17 juin 2009

 

Gala pas glose


Bienvenue dans le blog le plus "la ralentie" de l'univers. Ca n'est pas que je n'ai rien à dire (je voulais poster sur Badiou mais j'ai baillé), c'est plutôt que j'ai à faire.

Je voulais tout de même partager avec vous une des choses les plus belles qui survient en ce moment, un putain d'exemple pour la jeunesse : Badienne (Bach Yenn) amie de longue date part en famille et en voilier pour un "tour du monde" (appellation générique, voir l'itinéraire) pour deux ans au moins. Ils ont trimés durs pendant 10 ans, ils ont faits des enfants. Ils réalisent le gros morceau qui fait rêver la nuit.

http://galapiat.canalblog.com/

Bon vent, la formule s'impose


GG

05 mai 2009

 

Interchangeables


C'est un hasard de la vie. Hier je discutais en fin d'après midi avec les deux futurs auteurs/dessinateurs d'un très probable livre sur La dialectique de la raison de Adorno et Hockheimer. Au cours de la conversation on m'expliquait que pour les deux allemands, Sade montrait, pressentait peut-être, une des bases de la morale à venir, celle du capitalisme naissant, du devenir-usine du monde, le fait que nous soyons interchangeables. Amusant comme cette interchangeabilité est lue par Sade dans le moment même ou l'individu est exalté, dans le momentum des droits de l'homme, en 1789. Ca n'est certainement pas un hasard (mais je ne partirai pas dans un développement là dessus, ça vole au dessus de mes petites épaules). Dans ses pyramides de corps, tous les baisants/baisés, forçants/forcés, tous les partouzants sont réduits à des emboîtements, à des bites/chattes, sont purement interchangeables. Gymnastes sexuels comme disait Moorcock dans certaines pages dont je ne saisissais peut-être pas l'ironie dans ma jeunesse... Seule la chorégraphie est intéressante, et à travers elle, la fonctionnalisation, le devenir-outil de ceux qui la font. Pour Adorno et Hockheimer ça préfigure des choses très modernes comme le foot américain (!), ses joueurs casqués et changeables à volonté. Je trouve cet exemple parfaitement incongru mais je ne fais que redire, sans vérifier sur ouikipède ou autre, ce que j'ai entendu hier.

Le soir je voyais un film français de niveau moyen avec Chabat et Auteuil, La personne aux deux personnes(Merci M.). Et puis pan ! Cette scène hallucinante où les deux rentrent dans les locaux de la Cogip (Conglomérat organisationnel de gestion internationale patrimoniale, un truc du genre) en costume blanc de macro ou de joueur de casino avec deux gros fusils à pompes (photo), et tirent dans le tas, le sourire aux lèvres, la fleur au fusil. Je n'ai pas vu une scène aussi haineuse depuis bien longtemps. L'air béât de Chabat massacrant au hasard est absolument terrifiant, la musique est du genre élégiaque. Et pan sur le directeur du personnel, et pan sur la dame gentille de la photocopieuse, et pan sur des dizaines de cadres anonymes... et que ça gicle, et que les cadavres s'accumulent. Interchangeables. M'est venue l'idée que ca n'était pas tant le massacre qui intéressait les jeunes lycéens américains, pas tant l'exploit, que la tentative de briser à la racine cette interchangeabilité. Ou du moins, l'ado boutoneux ne faisant pas de politique, exécrant la politique, de s'attaquer à l'interchangeabilité elle même... de lui tirer dedans pour l'éprouver. Et là, boucle bouclée, Auteuil tombe sur la directrice du personnel, dont il est secrètement amoureux, en train de se faire baiser par un homme de dos (lui même, évidemment. la scène entière est un rêve du comptable Auteuil), là, à côté de l'ascenceur, un baillon SM dans la bouche, en pleine pose sadienne...
Il faudrait voir en quoi l'Amérique et l'Allemagne, les deux grandes sources de massacres au hasard dans les lycées, sont des pays qui encouragent à la source cette interchangeabilité (sous le nom fallacieux de mobilité professionnelle ? )... Et en quoi le jeu vidéo, que je ne blâme en rien mais dont je n'arrive pas à penser qu'il n'a pas une part si ce n'est de responsabilité, du moins d'inspiration, n'est pas, plus qu'un jeu de violence, le théâtre de cette interchangeabilité, son lieu idéal, sa matrice.

PS : suis en train de lire L'hypothèse communiste de Badiou, qui est et c'est bien triste, pas du tout à la hauteur de ses ambitions. C'est je crois à la gravité des temps que le vieux normalien maoïste doit le succès de son machin. J'enchaîne avec Théorie du Bloom du collectif Tiqqun, qui est sur le ton du "nous ne sommes plus nous même et c'est tout ce qu'il nous reste comme identité", et je "reviens vers vous" comme on dit en Amérique (chez les interchangeables).

01 avril 2009

 

Sun kicks in

Are teenage dreams so hard to beat
Everytime she walks down the street
Another girl in the neighbourhood
Wish she was mine, she looks so good

I wanna hold her wanna hold her tight
Get teenage kicks right through the night

I'm gonna call her on the telephone
Have her over cos i'm all alone
I need exitement oh i need it bad
And its the best, i've ever had

I wanna hold her wanna hold her tight
Get teenage kicks right through the night

I wanna hold her wanna hold her tight
Get teenage kicks right through the night


(Ouaip. Le printemps est là, avec ses grands yeux gris.)


04 février 2009

 

Wilhelm Blake (et Mortimer)



"Abasourdis les jaunes constatent avec stupéfaction que la chambre est vide"


02 février 2009

 

William Onyeabor


Jour de joie. Il y a des années que je cherche à écouter l'album de William Onyeabor, musicien proto electro-funk nigérien repéré sur la compilation Nigeria 70. J'étais tombé amoureux du titre "Better change your mind". Minimalisme techno funk avec des harmonies africaines et une patte particulière, spatiale. 1977 tout au plus. Tracks très longs, jamais moins de huit minutes. avec des ponts entre les couplets qui deviennent de pures envolées désertiques, fantomatiques. Magnifiques harmonies vocales et rythmiques funks coupées à l'os. Production sale et démerdarde comme une rue de Lagos. Des solos de synthé comme personne personne ne pourra plus jamais oser en rêver. Une innocence sublime. "America do you ever want to change your mind..." Onyeabor est devenu après cet album chef de son Village au Nigéria et s'est retiré des claviers. L'album est introuvable ou alors très très cher sur ebay. Et voilà il suffisait d'attendre....

Atomic Bomb est disponible ici
http://lamaraba.blogspot.com/2008/04/atomic-bomb-william-onyeabor-1978.html

A écouter pour tout de suite :

"Better change your mind" (mal encodée...):




"Body And Soul"


Tiré du CD de Nigeria 70 :
William Onyeabor studied cinematography in Russia for many years, returning to Nigeria in the mid-70s to start his own Wilfilms music label and to set up a music and film production studio. He recorded a number of hit songs in Nigeria during the 70s, the biggest of which was "Atomic Bomb" in 1978. "Better Change Your Mind" is taken from the same album, and, as well as slating the power-crazed nations of the world, the second half settles into a unique slice of stripped down spacey, lo-fi funk which is unlike any other Nigerian music being made at the time. William has now been crowned a High Chief in Enugu, where he lives today as a successful businessman working on government contracts and running his own flour mill.

20 décembre 2008

 

Images du monde visionnaire

Un peu d'ennui après la sieste (après la piscine) cette aprem... suis tombé "de fil en aiguille" sur cet incroyable film DE Henri Michaux tourné pour les laboratoires Sandoz en 1964, "Images du monde visionnaire", ou la tentative de recréer à l'écran un trip sous LSD/Mescaline, de manière "scientifique" c'est à dire vécue. Michaux fut un explorateur (à l'époque légal) de ces substances, il a "connu par les gouffres".


Le survol par la caméra de ses dessins obsessionnels réalisés pendant ses voyages à la Mescaline, m'a exactement replongé dans le livre que nous sommes en train de produire sur "la vitesse infinie" de Deleuze et Guattari. Oscillation des choses, oscillations fondamentales d'où tout part, tout se crée et se défait, oscillations qui CONSTITUENT les choses, la matière comme la pensée... Oscillations si rapides, à vitesse infinie

D'ailleurs Michaux nous met en garde dés l'introduction :

"quant à la vitesse (de défilement) elle est telle que toutes les images réunies devraient tenir en 50 secondes. Là, le cinéma devient impuissant"

Quoi ? Non... je n'ai rien pris.... regardez le film et taisez vous !


http://ubu.com/film/michaux_images.html

21 novembre 2008

 

De qui ?

La guitare est la mère de tous les instruments.

Mais on ne fait pas de bonne musique avec sa mère.



Il parait que c'est de moi. Je suis pas peu fier.

PS : Le sens figuré dans libé. Yep.
Qu'aurait dit Warhol ?

http://www.lesensfigure.fr/blog/index.php?2008/11/20/48-qu-aurait-dit-warhol

23 octobre 2008

 

Le sens figuré - boutique

Le sens figuré a sa boutique... limitée pour le moment à la France métropolitaine. C'est chaud cette affaire, bien plus qu'il n'y paraît, mais nous ne sommes pas peu fiers.

C'est expliqué .

18 octobre 2008

 

L'enfant assassin des mouches

Je ne connaissais pas ce pendant instrumental au Melody Nelson de Gainsbourg, composé et arrangé par Jean-Claude Vannier. Et bien ça m'a tout simplement l'air d'être une tuerie furieuse. Oui j'ai eu cette info par Le Monde (le canard ex-trotsko-balladurien devenu keynesien-vert, vous connaissez ?), suite à la représentation en concert de la chose ces temps-ci à Paris. Bref "il faut croire que je retarde"... Chef d'oeuvre, oder ?


22 septembre 2008

 

Le sens figuré - ça chauffe !


Site refait, blog alimenté, boutique pour bientôt... ça chauffe !

http://lesensfigure.fr

Les livres sont là. Je répète...

12 septembre 2008

 

Message personnel à Thieum


Mon loulou tu es le plus adorable des amis que le monde ai porté.

 

L'effroyable euphorie : l'opéra de quat' sous (Die Dreigroschenoper)



"La cocotte sentimentale est allée en enfer de troisième classe. Et c'est de la fange que naquit, avec une légère variation de la version mythique des faits, la nouvelle venus Vulgivaga, nommée en grec Pandemos, en berlinois Nutte (putain)... (...) La notion du beau est définitivement abolie, refoulée par une mise en évidence et une glorification du sexe qui relèvent incontestablement du culte"(Hans-Heinz Stückenschmidt, citation extraite du livret du CD).

Oui.. tout a été dit... Et tout oublié ? Tellement resassé que l'on ne l'entend déjà plus... Reprenez Kanonensong. C'est une chanson inusable. qui me tourne dans la tête des jours entiers. qui me transcende. Qui se danse éméché en faisant la gigue. oh. n'oubliez pas kanonensong. elle est là sur ce youtube, vers la 5 ou 6e minute...
L'opéra de quatr'sous a ce statut d'objet culte, de référence. Dont la surexploitation par des médiocres fait fuir le mélomane. Jamais vu/entendu dans sa version originale, toujours entendu par la bouche de quelqu'un d'autre. D'où une recommandation de la plus haute importance : choisissez l'enregistrement de 1930 fait dans l'euphorie immédiate du succès de la pièce. Oui celui de ce youtube. Grosso-modo toute l'équipe originelle, notamment Lotte Lenya et Kurt Gerron, enregistre aux studios de Telefunken pour l'adaptation cinéma, le gramophone et la radio. Les variations par rapport à la pièce originale sont mineures. Oubliez celui de 1958, qui certes est fait avec Lotte Lenya mais sent déjà la naphtaline. Le son est peut-être de meilleure qualité mais l'Opéra de quat' sous n'est plus tout à fait le même. Il a voyagé à Broadway, est devenu un classique mondial, un répertoire. Et puis il est revenu dans le Berlin à demi-socialiste où la critique du capitalisme est devenu le discours officiel, un énoncé de pouvoir d'une grande violence.

