de la piscine, se dessine de plus en plus précisément hors champ et modifie le degré de compromission du nageur candide. Le liquide change de nature… Le hors-là d'une photo de vacances, aussi effrayant que le bleu de la piscine : analyse complète de la photo choc ici.

Pas de politique sur ce blog, bien sûr, jamais. Rappelez-vous cependant les enfants, Paul, Épitre aux corinthiens, 12, 5, 7 : Du tout sauf Guéant, jamais tu ne dévieras. Jamais. Pour ses acolytes, en maillot de bain ou non, tu auras bien sûr la même tactique de bouchage de nez, à la pince à linge si tu as besoin de tes mains, avec ton pouce et ton index sinon, comme si tu allais plonger dans le grand bain.

30 septembre 2011

 

The Quietus

Suis séduit par le Quietus, publication musicale pointue. Je ne partage pas toujours leurs opinions, leurs choix etc. Mais le fond y est

http://thequietus.com/

L'article très clair et sans bullshit technique sur les horreurs sonico-commerciales du Mastering (la course à l'armement du "c'est moi qui ai le plus gros son"), est une merveille du genre.

08 septembre 2011

 

Barrissent les manchots

Princes ottomans et syncrétismes antéculturels de Göbekli Tepe, raffinements de la sublime porte, stambouliotes et gens de Kars la neigeuse, d'où, de quel divin nombril peut donc sortir cet impensable mélange de psychédélisme wahwah et d'orientalisme ? D'où vient cette lancinante et lascive vague d'amourzenfumés ? Sont-ce les percussions ou bien l'Oud électrique qui abreuvent nos esprits à la source commune, à la vulgivaga de l'Amour-vrai ? Oh je vois un ashram sur le Bosphore même, où nous vivrons nus et dialpiderons notre éternelle jeunesse dans des boeufs plus interminables que les nuits des pyramides sur quelque petit vapur loué à un marchand de Bien pour l'occasion, nous nous y épancherons langoureusement sur des tapis perses et feront tourner le bong d'améthyste et d'ivoire, nos yeux rougis par l'épaisse sensualité de l'amour collectif, nos peaux dorées par le soleil levant qui dardera ses rayons fougueux sur la vieille Sainte Sophie. Et le Styx même coulera à l'envers, déversant sur nous jusqu'aux plus cruelles de nos divinités oubliées pour une mascarade qui n'aura pas de fin. A moi !


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