Au delà de la chaleur sonore de l'enregistrement d'époque, on rêverait de l'entendre avec les pops de l'aiguille, l'enregistrement a le mérite de transcrire l'intention originelle : ce chant nasillard, cette gouaille agaçante (ah ! Mackie Messer !). La braillarde vie de quartier. L'humour désillusionné et son odeur de souffre. Le meurtre qui rode. La pureté de ses voix aiguës contre la dureté des textes ("une veuve jeune et sage estimée dans son quartier subit les derniers outrages, mackie n'en eut pas pitié !"). Et le sexe, la prostitution. Berlin Babylone, la ville libérée d'Europe. La ville des putains et de la pornographie. L'exploitation sexuelle généralisée est l'enfant de la misère indigne et de la liberté des moeurs. On se reportera à l'ouvrage Voluptous panic si l'on veut tout savoir(et se rincer l'oeil). 120 000 prostituées parcourent les rues de la ville, des femmes seules, des mères avec leur filles. Berlin est aussi une ville de veuves de guerre affamées. Il existe tout un système de call-girls, de call-boys, de locations d'enfants. Le SM se pratique sur petites annonces. La cocaïne est en vente libre et l'on en fait la publicité.
Une destination privilégiée d'un "certain tourisme", dont le cabaret et ses femmes légères, ses quelques danseuses nues comme Lola Bach (dés 1921...) ou Anita Berber (qui a eu l'honneur d'être dessinée par Otto Dix), ne sont que la face publique, la vitrine commerciale. Le sexe était parait-il la troisième économie de la ville. Derrière la finance et l'industrie. C'est un des aspects de Weimar qui s'est un peu perdu de la mémoire historique.


L'opéra de quat' sous n'en parle que par la bande. L'exploitation y est la norme des rapports humains, et le sexe un de ses médiums privilégiés. Mais les critiques de l'époque ne voient que cela. Comme le discours des artistes s'est attaché à la réalité des choses. Comme la métaphore a disparu, dissoute dans la dureté des temps. Klaus Mann, le frère de l'autre, parle de "l'effroyable euphorie" qui règne, les danseurs de fox trot sont des trafiquants. les exploiteurs sont les fêtards. La ville court vers le gouffre en riant.

Un objet hybride weimarien. Un "Opéra" anticapitaliste en forme de pièce de théâtre. Un Songspiel de pur divertissement où la musique sert à appuyer les figures rhétoriques et narratives d'un travail de propagande anticapitaliste, où le Jazz et la chanson de rue soutiennent l'agit propr'. Un monde sale (corruption, dénonciation, meurtre, vol) décrit avec une livide et mordante ironie. Les compositions de Weill qui empruntent tant à la musique légère et à ses clichés déjà éculés (chanson, jazz, fox trot, operette, tango, blues, cabaret, n'en jetez plus), ne font surtout pas dans le sentimentalisme. Les arrangements sont, euphémisme, "dépouillés". La musique n'a que la peau sur les os mais elle braille encore. Les voix chevrotent, la performance vocale n'a aucune espèce d'importance : l'acteur/chanteur doit surtout savoir rendre l'insolence politisée de Brecht. La musique a été écrite pour des "acteurs sachant chanter".

Brecht a inventé le "théâtre épique" qui brise les règles de la narration traditionnelle : on n'y vient pas pour se distraire, pour ressentir des émotions et de l'empathie pour les personnages, mais pour penser, pour s'éduquer, réussir à poser les problèmes. Très influencé par Piscator, il utilise différentes techniques de narration/réalisation comme l'interruption de l'histoire par une déclamation, les slogans peints. La musique est pour lui une arme supplémentaire dans son arsenal.

La collaboration de Weill avec Brecht avait commencé quelques années plus tôt, et déjà abouti à un moins célèbre mais tout a fait intéressant "Mahagonny" (Brecht après la première : "Ici, énorme succès de la pièce ! 15 minutes de scandale !" )aussi présent sur le CD (to the next whisky bar... oh don't ask why...). Brecht utilise la musique comme un "élément de distanciation" (l'acteur doit toujours savoir qu'il joue, le spectateur qu'il est au spectacle. La critique est l'élément capital). Pour s'expulser de la narration et proposer un message, une matière à réflexion avant de reprendre le cours de l'histoire. Weill refuse de rendre la musique entièrement accessoire au message. Il refuse qu'elle n'obéisse qu'aux impératifs d'écriture.
Elle doit exister en soi, se détacher de son support. De sorte que les valeurs du discours trouvent un complément dans celles de la musique.
Ils finiront par acter leur désaccord sur la fonction de l'art : Brecht ne voit dans la musique qu'un simple médium pour son agit propr', un moyen de diffuser des idées, un pur réceptacle politique. Pour Weill la Gebrauchsmusik doit certes servir le peuple mais sans jamais sacrifier sa "substance artistique". C'est ça la "chanson de style". Ce genre de débat parait, selon l'expression consacrée, "surréaliste" de nos jours. Brecht finira par dénoncer là une posture d'"artiste bourgeois" qui oublie la critique sociale pour l'art pour l'art. Il le compare à Strauss, et ça n'est pas dans sa bouche un compliment. Les deux hommes sont brouillés.


Le "classique instantané" a été inventé par Brecht et Weill. Mackie Messer est l'une des premières pop songs à succès mondial, un des premiers "tube" mondialisé.
Il faut un an et demi pour la transcrire au cinéma mais entre-temps la pièce et sa musique ont fait plusieurs tours de la planète. Des milliers de représentations ont lieu, des traductions en pagailles, des films "localisés" (en France notamment), d'innombrables disques de reprise des chansons les plus connues, l'insertion immédiate dans les répertoires des cafés, des orchestres de danse, des violonistes ambulants. C'est l'age d'or de l'art populaire, qui flirte avec tous les niveaux sociaux de représentation, pour les publics cultivés, les mélomanes, les usagers du train qui fredonnent sur le quai. L''intrusion à coup de pompes de l'art de la rue dans le paysage de l'art "sérieux", académique. L'un des derniers souffle avant la nuit nazie.

La question du beau contre la putain, de la cocotte sentimentale contre le sexe ouvert, va aussi se reposer sous les nazis, évidemment. Avec une réponse des troupes de Goebbels tout à fait cinglante, c'est à dire d'une mièvrerie radicale. insupportable. La "vague italienne". On y reviendra. Weill a quitté l'Allemagne après la prise du pouvoir par Hitler. Au début il pense revenir au plus vite. Au bout d'un an, il n'en a même plus le désir.

07 août 2008

 

Les choses sérieuses (à propos d'un article de Libé sur le rwanda)

L'article en question "tous coupables selon Kigali"
http://www.liberation.fr/actualite/monde/343328.FR.php

effarant. Je suis outré. Le sujet ? Le rapport rwandais sur les responsabilités françaises dans le génocide. On dirait que les journalistes de Next ont été conviés à s'en occuper. C'est proprement scandaleux.

Le titre déjà "tous coupables selon Kigali" sent la raillerie.
l'accusation est balayée sans aucun ménagement en 30 lignes à peine pour montrer comme on ne peut pas la prendre au sérieux.
l'article contient des phrases stupéfiantes, assertions pour le moins contestables considérées comme vraies :

"En revanche, il n’y avait plus de soldats français en 1994 (au rwanda), à la suite de la signature des accords d’Arusha (fin 1993)".

L'affaire est longue et sombre, mais il est très probable que des soldats français soient resté et aient continué à conseiller le gouvernement génocidaire. Pour le moins il faudrait présenter plusieurs versions des faits. Les livraisons d'armes de la france au rwanda ont continué après le début du génocide, c'est une chose avérée

1/ Le rapport publié par la commission rwandaise, que libération ne daigne pas citer, ni en donner le lien Web, cite d'ailleurs comme source de ces allégations un article de.... Libération... du 7 juin 1994

2/ ce même rapport cite Michel Roussin qui parle de 40 à 70 militaires au Rwanda après la signature des accords. Faut-il croire Libération ou le rapport ?


Le fait qu'un tel rapport puisse être instrumentalisé par Kigali et Kagamé pour des affaires internes, que les témoignages se doivent d'être recoupés avant de leur donner entière validité, doit-il dédouaner la France d'une réflexion sur son rôle ?
Nous donne-t-il le droit de le considérer entièrement comme nul et non avenu ?
Exonère-t-il Libération de le citer ? D'essayer d'en débroussailler le vrai du faux ?

3/ reprendre intégralement les conclusions de la mission d'information parlementaire française n'est-il pas un peu léger ?


Ici en Allemagne on considère avec le plus grand sérieux les accusations de Kigali. D'autant que la France s'est assez ridiculisée comme ça avec l'accusation de génocide de Bruguière. Et qu'elle a refusé de laisser ses soldats - je l'ai lu dans un journal allemand, le Tagezeitung, équivalent de ...libé... - répondre aux questions de la commission ruandaise...

Il y a tellement de lâcheté, de dénagation, de déni dans ce court article, qu'on ne sait pas par ou le prendre. Ca n'est pas seulement du mauvais travail, c'est de la violence pure.

Il faut réagir.

PS : le rapport rwandais - rue 89 au moins fait son boulot -
http://www.rue89.com/files/Rwanda.pdf

PS 2 : le journal "Le monde" a publié un article un peu plus modéré dont je cite la conclusion :
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2008/08/06/le-genocide-au-rwanda-un-devoir-de-verite_1080684_3212.html

L'attitude de la France, qui affirme depuis 1994 qu'elle n'a rien à se reprocher, n'est pas tenable (...) il existe en revanche, envers les victimes et les survivants, un devoir de vérité. Paris ne peut pas rejeter ces récits sans enquêter en profondeur et sans répondre point par point à chacune des centaines d'accusations. L'enjeu est d'établir avec exactitude les responsabilités dans le dernier génocide du XXe siècle.


PS 3 : j'ai fait un courrier à libé à peu près dans les mêmes termes. Depuis la désastreuse affaire Carla j'étais fâché, là je suis carrément colère.

PS 4 : je retourne à mes études et à mes bruits bruits, je n'aime pas du tout commenter les événements et on ne m'y reprendra plus.

30 juillet 2008

 

La famille perdue



Philipe, l'ami cinéaste, l'émérite réalisateur de "la leçon de danse", a décidé de partir à la recherche de cette famille... photo qu'il a trouvé dans la rue à Paris. Plutôt que de débuter par le 9e arrondissement, il est parti au Chili. Oui, il faut bien commencer par quelque chose. Là bas, on lui aurait déjà dit que le gars était du coin, qu'il habitait dans une île au nom exotique impossible à retenir pour moi. Philipe traverse le désert du nord, l'Atacama, gardant toujours frais son coin de l'oeil, dés fois que la famille de pakistanais apparaisse sur une crête, ou surgisse d'un lac salé, dans le flou des vapeurs de chaleur.

Il y a quelque chose de Herzogien dans ce projet. La nature et sa pesante infinité, la fragile chose humaine qui la regarde, les deux talons bien ancrés dans le sol avec son dérisoire air de défi. Et l'absurde bien sûr... Le film qu'il ne manquera pas de pondre avec ce très succint fil directeur promet énormément.

20 juillet 2008

 

Georges Ruggiu - Le voyageur imprudent

Georges Ruggiu est la première personne de l’histoire de la justice internationale condamnée pour sa participation à un génocide sans être ressortissant du pays où il a été commis. Il n’avait aucun intérêt foncier, pécuniaire ou de tout autre ordre à cette « affaire » rwandaise. Et il n’était pas, loin de là, un mercenaire ou un monstre assoiffé de sang.

Georges Ruggiu est une bien bancale incarnation du « mal ». Il a participé au génocide par empathie, par amitié, au nom d’une conception particulière de la justice, ou peut-être, surtout, pour fuir la vacuité de son existence.

Ce récit rend compte de sa transformation en défenseur de la cause hutue, en Hutu blanc. Et de sa chute.


Je m'étais embringué dans cette histoire. Je voulais savoir, je crois, jusqu'où l'on peut aller pour être un autre, quand la vie ne vous satisfait pas. Jusqu'où peut mener le besoin, sain, de changer l'air qu'on respire. Mais plus encore, jusqu'où l'on est prêt à sacrifier tout ce que l'on a eu/fait auparavant, au nom de la découverte de soi-même. L'existence précède l'essence, tout ça. C'est une question assez générique évidemment. Toute personne qui a un jour eu mal d'être soi en a éprouvé quelques limites plus ou moins fluctuantes. Avec G. Ruggiu, la problématique est devenue monstrueuse.

C'était une période ou je n'allais pas très bien. Où je commençais le processus, lent, forcément lent chez moi, qui m'a amené à quitter la ville.
Un été de recherche, et une semaine de rédaction, peut-être bien un peu plus.
J'ai bizarrement, conseillé par Alex d., voulu en faire une pièce radiophonique. Drôle de drôle d'idée. Arte Radio, qui m'aimait bien pourtant, doit encore en rire. Le concours de Bruxelles aussi. J'ai pensé aussi à le fictionnaliser, et je me suis fait mal au coeur.

Je crois de toute façon qu'une fois terminé je ne savais pas quoi faire de ce machin. Aller jusqu'au bout, rencontrer Ruggiu, m'inventer auteur ? C'était un peu trop pour moi. Au moins pour le moi "en difficulté" de cette époque. L'envoyer à quelqu'un ? Je me retrouvais, à mon minuscule niveau, face au phénomène Truman Capote. Au nom de quoi ? Qui suis-je nom de dieu pour oser mentionner la vie des hommes hideux ? Et que faire de cette empathie qui ne manque pas de naître ? Pourtant L'adversaire, de Emmanuel Carrère, me hantait.
Le texte est resté dans un tiroir numérique. Je me suis endormi dessus. Je viens de le retrouver au fond d'un dossier. Le voilà. Pour ceux qui ont du temps à perdre.
Je crois que Ruggiu a été transféré, selon ses souhaits, dans une prison italienne. Je crois aussi qu'il va bientôt sortir. Bien sûr, Google aidant, un machin pareil ne l'aidera peut-être pas pour se réintégrer. Mais tout à été fait avec le net comme seul outil de recherche. Tout est public. Alors.

Pourquoi le donner maintenant ? Je ne suis pas certain... Je crois que le temps est venu. Aucune des questions mentionnées plus haut n'a pourtant trouvé de réponse. Et je trouve toujours honteux de parler d'un homme qui n'a rien demandé. C'est ce que font les journalistes tous les jours, mais les journalistes informent (quand ils font bien leur travail), c'est tout. Là il y a bien sûr cette tentation coupable, même si le texte est sobre, d'auteuriser avec la vie des autres. Et c'est peut-être justement pour ça que je me sens de le mettre en ligne. Parce que la fiction n'a plus aucun effet sur moi, sur un plan littéraire. Enfin bien bien moins qu'avant. C'était là une tentative, un peu sèche et bancale, d'écrire quelque chose qui fasse sens. qui soit nécessaire. C'est probablement aussi pour ça que je n'osais pas le faire lire. je trouvais ça trop ambitieux pour moi. Ou plutôt d'une ambition non assumée. L'histoire d'une vie tiens.

Ah ça n'est pas signé. Je ne l'avais pas signé à l'époque. Mon refus d'assumer la chose ? J'ai hésité à le signer avant de le transformer en PDF. Mais je l'ai finalement laissé tel quel. Je n'ai pas corrigé les typos, pas de raison que je m'occupe de ce genre d'absence. Ca n'est pas glorieux, mais il n'est justement pas question de gloire.




Le voyageur imprudent (PDF)

27 juin 2008

 

Le sens figuré - Spinoza

La page sur Spinoza est prête. Conception à deux, réalisation par Grégoire. Merci de faire passer aux amis. Celle sur Foucault arrive. Le blog va bientôt être alimenté... bref nous rentrons en phase teasing...


http://www.lesensfigure.fr/spinoza/

27 mai 2008

 

Tout s'est ré-ouvert (Einstürzende Neubauten 3.0)

Blixa ? Satan-blixa ? Saint-dark-blixa ? L'homme qui s'est fait battre jusqu'à l'évanouissement pour enregistrer une rythmique avec sa cage thoracique ? Blixa ? Le Blixa de Zentral Nervös System (ZNS) qui ne dort pas pendant une semaine pour tout raconter dans une chanson forcément un peu nerveuse ? Blixa le "demi-homme", "plus grand que la chine elle-même" dont le cerveau était un peu dévoré par les quantités astronomiques de poudres de perlinpinpin plus ou moins bien raffinées qu'il s'envoyait tous les jours ? Blixa l'homme-théière au cri le plus aigu du monde ? L'homme de Armenia ? Le Blixa des cocktails molotovs jettés sur le public (et ça court vite un public !)?
Le Blixa de Nick ? Le Blixa devenu star underground qui a fait 123 fois le tour du monde comme guitariste blues rock pour le grand Cave ?
Lui même. Samedi soir 24 mai. Collumbia Halle. 33 euros nom de dieu.
On dit, on murmure, que le succès (et la dope) a fait de lui un connard arrogant. On murmure ça et là des histoires de chambres d'hôtel détruites, de bars vidés au frais de la petite organisation "underground".... oh ! Blixa était en forme samedi soir. Plus oncle péteur que ange de l'enfer arrogant. Blixa est devenu une sorte de superbe comédien. de poète qui assume son rôle. on pourrait déjà l'imaginer finir clown avec du kohl, jouer du drame et de la comédie. En attendant il est devenu taquin. Joue avec son public (à ne jamais lui jouer le moindre vieux titre par exemple.). Ce fut un concert plutôt "atmosphérique/chanson". ou le bordel urbain est intégré sciemment et percussivement à des compositions plutôt douces, parfois tendues, parfois montantes, parfois presque à l'explosion mais globalement très très audibles. Et même, heureuses. Neubauten 3.0 a terminé sa mutation. Le groupe rééxiste de lui même, détaché de son passé. Quand on s'appelle einstürzende neubauten, que l'on prone la destruction permanente au nom du nouveau qui jamais ne doit se figer, on a pas le droit à la nostalgie. Pas le droit à la ringardisation. neubauten a eu un passage très très difficile après la chute du mur. Le placard leur tendait grand les bras. Deux disques, tabula rasa et ende neue. Rien que leur titre montre que le groupe se cherchait une sortie. Voulait affirmer que ça allait chier ! Qu'ils allaient changer ! Mais il ne suffit pas de le clamer haut et fort... Puis bang "silence is sexy". Pour un groupe comme neubauten, c'était un sacré statement. Une totale réorganisation. La vraie table rase... Quelques années plus tard les choses ronronnent. Un concert de neubauten ne sera plus jamais une expérience bruitiste, un massacre urbain dans ta gueule. C'est une expérience de chanson allemande sur un fond de musique en kit, où la structure est mise à poil, les poutres sont apparentes : le klang reste toujours là, l'expérience du son pour le son reste pregnante. Mais sans négativité ou brutalité particulière. Ce qu'il faut quand il faut. De la tendresse et du polystyrène. De la mélancolie lamée. de l'ironie en turbine de métal. Seul lien avec le lointain et brumeux passé extrême, avec l'humeur-apocalypse, ce que Blixa appelle "l'ancien Blixa", le cri-théière. Blixa l'a en quelque sorte apprivoisé. Il en joue comme d'un violon, au grand bonheur du public. Neubauten fabrique un mobile urbain, un Kreuzberg dans les nuages si tu veux, un objet sonore fragile fait du guinguois de la récup, de mélodies, de diction sublime et de jeu sur la langue. Comprendre l'Allemand est forcément devenu un sacré plus. Le groupe ne fait plus vraiment de politique non plus. Il tisse sa poésie et emmerde le reste.
C'était très plaisant ce concert. Il est encore possible de bien vieillir. De tirer, et c'est très berlinois après-tout, avantages des pires contraintes (Blixa il faudra quand même surveiller ce ventre).


PS : je joins la vidéo d'Halber Mensch. Le bon temps du Butto, de la viande et du métal (et de la mad-maxite aigüe qu'on appelle aussi "années 80").


19 mai 2008

 

Scratoa !



Scratoa !, l'étrange alliance du choc et de l'effroi a maintenant son site Web.

http://scratoa.blogspot.com

13 mai 2008

 

Scratoa !

Ceci est un premier test de player flash avec en extrait une merveilleuse chanson du groupe germano-espagnol Scratoa !











 

yé n'ai pas changé...

...yé souis touyours lé même












(Photos réalisées par Jean-Baptiste, l'homme qui écoute Neubauten au petit dej)

PS : La ralentie à la fnac. Les ignorants du paypal n'ont plus d'excuses

http://musique.fnac.com/a2260887/Tse-La-ralentie-Digipack-CD-album

29 avril 2008

 

DDR von Unten



DDR von Unten (ARP, 1983)

Le premier disque punk de l'Allemagne de l'Est est sorti à Berlin-Ouest début 1983.
Son histoire est si improbable qu'elle serait un peu grosse pour un film hollywoodien. Les scénaristes peuvent se frotter les mains. Aventure, espionnage, faits parfois difficile à interpréter qui laissent planer un nuageux mystère...

Début 1982, Dimitri Hegemann, journaliste à Berlin-Ouest, rédige un article sur la petite scène punk de Berlin-Est qu'il a pu observer de visu dans des caves et des performances d'arrière-cours (hinterhof).
L'underground est-allemand est plus derrière - hintergrund- que dessous. C'est dans les cours intérieures des gros et moches immeubles berlinois qu'on peut sans trop de crainte s'organiser en fête, en performances ou en scène... C'est aussi, et surtout, dans les églises. Une alliance inédite à ma connaissance est passée entre les punks et l'église, deux façons apolitiques de refuser la contestation officielle - ceux qui comme Wolf Biermann ont voulu réformer le régime de l'intérieur - comme la participation. Même si l'église bien sûr a sa place dans le régime, et par là une certaine liberté d'action dans les bâtiments qu'elle détient. Un petit pouvoir. L'église accepte, sans contre partie, au nom de la simple liberté et de la lutte contre l'ennui de la jeunesse, de donner refuge à la scène punk. Les prêtres ne risquent pas leur vie, mais leur sacerdoce à jouer à un tel jeu. Si vous vous promenez à Berlin, allez voir la Zion Kirsche près de la Kastanien Allee à Prenzlauerberg et regardez la avec des yeux nouveaux, comme un des lieu de cette étrange alliance.

Dimitri Hegemann contacte le patron de Agressiven RockProduktionen (!), label punk berlinois, et lui propose de publier un disque de l'Est. Fort du oui enthousiaste de ARP, il recontacte ses partenaires de l'est et leur donne le feu vert pour enregistrer. Sans pouvoir les aider plus, ni avec de l'argent, ni avec du matériel. L'authenticité de l'objet découle bien entendu de sa confection "à la démerde". On aime aussi la musique éthiopienne à cause de son son un peu pourri, qui exprime des conditions un peu difficiles, qui ajoute une sorte de patine débrouillarde à l'objet musical lui même. C'est ce sentiment ethnographique qui nous fait à nous auditeur nous donner une certaine importance, qui nous donne une satisfaction supplémentaire, celle d'être aussi à l'écoute d'un document, d'être face à bien plus que de la musique, à de l'histoire. Notez que cette description est valable finalement pour toute musique, les conditions du donné final ayant une très grande importance, la situation dans tout un écheveau historique, un "discours" au sens foucaldien, nous imposant toujours une lecture de ce que l'on entend. Ne serait peut-être vraiment "musique, ou "art", que ce qui parviendrait à se prétendre a-historique.

Dans le cas d'un document clandestin comme le DDR von Unten, cet aspect documentaire est entièrement visible, assumé comme tel. Les punks allemands dont la scène est très fragmentée localement, labels qui aident à la production de leur ville et concurrence ridicule entre les cités, souvent calquée sur la géographie du football- ont assez naturellement intégré cet aspect documentaliste de leur travail. D'où cette tendance punk à la compilationite aigüe.

DDR von Unten vaut donc pour beaucoup de choses. Comme document typique de cette tendance documentaire. Comme document d'une sous-culture de l'Allemagne de l'Est, pays où la sous-culture est interdite. Comme bout d'héroisme gravé sur vinyle, oeuvre musicale aux conditions de production assez inouïes. Comme produit du métissage, d'un exotisme - une culture de l'ouest réinjectée à l'est - et d'une avant garde. Et pour ses chansons enfin.

Rosa Extra, groupe "art punk" avec qui Dimitri Hegemann était en contact, se lance dans les préparatifs. Ils intègrent au projet Sascha Anderson, figure de l'underground de l'est, auteur de nombreux manifestes, poète et parolier, chanteur, qui propose son groupe Zwitschermaschine. Contact est enfin pris avec Schleim Keim, un des groupes punk les plus anciens (fondé début 80) et les plus célèbres du pays dont les cassettes milles fois dupliquées circulent sous le manteau.
Pour des raisons de sécurité évidentes les groupes doivent changer de nom. Innocemment Schleim-Keim décide de se renommer en Sau-Kerle, gardant leurs initiales pour ne pas perdre leur identité. Cela vaudra, après la sortie du disque, des années d'emmerdes au chanteur/batteur, Otze, pour "contact et intelligence avec l'ennemi".
3 groupes doivent donc se partager les deux faces.
Sascha Anderson réussit à arranger l'enregistrement puis le "mastering" dans un studio semi-professionnel d'un musicien de Blues Est-allemand pour étalonner la bande aux standards de l'ouest (les bandes Tesla d'URSS ne tournent pas à la même vitesse je crois). Pendant ce temps, la veille de leur jour de studio, Günther Spalda de Rosa Extra est convoqué par la Stasi, entièrement au courant du projet clandestin. Jusqu'à la composition des groupes, le nom du label de l'ouest etc. Rosa Extra doit se saborder (on laisse planer une durée, 5 ans, pour le convaincre définitivement de tuer son groupe).
Ils ne pourront donc pas faire partie du disque sur lequel ils travaillent depuis plusieurs mois. La bande passe quand même à l'ouest, via une valise diplomatique par un contact de Sascha Anderson, elle ne comprend plus que deux groupes pour les deux faces, pour un disque amputé de son tiers, limité à 26 minutes. La pochette est réalisée par Cony Schleime du groupe Zwitschermaschine.

Sascha Anderson est en fait un informateur de la Stasi. Il les tient au courant depuis le début. Ceux-ci laissent le disque sortir, de manière pas tout à fait inexplicable.

Quelles sont les motivations de la sécurité d'état de la DDR avec cette sortie ?
Quelques copies parviennent à l'Est. Comment passe-t-on un disque interdit de l'ouest à l'est ? Par le train Paris-Varsovie qui s'arrête à Berlin-Est. On y glisse quelques exemplaires derrière les toilettes et le contact peut venir chercher les disques pendant l'arrêt en Gare. Pour quel résultat ? Les disques servent alors de preuve matérielle contre Otze de Schleim Keim et permettent de le mettre en prison à loisir. 3 mois par ci, trois mois par là. Et ce jusqu'à la chute du mur. La Stasi sait jouer à merveille de tous les ressorts de la clandestinité.


Qu'entend-on finalement sur ce disque ? Un groupe "art punk", Zwitschermaschine, celui de Sascha Anderson, qui tente un crossover entre new wave, punk et free music. De la no wave en allemand, proche de ce qui se fait à l'ouest dans les circuits des "Geniale Dilettanten" (les "dilettantes géniaux", très importants ! dont j'aurais du parler avant ! J'y reviendrai !). Et un groupe entièrement, purement punk, Schleim Keim /Sau Kerle. Sans finesse, sans fioritures. Saturations, chant braillé en "lalalalalala", chansons courtes et sanglantes.
Le paradoxe affreux ? C'est la face de Zwitschermaschine qui a le mieux vieilli. Plus déglinguée, plus originale, plus joueuse et moins adolescente peut-être. Chanteur informateur de la Stasi ou pas. La meilleure chanson à mon sens geh über die Grenze, "passe la frontière, va de l'autre coté" prend un sens à l'ironie douloureuse, amère...

PS : l'archive zip trouvée via un blog allemand. Tout y est. Dépêchez-vous les amis ce genre de chose ne dure jamais bien longtemps.

PPS : post pondu à partir d'une source unique "Wir wollen immer artig sein", très bon livre sur la sous culture en Allemagne de l'Est

24 avril 2008

 

Tsé - La ralentie

Il est sorti. Très beau au niveau fab'. Suis ravi. Disponible "chez tous les bons disquaires" (j'avoue n'avoir aucune idée de la distrib) très bientôt.

On peut aussi l'acheter là, direct à la source :

http://www.optical-sound.com/releases/os.028.php


Allongez l'pognon !


Et comme toujours, écoute gratos de 4 titres en MP3 pourris chez notre ami Murdoch :

http://www.myspace.com/tse0

06 avril 2008

 

Coutures apparentes

Une pièce "électroacoustique". Basée sur des manipulations live (appréciez le jeu de guitare lâchée) et de très très nombreux cuts. Le titre parle de lui même (hahahaha). Le mix est à retoucher un poil dés que j'ai des enceintes acceptables sous la main.


http://www.ollendorff-et-desseins.com/guest/Guill/COLLAGHARMON.mp3



PS : URL permanente (une URL qui durera 1000 ans). N'hésitez pas à faire enregistrer sous plutôt qu'une lecture sur le web...

31 mars 2008

 

Bulletin Météorotique, avril 2008

Chers amis, chères amies

La météo vient donc officiellement de passer les 20 degrés aujourd'hui, 20 petits degrés, peut-être 19, mais la décision de déclarer le printemps ouvert n'a pas reçue de protestation sérieuse. Les femmes sont donc encouragées, mais non encore obligées à sortir leur vêtements d'été et à organiser leur déshabillage progressif à partir de maintenant. Deux manifestations spontanées devant le Reichstag ont été signalées. L'une, du "club des hommes-seuls épuisés par l'hiver et épuisés d'avance par l'été à venir", scandait, je cite, "Nous exigeons la nudité des femmes !". La contre-manifestation des "féministes militantes mais pas trop chiantes" a exigé, à titre de contre mesure, une nudité pour tous ou au moins la nudité des hommes. Le club des "hommes-seuls-etc" aurait alors contre-exigé le port de talons à aiguille pour toutes, ce qui a fortement compliqué la situation. Des négociations sont en cours sous la coupole, on les dit très tendues.
C'est mon deuxième mois d'avril à Berlin où je ne vis que depuis 8 mois (pour comprendre cette incroyable affirmation, reportez-vous à mon autobiographie, non encore écrite à ce jour), et je puis affirmer en ma qualité de correspondant maintenant permanent que les règles sont bien suivies, et les ordres, plaisir de l'organisation allemande, sont bien reçus. Le déshabillage général est dans les starting-blocks. Les jupes couinent d'impatience. Les hauts-qui-montrent-le-dos tentent une sortie, on aurait même aperçu quelques tétons pointer sous des tissus légers, mais ce sont des témoignages non confirmés.
Dernière chose, l'Amour a par contre totalement disparu de la ville. D'aucuns disent qu'il se serait réfugié en forêt, d'autres qu'il aurait passé la frontière polonaise. Une interview avec un des grands spécialiste de la question, Herr Frollendo, a donné lieu à cette réponse dont nous vous laissons le loisir de l'interprétation
"Parti au lac. Si je lui met le grapin dessus, je le noie".
Mesdames, messieurs, bonsoir.

26 mars 2008

 

La ralentie


en preview la pochette du tsé. teasing teasing...

14 mars 2008

 

La mort de Berlin

Bonjour,

ici Neukölln. Dans mon atelier dans l'arrière cours d'un bel immeuble de la Weichsel Platz. Un camion-grue est difficilement entré dans la cours. J'assiste en direct à la mort de Berlin. Du Berlin des années d'avant la chute du mur, du Berlin ville de l'agonie. La mort de l'agonie de Berlin en quelque sorte. Il y avait encore un atelier industriel (désaffecté mais encore là), avec ses fenêtres en bois vermoulu où le soleil n'a pas pu traverser la poussière depuis la fin des années 70, les dernières peut-être de tout le quartier. Cet atelier est en cours de réfection totale. Aujourd'hui ils enlèvent les machines, d'énormes pièces de métal qui n'ont plus aucun sens, des carcasses de dinosaures. Ils font sauter ces belles fenêtres décrépies. D'autres designer ou artistes ou branleurs mondialisés vont bientôt venir louer ce Fabriketage.

C'est à la fois triste et joyeux de participer à ce mouvement. Berlin devient une ville normale, et c'est tout de même pas plus mal. Les gens pestent mais construire une ville sur une telle marre de sang demande aussi de savoir oublier, passer à autre chose. D'être un peu américain en quelque sorte.

Et puis nous sommes encore isolés par un fragile cocon de laine de l'affreux monde consumériste. Neukölln est pauvre - au supermarché EDK en bas de la rue les gens se suivent et se ressemblent avec leur peau blanche et parcheminée dés 35 ans, leurs yeux cernés par la rudesse de leur vie, leurs pannier de la ménagère réduit au strict minimumm - un paquet de frites surgelées et 9 bières pour la journée. Neukölln est le dernier endroit en Europe où l'épicier/boulanger/tabac vous sert votre pain EN FUMANT UNE CLOPE. Neukölln est pauvre et parait-il dangereuse (je crois que cette dangerosité est aussi une construction des médias de caniveaux conservateurs qui gouvernent ce pays. Axel Springler le Lagardère local est l'ennemi de tout ce qui ressemble à de la vie : c'est le figmag concentré dans des dizaines de publications quotidiennes qui jouent sur la peur. enfin bon, la chanson est connue).
Et bien sûr cette pauvreté malade, lente, ensablée, figée par la viscosité de la société, surtout allemande, côtoie la démerde bien plus énergique des turcs (qui eux aiment les centre commerciaux et les grosses bagnoles), et laisse un sentiment banlieusard pour employer une notion française. Une périphérie en centre ville. Une périphérie du capitalisme clinquant bio porno chic mondialisé d'un Londres ou d'un Paris.
Kreuzberg, ou je vis, de l'autre côté du canal, est bien plus connectée, bien plus branchée. Mais c'est encore un ilôt autonomiste, ou le monde "alternatif" n'a pas tout à fait cédé le terrain à la yuppification. Il faut comprendre, nous sommes à l'ombre du mur. Et la gauche allemande rejetait communisme et capitalisme comme deux faces d'une même pièce productiviste et aliénante. L'ennemi était la productivité. J'aime le mot "Leistungsterror", la terreur de la productivité, né ici vers 1967/8. Il y a une leçon à tirer de tout cela. Je crois que l'ennemi est encore et toujours l'organisation tayloriste/fordienne etc du travail. C'est lui qui organise la surproduction, la baisse des prix, l'enfer environnemental et surtout le malheur des gens qui y participent (putain ces gens qui manifestent pour sauver leur emploi dans un call center ou une usine de montage... ça me fout toujours mal à l'aise. La survie à l'usine est une prise d'otage, avec son syndrome de stockholm).
Pas très nouveau mon discours, mais y'a des fois il faut savoir être banal. Le communisme est mort, mais la haine de la chose consumériste est restée. Elle est "pregnante", elle baigne la ville. Ici le premier mai par tradition, depuis 1987, on casse et on impose au quartier une véritable vague de terreur antibourgeoise. La jeunesse se lâche sous d'assez fallacieux prétextes. Ca n'est d'ailleurs pas reluisant non plus, la violence au nom du pacifisme. J'ai toujours haïs les cons de la CNT qui au prétexte de la libération vont s'entrainer dans les bois avec des battes de base ball à faire le parcours du combattant comme de vulgaires Charles Brownson, mais de gauche. Beurk. Passons. Revenons à Kreuzberg. Résultat de cet esprit encore isolationiste, en retrait du bordel corporate ("can you do the corporate dance ?" demande tsé dans son album à paraître bientôt) il n'y a ni centre commerciaux, ni grosses entreprises, ni chaines de restauration ou de divertissement ((à part UN mac donald que la moitié de la population rêve de mutiler), ni multiplexes, ni FNAC (on dit "Saturn" en allemagne) ou grande surface culturelle. Sur une surface qui doit bien faire la moitié de Paris. Les hamburger se mangent chez "Kreuzburger" sur l'Oranien strasse, faits mains et lourds à souhait. Les supermarchés sont petits (et même les hard discount proposent du Bio partout, les müslis - hippie allemands tels que décrits pas leurs ennemis - ont pris là dessus le pas sur les punks, encore nombreux mais aussi grotesques et déplacés que les machines de l'usine de mon immeuble), les librairies nombreuses et souvent un peu poussiéreuses. Les restaurants sont pour la plupart des cantines. Les voitures presques rares. C'est entre ces façades d'une ville revenue de tout et cicatrisée de partout et cette attitude d'opposition naturelle, silencieuse, que se situe le bonheur de vivre ici, la "qualité de vie".

28 février 2008

 

noGround - On Ground

Gael. Ex Colder. L'homme qui s'est battu avec les Cure. non correction : l'homme qui a foutu sur la gueule aux Cure. correction : l'homme qui a mis Robert Smith en sang. C'est à cause de lui que Bernard Lenoir, cette lopette, a censuré Colder sur France Inter. Lenoir Lopette ! correction : l'homme qui a mangé l'oreille droite de lol Tholurst et éructé à la gueule de Robert "A play for today ! (bon au moins le mythe est en marche !) ". Il sort un album. Il le cherchait depuis longtemps, son style. Il l'a trouvé. Funky dark electro énorme acoustique spiral tribe gainsbourg dans ta face. Mais comme toujours avec la musique on a beau y plaquer tous les adjectifs...

j'ai ressenti dans ces traitements/resamplings/nappes à bombardiers quelque chose comme du grotesque, du baroque-à-sa-manière qu'il a été chercher au fond, au fond de son âme torturée. Du Justice aussi ? il a été puiser chez les énormes machines à Funk françaises c'est sûr. Le Gael n'a pas voulu pondre un ènième disque "indé". Bravo.

C'est là

http://www.noground.com

25 février 2008

 

The assasination of Jesse James...

confirmation de ce qui fut annoncé dans notre post du 23 décembre, la musique de "The Assasination of Jesse James" a bien été réalisée par Warren Ellis/Nick Cave (avec en prime une apparition du Nick en caméo marrant). Confirmation ces deux là tiennent quelque chose comme un style unique et puissant. Minimaliste, écorché, mélodieux mais un tantinet dissonant.
La musique de "The Assasination..." est peut-être un peu plus raffinée, un peu plus mélodieuse, un peu plus "filmique" que celle de The Proposition, elle m'a du coup peut-être un peu moins enchanté, mais elle fait tout à fait son office de sublimation de l'image, elle souligne avec profondeur la grande beauté plastique, crépusculaire et hivernale du film qui se perd avec délice dans une lenteur aussi morne que la plaine du Missouri en hiver.
C'est un film tragique, avec un final très long, une sorte d'agonie mentale et morale qui résonne a postériori sur toute l'oeuvre. Il n'est pas facile d'être l'assassin du meurtrier préféré des américains.
Brad Pitt est très bon by the way. Je dis ça pour tous mes amis cinéphiles à qui ca arracherait une dent d'avouer que Russel Crowe est excellent dans "American Gangster" (c'était même déjà le cas dans "Master & Commander", ceux qui n'ont pas aimé ce film sont des pisse-froids, des balladuriens de la cinéphilie) ou que Brad Pitt peut tenir un film entre ses bras musclés.

07 février 2008

 

Amon Düül - Psychedelic Underground


Enregistré en septembre 1968 avec les membres de Amon Düül , communauté plus que réellement groupe de rock (ils se présentent au festival de Essen en disant "nous sommes 11 personnes, 9 adultes et deux enfants. Nous faisons tout ensemble". Ils sont pris) et ceux de la Kommune1, communauté militante et politisée (surfez un peu!) très célèbre de Berlin Ouest qui ne comprend aucun musiciens, Psychedelic Underground se doit d'être écouté au moins une fois. Fort si possible. Ce qui se croise dans ce disque idiot c'est l'improvisation free jazz, le "tout le monde est un artiste" de Joseph Beuys et la vie communautaire qui impose que tout le monde participe de manière égalitaire. C' est bien entendu la porte ouverte au plus grand des n'importe quoi.

Ce disque a beaucoup été décrié. On le considère à droite à gauche comme le plus mauvais de l'histoire du rock n roll. Demandez à vos amis cultivés. Les forums de fans de Krautrock regorgent de questionements et de remarques un peu dégoutées sur ce machin (sans parler des 4 autres disques produits à partir de cette unique session de quelques jours au Hansa Studio). Avec, une certaine raison, vue la qualité mediocrissime de son enregistrement, le flottement rythmique, les chants primitifs débilitants (nous dirons pudiquement "tout en onomatopées alcoolisées"), la saturation rablée du son comme si l'on avait délibérément foutu dehors l'ingénieur du son de Hansa (ou comme si, plus probablement, l'ingénieur du son de Hansa était mort d'un infarctus dans les 6 premières minutes de la première prise).

Qui au monde voudrait se taper une répète d'un groupe qui joue à peine ensemble gravée sur vynil ? Moi ! C'est un disque énorme. Oui il est épuisant (d'ou viennent ses notes de pianos et ses bruits de portes qui coupent d'un seul coup la session ? est-ce un cache misère, sur une ou deux dizaines de minutes ou l'on aurait pas réussi DU TOUT à jouer ensemble ?), oui il est mal exécuté, oui il sent à plein nez le trop plein de toutes les drogues que l'univers peut porter. Le décrier aussi misérablement ne vaut rien. "Primitivität" ! disait Meisel en 1925. Il a enfin été entendu. La société allemande revient ! Le disque n'est peut etre pas le disque pop du siècle, ni le meilleur du kraut rock qui parviendra bien heureusement à pondre mille choses meilleures. Mais il est LE disque de la libération de l'Allemagne de son carcan conservateur, productiviste, de sa dénazification mal dégrossie, de sa société engoncée. Le disque du dégel. Il faut savoir réinjecter le contexte historique à chaque écoute, ou savoir n'en avoir rien à foutre et accepter le déferlement sonique dans la joie et l'extase. L'expression de catharsis, vieux serpent de mer dela critique rock, aurait ici un certain sens. C'est un disque incontinent ce "psychedelic underground". L'Allemagne est en train de se pisser dessus en riant. Vivre nu dans ses excréments n'est probablement pas artistiquement tout à fait probant. Mais il est des temps où les choses capitales naissent dans un moment de rupture. Une petite suspension hors de l'histoire. et tant pis si personne n'a réussi à enregistrer les voix des beuglards potablement et si rien, pas le moindre instrument vaillant, et dieu sait qu'il y en a (crecelles, percussions diverses en grands nombre), ne sature pas. Une énergie sexuelle brute, idiote, sans autre sens que celui de sa pure existence, c'est un moment de puissance hors la morale, hors les temps. Le sommet indiscutable est atteint avec le morceau très répétitif "im garten sandosa" (Faut-il faire un dessin ou une traduction ?) qui préécrit brutalement l'histoire du kraut rock, un thème, une rythmique, quelques hurlement, deux variations, 8 minutes. Dieu qu'il est bon de penser que l'on a pu dans un moment fabuleux penser briser tous les "rouages répressifs de la société bourgeoise" avec un petit buvard et un pagne. Un peu d'enthousiasme fondamental, en dose massive. indispensable en ces temps un tantinet désanchantés.


Ce moment ne durera pas. Le hippie-sme est aussi condamné que les autres cultures jeunes à devenir un suppot du capitalisme. Même le hippie-sme. Surtout le hippie-sme tiens ! n'oublions pas d'où viennent les dirigeants vieillissants de la Silicone Valley ! mais il y a dans le hippie-sme allemand de la K1 quelque chose deplus, quelque chose comme une conscience aigue de la nécessité de la non conscience, une conscience que la déstruction est la seule arme restante, quelque chose de profondément pré-punk. Une urgence politique joyeuse, une transe politique, condamnée à ne pas durer, à être unique. C'est là que se situe à mon avis le secret, le machin insaisissable qui rend la musique hippie allemande plus interessante que les autres, plus proche du punk que toutes les autres, plus proche de Detroit que de Katmandu.

04 février 2008

 

Pinacle en boucle dans ton balladeur MP3



Long silence, j'avais à faire (et à ne pas faire). Nouveau Dust and Chimes, Pinacle, reprise d'un vieux morceau de Tangerine Dream (j'avoue ne pas connaître l'original). La plus dub des choses sur lesquelles j'ai jamais travaillé, la faute au chelmi qui nous a pondu de la ligne de basse jamaïcaine ET joué du melodica ! C'est un mix de travail qui demande retouches, mais il a bon fond.


http://omorph.googlepages.com/pinaclemixdownjo.mp3

En cadeau la "mouche infinie" de Alia pour le sens figuré (cliquez, le diable est dans les détails), le livre sur Spinoza avance bien.

18 janvier 2008

 

Le Hamas en chanson

J'avais parlé il y a de cela un bail des rapports entre la fête, la musique et la dictature. Question qui m'interesse au plus haut point. Voici envoyé par le Seb K, une autre musique "utile" (entendez utilitaire). Celle de la propagande pendant un conflit. La petite musique de la guerre. La regarder/l'entendre jusqu'au bout. Tragique.


15 janvier 2008

 

Control, Corbjin et l'art du portrait

vendredi j'ai été voir Control qui vient de sortir ici... Ces 4 mois de retard ne manquent pas de m'étonner... mais nous n'allons pas nous lancer dans un papier sur les mérites comparés des systèmes européenns de distribution du cinéma. Bien. Que dire ? C'est une énorme responsabilité que de pondre sur Joy Division. C'est obligatoirement, inévitablement, une mission impossible. Le mythe mondial est encore petit mais son intensité chez ceux qui l'ont vécu -hum- dans leur chair, rend le terrain foutrement glissant. Je crois que j'aurai adoré ce film à 20 ans. Pour son noir et blanc, ses cadres (pas toujours mais souvent) lèchés comme la pochette de Closer, et sa sombre atmosphère. Pour sa réussite globale. Je crois pourtant que je n'aurais pas complètement été dupe. Les raisons de la mort de Ian Curtis (histoire d'amour impossible, mauvais choix de vie et responsabilité afférentes, le fait que vivre c'est perdre, le succès du groupe qu'il a du mal à gérer, la souffrance adolescente) qui font la substance du film ne me semblent tout de même pas être le BON angle d'attaque. Ian Curtis ne peut pas, ne doit pas être résumé à son geste final tragique. Sa douleur est bien là dans le film, pas de doute, et certains moments sont proprement dévastateurs. Quand le réalisateur isole la prise de voix de Isolation pendant l'enrgistrement de Closer, et que les paroles sautent aux oreilles, sautent à nos petits yeux qui pourraient si l'on y prenait garde se mettre à lâcher de l'eau, c'est parfait, c'est simplement éreintant. Ian Curtis ne faisait pas qu'écrire des chansons pour un groupe de rock, il vivait chaque mot, et Isolation n'est rien d'autre que la description du monde dans lequel il évolue, d'une très très grande fragilité, d'une douleur cinglante et lancinante. Mais tout Ian Curtis ne tient pas dans cette souffrance. Le film fait l'impasse sur de nombreuses choses au risque de fantomatiser complètement, d'iconiser, son personnage.

- je ne peux pas avaler une seconde que ses chansons étaient toutes écrites en 4 minutes top chrono dés que sa femme avait le dos tourné après une engueulade. Je ne peux et ne veux pas souscrire à ce que le cinéma nous fait souvent croire avec les artistes : que leur talent est une sorte d'incarnation, de génie révélé, et non avant tout une PRATIQUE. C'est bien simple : nous nous tapons là un film sur un des groupes de rock les plus marquant de l'univers connu sans qu'on nous montre une seule scène de répétition, sans que l'on sente une évolutiondans leur son ou leur démarche, sans qu'on les voit s'engueuler entre eux, rien. Tout est comme "révélé". Le travail et le quotidien font de mauvais ressorts dramatique, je le conçois, mais c'est là un défi qu'il faudrait relever. Le processus créatif n'existe pas dans ce film. Et moi je refuse d'avaler un Ian Curtis qui ne crée pas. C'est justement 50% au moins de sa vie. Et là on n'en sait plus sur son métier-à-manger à l'anpe locale que sur son travail de musicien, sur les lignes de partages, de dissension et d'accord, de violence même qui peuvent exister avec les autres, qui eux non plus ne se contentent pas d'être des anglais idiot qui jouent de la basse. On ne pond pas "No love lost" en pensant à Manchester United. Ou alors si c'est le cas (et mon dieu, seigneur jésus, vishnou et les divinités inférieures du panthéon grec : c'est probablement le cas), qu'on me le montre !

- Ian Curtis a bien du sourire une fois ou deux dans sa vie, se bourrer la gueule avec ses amis, balancer une bonne blague de mauvais gout, se plaindre de la vacuité de sa vie de rock star (qui dans le genre vacuitif se pose là), ironiser sur les jambes de Margaret Thatcher. Bref Ian Curtis si ça n'est que de lui qu'il s'agit, existe hors de son suicide et hors de son processus créatif. Ce que Corbjin nous présente ici c'est une modélisation du personnage qui ne devient plus qu'un type, qu'une sorte de reflexe psychologique, qui n'a plus de lien avec le monde en dehors de sa souffrance (ce qui dans les dernies mois doit se justifier, mais le film traite d'un temps plus large).



Bon ce sont des remarques purement factuelles. Un peu comme les emmerdeurs qui vous expliquent que James bond avait une cravate rouge dans la scène d'avant l'enlèvement de Ursula Andress par des Gnous, et qu'il ne pouvait donc pas la sauver avec une cravate verte. J'en ai conscience. Mais il s'agit là d'un film sur un parcours de vie, d'un portrait, et ce qu'on ne montre pas nous en dit autant que ce que l'on nous montre. C'est bien le choix de "cadrage narratif", de bornage du sujet, qui ne me satisfait pas. Sur l'exécution je n'ai rien à redire et ne me sens d'ailleurs pas compétent (l'acteur est excellent à mon sens).

Au bout du compte l'émotion est là et le film, si vous aimez le Joy a son intérêt. Il est beau, même. Il doit même en avoir pour ceux qui n'ont jamais écouté Joy, c'est une bonne question. Je regrette simplement que le rock n'ait pas encore eu un film capable de montrer autre chose que la "pompe" (parceque même ce désespoir devient de la pompe quand il est coupé du reste. tout comme ne résumer les Rolling Stone qu'à unelongue ligne de coke serait un tantinet partial, mais pas tout à fait injustifié), et je pense que Joy était un excellent sujet pour cela. Avez vous vu Pollock de Ed Harris ? La preuve en image qu'on peut tout à fait être interessant et se pencher sur la question de la création, sans non plus tomber dans la saloperie à thèse. Que de ne pas le faire, relève quand même de la défaite.

11 janvier 2008

 

Le sens figuré


Premiers dessins de Isabelle Boinot, l'ouvrage sur Foucault s'annonce tout à fait excitant.
Plus sur le Blog du sens figuré :
http://lesensfigure.fr/blog/

23 décembre 2007

 

Nick Cave, Warren Ellis : The Proposition


Toute personne qui s'est déjà interessée à Nick Cave, pour ses nombreuses merveilles du début des années 80, pour Birthday Party, pour l'intolérablement excellent "Murder Ballads", pour son livre "L'âne vit l'ange", doit jetter un oeil à "The proposition", un western australien dont il a pondu le scénario.
Bizarement, Mad Max mis à part, c'est le premier western australien qu'il m'ait été donné de voir, étrange lenteur à se mettre au travail pour un pays à l'espace aussi photogénique et au passé si heurté. Cave ferait-il là aussi un travail de mémoire que les surfeurs de Sydney n'ont pas trop envie de faire ? C'est une bonne question.

Nous tenons là un merveilleux "petit film", pas de ceux qui deviendront énormes et dont on reparlera dans les écoles de cinéma mais certainement de ceux qui vont drainer un (petit) public ébahi. Et pour nous européens, enfin un film valable sur les racines pourries de la nation australienne (voir notamment le disclaimer au début "ce film contient des textes offensants pour les peuples aborigènes" hahahaha. Le génocide c'est tout à fait ce genre de choses que les anglais, les résidus renforcés de colonies anglaises qui dominent encore le monde, pourraient, avec leurs délicieux euphémismes, considérer comme "inapropriate" ou "offensant").

Le scénario : un frère d'une famille de bandits irlandais doit pour sauver son petit frère fait prisonnier, assassiner l'ainé, le chef de la bande, qui est réfugié dans un lieu désertique et inaccessible et terrorise visiblement mêmes les "blacks", les aborigènes locaux. Il ressemble très furieusement au Kurt du Coeur des ténèbres ce grand frère. Même desespoir, même fascination pour l'horreur dont on ne sait si c'est celle qu'il génère sur les autres ou celle qui le terrorise de l'intérieur. Pendant que le frère-fratricide s'engage dans le bush, dans la nature terrifiante et "mélancolique" comme la décrit le personnage excellent de John Hurt, chasseur de prîme lettré et alcoolique, on suit la vie dans une petite ville champignon. Son racisme ordinaire, la rudesse des rues et des charpentes, l'imitation dérisoire de la vie "anglaise" au milieu de cette savanne ocre et eucalyptus. L'Australie y est décrite comme le trou du cul purulent de la planète. La galerie de personnages, tous plus sales, malsains et/ou mystiques les uns que les autres, est du grand Nick Cave. Le drame se construit peu à peu, prévisible mais presque secondaire. Les dialogues sont souvent trop écrits. Une chose qu'il faut accepter pour continuer à savourer ce plaisir douloureux et poussiéreux.
Enfin ! Nick Cave quitte l'amérique. Même si il n'y a jamais vécu à ma connaissance, il l'a toujours raconté, come pays ou comme entité symbolique. Il y trouvait deux sources poétiques, deux mythes fondateurs : le rock,

Tupelo et son texte douloureux et héroique sur le frère jumeaux du king, le "premier né", mort-né, dans la misérable cabanne où leur mère les expulse sous un démentiel orage qui fait bien les choses, puis l'enterre dans une petite boîte à chaussure

Come sunday morn the first-born dead
In a shoebox tied with a ribbon of red
Tupelo-o-o! hey tupelo!
In a shoebox buried with a ribbon of red



et une entité plus abstraite : l'humanité abandonnée à elle même, l'homme sans dieu, le pionnier dans toute son horreur, quelque chose de profondément australien, mais aussi tout simplement biblique.

Le livre de Nick Cave, écrit pendant les années 80 lui aussi (et en grande partie à Berlin d'ailleurs) est hanté par ces mêmes obsessions, d'un abandon de dieu, d'une nature hostile, d'une humanité à la dérive. Avec toujours cet humour cinglant et sanglant. Douloureux.

Le film est donc passionannt au moins à deux titres, pour sa leçon d'histoire australienne, déprimante, prévisible mais nécessaire, pour la plasticité démente de ce bush, pour la taille inhumaine de son soleil, et, pour ceux qui aiment Nick Cave, pour ce retour aux sources.
Mais ce qui le rend fulgurant et indispensable, c'est sa musique.

Voilà que nous passons d'un objet cinématographique intéressant à un pur délire sensuel. La musique de Warren Ellis et Nick Cave est probablement ce que le vieux Nick a fait de mieux depuis une décennie.
Chose étrange, sans jamais avoir entendu parler de ce film je la connaissais déjà en partie, j'en avais téléchargé des MP3 sur le blog défunt, mais peut-être le meilleur blog de musique de l'univers connu, de David Fenech, dont je recommande très vivement la visite rétrospective, il y figure des dizaines de MP3 légalement téléchargeables d'une foutre pleiéade d'artistes très souvents inconnus, et mon itune ne s'est jamais remis de cette découverte.

J'avais donc déjà écouté de nombreuses fois quelques unes de ces merveilleuses petites tranches de drones, longues nappes acoustiques d'harmonium sur lesquelles se posaient des voix parfois éthérées, parfois graves comme l'enfer (le Nick lui même), ses basses répétitives et espacées, ces violons sacrés qui font bondir l'âme. Elles n'ont pas besoin de l'image ces musiques. Mais le film ne peut même pas se concevoir sans elles. Warren Ellis pratique un minimalisme électrique et accoustique qui est une leçon d'espace. Moins vous en mettrez plus les strates seront sensibles, plus chaque élément se détachera sur le paysage aride. Peut être la meilleure BOF que j'ai entendu depuis le Dead Man de Neil Young. Warren Ellis est un membre des bad seeds, un petit nouveau qui a du arriver il y a moins de 15 ans, et le Nick serait bien inspiré de lui laisser plus de place. Ceux qui comme moi se lassent de ses chansons, qui au fond nous rejouent toujours la même affaire, trouveront là un espace entier dans lequel ils n'auraient même plus osé rêver voir le Nick évoluer. Il y a en germe le mariage fascinant d'un minimalisme américain (tiens tiens) façon John Cale, et d'une poésie moins loghoréique, plus posée du Cave-man. Des albums comme ça il faudrait en pondre une bonne vingtaine pour en épuiser le concept. Mais peut-être ce genre de magie ne peut-elle exister qu'une fois. Difficile question.


PS : J'apprends d'ailleurs par un petit coup de Google que les deux ont aussi composé la musique de "l'assassinat de Jesse James", un nouveau Western avec le Brad Pitt. Une nouvelle carrière d'Ennio pour Cave-Ellis ?

17 décembre 2007

 

Arnold Schönberg : Pierrot Lunaire

C'est Vienne qui dévore mon Berlin. En remontant à la source de la musique "contemporaine" de Weimar, ou la "neue musik", j'ai buté sur Pierrot Lunaire l'oeuvre fondatrice de Arnold Schönberg (je peux y aller. j'aurai pu dire matricielle ou séminale, ou même première sans me gêner. tous ces mots éculés par des décennies de facilités langagières des rock-critiques. Il s'agit là vraiment d'une oeuvre qui a fondé le siècle bande de canailloux. Ulrich le personnage de L'homme sans qualité s'offusque d'ailleurs qu'on puisse employer le mot "génial" pour le jeu d'un tennisman. Le génie est alors réservé au créateur voyez-vous. Et le mot "séminal" au géniteur. Non rassurez-vous, nous ne dévions pas, nous tombons au contraire exactement dans la problématique de notre papier, merci les inrocks, merci Best, merci Rock n Folk, RIP Emmanuelle Debaussard, merci Mr. Beauvallet. Continuons), qui met à bas - l'atonalisme est un tabula rasa harmonique - des siècles de musique occidentale, d'harmonie, de contrepoint, de mélodie.
Et cette mise à bas n'est pas seulement un jeu de théoricien, une discussion d'experts, un énoncé soit disant révolutionnaire mais en fait illisible par le pékin vulguin.
Elle s'entend dans chaque seconde de l'oeuvre, dans ces mélodies si "aléatoires" (qui nous paraissent comme telles), si à contre-pied, si antimélodiques pour le profane, qui refusent ces règles que nous avons tous intégré sans les connaître, qui viennent nous cogner plutôt que nous bercer, viennent nous montrer comment nous vivons dans un monde ou l'après n'est jamais calculable, toujours incertain. L'atonalisme tel que je le comprend, c'est l'introduction du chaos dans la musique. Même organisé, même serialisé. C'est la fin de la rassurante prévisibilité des modes et des motifs mélodiques. D'où cette impression d'une maladive représentation de la folie ou de l'abyme qui y mène.

Schönberg la compose à Vienne et la joue à Berlin en 1913. L'oeuvre est sifflée mais pas trop. C'est d' après Webern (ou Berg ?), un autre de la bande des atonaux viennois, un "succès incontestable". Pierrot lunaire lèche votre suc poétique, le dévore et le régénère à la fois.

Cette diction parlée-chantée est un ravissement. Elle nous évite l'affreux chant "opéra", lyrique, auquel je n'ai jamais pu me faire. Tout tient cependant dans la gorge de la cantatrice à qui l'on a interdit de se laisser aller à l'insupportable, à qui il était spécifié sur la partition qu'elle ne devait ni chanter ni parler, et qu'elle devait laisser une incertitude mélodique dans ses déclamations. Tout tient donc dans ces merveilleux rrrrr allemands roulés dans les aisselles de Siegfried, ne choisissez surtout pas, malheureux, une version avec une cantatrice italienne ou française, ca serait un massacre : s'il faut boschiser, boschisez jusqu'au bout (j'en ai écouté une ou deux peu dignes d'exister sur le Itune store, il faut bien que ce machin serve à quelque chose, à comparer ! J'y ai d'ailleurs acheté ma version, celle de l'orchestre de Dresde).
Pierrot Lunaire est tout en germanité. Schönberg l'a dit à propos de l'atonalité, "mon invention assurera la supériorité de la musique germanique pour le siècle à venir". Le voilà le langage guerrier qu'on retrouve partout dans cette oeuvre. Il s'agit ni plus ni moins que d'écaser la concurrence. C'est une oeuvre charnière pour une époque charnière. Juste avant que toute l'Europe n'explose des tensions exactes que l'on entend là. Notemment cet "absolutisme", ce romantisme allemand angoissé, cette recherche du sublime et de l'absolu, du tout ou de je ne sais quelle chimère de taille (et de classe) supérieure. Bien sûr que c'est lourd à porter, pas toujours facile à écouter.

Schönberg mèle la plus grande modernité, l'avant-garde dont il est alors le représentant musical quasi unique - ce même massacre à l'arme lourde de l'idée de représentation de la beauté se retrouve partout au tournant du siècle, chez les cubistes pour prendre un seul exemple - à ce besoin de se hisser au rang de l'artiste infini, de l'éternel, à cette beauté classique, platonicienne, aussi pompeuse qu'un palais romain... Pierrot-lunaire détruit peut-être l'harmonie mais sans la moindre once d'humour. Certainement pas pour la remplacer par une tête de cochon. C'est un anti-dada.
C'est ça la Prusse ? La mise à sac de l'Europe tient-elle aussi dans ces partitions composées par un juif ? C'est bien sûr trop facile d'y lire, la -les- guerre(s) en gestation après coup. Mais la concordance des dates et des idées est trop forte. L'angoisse d'un empire agonisant, on ne peut pas ne pas la lire... Le Schönberg de 1913 ne se considère plus comme un juif (il s'est même converti au protestantisme). Il n'est que germain. Ca n'en fait pas un carnassier pour autant, mais un représentant de son Zeitgeist martial (l'homme est un patriote, un futur engagé volontaire), de cette recherche d'une "totalité" sans aucun doute.

Derrière les mélodies presques aléatoires couinent les instruments poussés dans leurs derniers retranchements, et la voix tout en diction explose ses syllabes magiques... "Derrr Krrranke Mond" (La lune malade)... Cette flute traversière à la foi folle, sombre et exquise... Cette angoisse, cette beauté malade, cette célébration/mise à mort du romantisme allemand, qui ne s'en remettra pas, nous donne aussi une idée de ce que peut être la quête d'une chose hors du temps. De ce genre d'acier trempé dont est fait le créateur, dans le sens démiurgique du mot.

Il est passionnant d'être au moment de cette découverte plongé avec plus ou moins de bonheur dans L'homme sans qualité de Robert Musil, qui raconte exactement la même année (le livre débute à l'automne 1913 ...), mais de l'autre côté : la fin de l'absolutisme germain, la glissade d'un monde vers la grande incertitude de la modernité. Pendant que Musil dissèque le cadavre, Schönberg le pleure (c'est pourtant lui qui a porté un des coups mortels). C'est peut-être ca aussi Pierrot Lunaire, le clap de fin d'une époque, ou peut-être plus encore, la tentative d'insufler des outils modernes, du flux de vie, pour sauver une créature déjà morte. Un golem. La guerre de 14 y mettra un terme définitif. L'idée d'un absolu créateur deviendra aussi moche qu'une vérue plantaire.

PS : je n'ai pas pu écouter la version conduite par Boulez. C'est peu de dire que je suis pressé de l'entendre.

02 décembre 2007

 

Conrad Fight ! 150e


Je profite de l'anniversaire de la naissance du Conrad pour recaser une citation que j'adore (qui se trouvait déjà sur mon blog défunt mais matriciel "maison ollendorff")

"il tint à un cheveu que je n'eusse l'occasion de prononcer ma dernière parole, et je constatai avec humiliation que probablement je n'aurai rien eu à dire" (Au coeur des ténèbres).

Je case une photo aussi, parceque la classe est aussi parfois un donné physique.

01 décembre 2007

 

Ecouter Kant en Birckenstock

Cessez toutes les simagrés et les prétendues choses importantes que vous étiez en train de faire. Cessez de lire ce blog, et cliquez sur ce lien ! Puis ecoutez la chanson Kant. Vous pouvez aussi ecouter les autres, mais écoutez Kant. Si vous deviez crever demain vous auriez au moins entendu Kant. Jesus Lizard, Hems, Can, Joy Division... Vous ne voyez rien ou quoi ? Le con qui danse tout seul dans sa chambre , c'est moi ! Les Sandals of Majesty (qui m'ont proposé de devenir amis sur myspace, mais d'où venaient ils donc ? Oui, d'ou sortent ces olubrius ?) m'ont transporté, ramené sur le droit chemin (de croix à l'envers) du rock que j'ai eu tendance en amant un peu las, en homme marié de longue date, qui rêve beaucoup et n'agit plus trop, à négliger. Pan ! La main au panier, la libido repart. Chères sandales, je n'en dirais pas plus : merci.

http://www.myspace.com/sandalsofmajesty

29 novembre 2007

 

Robert Musil - "L'homme sans qualités"

L'homme sans qualité est un livre admirable. D'un langage limpide et simple, pas du tout à l'expérimentation formelle de cette époque, toujours un peu emmerdante, celle d'un Joyce par exemple. Le ton y est détendu et drôle, d'un humour cinglant sans être atrabilaire. Céline qui écrit de l'autre côté d Danube et de la ligne Maginot, qui nous décrit aussi une sorte d'homme sans qualités, est bien loin. Il passe pour un enfant qui essaie d'impressionner ses congénères avec ses galipettes. Nous sommes ici en un terrain plus abstrait, moins charnel, qui analyse énormément et juge très peu.
Musil décrit, sur le fond d'un empire au bord du gouffre, au soleil noir de la dissolution du politique, la vie d'un homme inconstant. L'homme sans qualité a fait système de son inconstance. Ou le livre qui la relate en fait un système, nous dirons que cela revient au même.

Des retours à la case départ, une cacophonie des intentions, une loghorée politique pour dissimuler les regrets et les plantages...
C'est une vie une inconstance. Mais est-ce aussi une éthique ?

L'inconstance ne doit pas se confondre avec une absence de volonté. Elle est au contraire une sorte de manifestation de volonté pure, non assignée. Non assignable. L'homme sans qualité ne fait que vouloir. Il veut aller au bout, être un grand, il veut dépasser ses contemporains, survoler son époque, il veut mais cette volonté se dévoie en ce qu'elle ne trouve aucun terrain ou s'exercer. Il est tour à tour militaire, ingénieur, mathématicien, il s'y distingue avec un certain panache mais ne peut jamais s'y satisfaire, tant sa quête est bien plus profonde et donc, vue de la surface, bien plus floue. Chaque concrétisation de sa volonté de grandeur, parceque l'homme sans qualité est un héro, en ce sens qu'il croit à sa valeur et à son panache, est un rabaissement de celle-ci, une remise au pas, finalement une négation. Faire c'est déjà mourir un peu. Le personnage secondaire du peintre/musicien Walter déguise son manque d'inspiration par des fanfaronades sur le courage qu'il y aurait à ne pas peindre. Voilà le registre de vie de l'Homme sans qualité. Qui en fait une éthique en soi. Ne surtout pas se maintenir. Ne surtout pas faire fructifier ses succès. Ils deviendraient des oeillères, des obstacles dans la recherche de cette chose pure. Quelle est cette chose pure ? Ca ne nous est pas révélé (mais nous commençons à le deviner) à la page 103.

La suite de mes profondes pensées sur cet énorme machin, dés la page 206.

 

Burial - Untrue

C'est le disque de l'année à n'en point douter. Reste à déterminer de quelle année... Celle des raves évidemment. Celle des raves héroiques du temps des entrepots et des presets techno monstrueux, des basses vrombissantes, de la réverb naturelle des architectures industrielles ou logistiques... mais quelle est cette année 1993 où le tempo aurait été aussi lent ? Est-ce une réminiscence d'une image au stromboscope, un dance floor à mi-tempo ? Et quelle est cette année 1993 où Basic Channel avait déjà inventé la techno-fantome ? C'est une année 1993 glacée et zombifiée, une parodie ralentie, gelée d'un souvenir brûlant. Une rave comme vous n'en avez jamais vu pour peu que vous n'ayez jamais parcouru d'autres dimensions, que vous soyez resté de ce côté ci de la barrière. C'est ça le charme, le pouvoir, la claque Burial : le sentiment de presque-déjà vu (et donc la conclusion qui s'impose : de jamais entendu).
Et viennent ces voix. Ces voix RNB mielleuses dévorées par le soft auto-tune, dépitchées jusqu'à l'inexistence, ces voix indubitablement absentes... Quelle est cette année 1993 ou des raves mélancoliques à mi-tempo étaient envahies par des chanteurs de RNB morts, décomposés en directs (l'improbable "Ghost Harware")?
The Wire fait appel à Derrida et à son "hantologie", sa mystique de l'absence, notre amour pour le spectral, pour parler de Untrue (le titre nous en dit déjà pas mal)... Nous pourrions en appeler à K Dick. C'est peut-être un peu facile, mais je vais me géner tiens. Ubik bien sûr. Le retour dans le temps dirigé par un adolescent-démiurge qui ne connait pas vraiment son sujet, dont le monde mal contrôlé s'embourbe dans les erreurs et les incongruités physiques, pour finir par se dessecher, se désagréger tout simplement. Tout en viscosité et en ralenti, Untrue dégouline comme une utopie en pleine déliquescence.

Une joie de vivre congelée, la sensualité d'une danse filmée à un format incompatible et exotique, les voix les plus fausses, les plus artificielles, les plus improbables qu'il nous ait été donné d'entendre depuis longtemps. Untrue s'adrese à tous ceux qui peuvent s'emballer pour un possible non constitué. Pour un invisible, un non-donné, un souvenir qu'on n'a pas eu. Untrue est un enfant non conçu, une vie autre.


PS cette chronique fut rédigée dans l'aéroport, à la lumière électrique de l'affreux CDG en ses sous-sols. Rédigée au souvenir, sans réécouter le disque. J'ai voulu le réentendre aujourd'hui pour être sûr de mon coup. Je l'ai trouvé affreux. ignoble même. la magie retombée, les lumières n'opérant plus à magnifier les choses, ne restait que l'affreux spectre grimaçant d'un chanteur RNB... Avec ces musiques exotiques il est de notre devoir de savoir quels sont les mauvais moments. De jouer à cache cache. Et alors, peut-être, en attendant que cela revienne, de savoir s'en tenir à notre souvenir. C'est après tout tout le sel de Untrue, la mémoire et l'absence.

18 novembre 2007

 

Bruce trop puissant

Bon voila. j'aime bien Bruce Willis. J'aime bien la série des Die Hard. J'ai loué le dernier sous le fallacieux prétexte d'une crève qui ne me lâche pas et m'a totalement enfermé depuis trois jours. Mes projets sont embouteillés, tous kéblos, mais ma culture en daube cinématographique progresse à vitesse grand v.
Une citation pour les sceptiques

- "wait you just destroyed a helicopter with your car !"
- "i ran out of bullets"



N'hésitez pas c'est du bon.

Ai-vu aussi Sunshine, science-fiction anglaise d'excellente facture même si l'on n'échappe pas aux poncifs du genre. Nous recommandons vivement le commentaire du film par l'astrophysicien qui sert de conseil scientifique, il répond-là à quelques questions fondamentales.
OUI tenir dans l'espace sans scaphandre est possible, pendant au moins 10 secondes, peut-être 30. Non vous ne gelez pas instantanément. Et oui vous pouvez donc tenter de sauter d'un vaisseau à un autre si jamais c'est le genre de sport qui vous amuse.

05 novembre 2007

 

Le sens figuré - Blog

Les dessins de Alia, que j'attendais avec une certaine impatience, viennent d'être publiés sur le blog du Sens figuré, notre fourre-tout programmatique.

c'est là :

http://www.lesensfigure.fr/blog/

Vous en trouverez d'autres, de Baladi et de David Vandermeulen. Ceux de Benoît Preteseille sont sur notre page d'appel à auteurs.

02 novembre 2007

 

Ernst Busch - Lied der Partei

Le rock m'ennuie. La techno m'ennuie. La musique contemporaine m'emmerde. Cessons avec ces saloperies post-modernes ! Donnez moi quelque chose qui me fasse croire en l'avenir, merde !
Pour votre éducation, une chanson à la gloire du socialisme, le Lied der Partei par Ernst Busch :

"die partei die partei die hast immer recht, lallalallalala" (la parti, le parti, le parti qui a toujours raison)

On ne pourra plus dire qu'on ne savait pas s'amuser sous la DDR.



PS : excellent reportage sur la musique DDR, plein d'extraits, à lire ici
http://blog.wfmu.org/freeform/2006/02/a_short_audiovi.html

01 novembre 2007

 

Mulatu Astatqé (et qui d'autre ?)

Nous avons longuement parlé et bu. Nous avons peu participé à la fête. A peine si j'ai répondu aux oeillades et mouvements de coudes complices de mes amis à chaque fois qu'elle avait le dos tourné. C'est fou comme les encouragements sont saoulants.

Je lui ai dit "i feel like kissing you". Elle a dit "je ne sais plus très bien si je suis célibataire ou en couple". Ce qui ne répondait pas vaiment à ma question. Qui d'ailleurs n'en était pas vraiment une. Elle a ajouté "mais je préfère éviter de mal me comporter". La soirée s'est passé sur le même rythme, et j'ai peut-être un peu trop bu. J'étais un peu frustré sur le moment, mais elle m'a dit qu'il faudrait qu'on se revoit après, bientôt, vite. Nous n'en avons plus reparlé. Pablo m'a demandé
"y a t-il une lumière au bout du tunnel ?".
Ma réponse a déclenché une salve de rires gras. Tout en jettant ma blague j'avais l'impression de quitter mon bel habit de douceur. Comme a regret, mais comme si je me devais de donner le change. Parcequ'au fond de moi je n'avais pas du tout envie de blaguer. Une manière de relativiser les étincelles qu'on a dans les yeux je suppose. Affligeant quand on y pense.

A l'arrêt du taxi, que nous partagions avec Ezechiel, elle m'a embrassé une fois, vite, sur la bouche. Puis sa portière ne fonctionnant pas j'ai du sortir pour la laisser passer et nous nous sommes encore embrassés, 3 fois je crois.

31 octobre 2007

 

Car song

Petite expérience pour ceux que ça amuse :
Lisez ce post puis écoutez ça en cliquant ici

Je suis tombé dessus en faisant une recherche sur "cars" dans mon Itune, la faute à une reprise en cours de "Just What i Needed" des Cars avec Dust and Chimes (hopefully soon termined).

C'est une toute première version de "Car song" le dernier morceau de l'album de tsé, qui (c'est à peu près officiel) va sortir à une date encore indéterminée chez Optical Sound.

ca a été un choc. je double clique, le son vient et je me dis "putain c'est quoi ça déjà ? c'est vachement bien...." puis je réalise que c'est un morceau à moi, que je n'ai pas écouté dans cette version primitive depuis bien 6 mois... C'était le premier morceau, né dans les premières heures de mon arrivée à Berlin en mars. Celui qui m'avait donné l'excitation, l'énergie pour y croire, continuer bosser.
La matrice de tout l'album en quelque sorte.
J'ai énormément souffert avec ce track(au moins 15 variantes trainent au fond de mon disque dur) qui a terminé dans une version totalement différente sur sa structure, son intention et son énergie. Au final une chanson plus sophistiquée, plus "pleine", et plus "intéressante", c'est sûr... mais à réentendre cette première mouture avec ce son merdique, cette structure statique j'ai aussi redécouvert la pureté de l'intention première, quelque chose comme une beauté brute qu'il est extrêmement difficile de conserver dés que l'on essaie de raffiner les choses... et on ne les raffine/affine que pour une raison, les rendre "présentable" en vue d'une sortie par exemple... c'est je suppose un grand classique de tout processus créatif, mais ca a été un choc pour moi, tellement que je n'écoute que ça depuis 24 heures en me demandant où se situe le moment où l'on bascule et l'on finit par ne plus croire en cette intention première.... j'en ai discuté avec Jean-Baptiste, le peintre avec qui je partage l'atelier, qui m'a dit tout de go cette chose d'une grande (et triste) beauté :

"on ne peut pas toujours se priver de ce qu'on aime"

C'est là que se situe la noeud du problème. A rechercher un "but" on finit par se refuser des choses. il m'a parlé de ses formes/sculpture qu'il aime poser sur une table, qui se suffisent en soi, et dont il ne sait quoi faire "dans le cadre d'une expo", c'est la même chose. La perte d'une innocence originelle au nom d'une recherche d'un assentiment, d'une publication, d'une standardisation finalement.

(je n'ai pas envie de livrer la version finale à titre de comparaison, sinon vous perdriez justement cette innocence)

Bien, il n'est pas impossible que du coup nous la casions en bonus track cette première démo. Rien que pour suggérer cette question.

26 octobre 2007

 

La moustache (2)

Avec un jeune collègue blogueur lettré, avons spéculé sur les raisons de la venue d'un certain public du troisieme blog. Jeunes plumes rêvant d'un sujet brillant sur lequel vous faire les dents, à vos Bics.

omorph: "avancee technologique sous hitler"
omorph: voila comment les gens arrivent au troisieme blog
omorph: (j'ai installé les stats hier)

thomas_c: haha
thomas_c: hahahaha !

thomas_c: excellent
thomas_c: le type qui cherche des arguments pour convaincre...
thomas_c: "bordel hitler c'est quand même les autostrades, on ne peut pas lui enlever ça !"

thomas_c: il faut essayer d'imaginer le type devant son google, cherchant la formulation parfaite pour ne pas perdre son temps...

24 octobre 2007

 

Le sens figuré

L'appel à projet du Sens figuré est disponible ici :


http://lesensfigure.fr/



Le projet avance, merci bien.

23 octobre 2007

 

Dust & Chimes et une photo de l'atelier

deux messages en un ça va plus vite.

mellow mellow, Can "She brings the rain" par Dust & Chimes... L'original est la merveille quel'on sait et je suis ravi de m'y être frotté. Michel a comme toujours retrouvé les mélodies, construit et chanté la première version, je me suis occupé du son / des sons et de la strouctourazion finale. toujours difficile d'apprécier le mix au casque (surtout la fuckin' batterie) mais nous nous arrêterons là pour le moment. Ca a été un peu difficile d'aboutir avec cette chanson (premiers tests en août en Bretagne...), j'espère que ça ne se sent pas trop. Un style très peu tsé-iste mais je m'y retrouve. Nous visons le marché des magasins de chaussures, worldwide.

Dust and Chimes central : http://www.virb.com/dust_and_chimes




Une photo de l'atelier (de nuit...) depuis la caméra de l'ordi. Dans l'image, un morceau de la pièce dos à moi avec quelques bouts d'oeuvres de JB, le peintre/plasticien. Hors-champ, les 150 mètres carré restant, on verra ça une autre fois !


21 octobre 2007

 

Berliner Projekt : premier tour de la question en forme de plan de travail

Titre provisoire "Berlin en 100 disques"

Description : Faire un guide historique de la musique berlinoise, en 100 disques.
100 disques qui permettent de visiter la ville. 100 disques produits sur place, ou réalisés par des artistes berlinois, à toutes les époques (depuis l'invention du disque).
Pourquoi 100 ? Pour le compte rond, parceque c'est beaucoup et cela permet de bien fouiller les choses.
Cela ne veut pas dire 100 chapitres. Certains parleront en quelques pages d'une dizaine de disques. D'autres parleront en 10 pages d'un seul. Mais nous essaierons de nous tenir à 100 oeuvres.

La musique de Berlin, la musique de l'Histoire
Le passionné de musique est toujours un chercheur, un documentaliste et un historien. Il passe sa vie à faire des arbres généalogiques. Je veux faire celui de Berlin. Etudier une "scène", une entité géographico/historique et ce qu'elle (a) produit.

A étudier la culture sous-terraine de Berlin, on soulève les questions de l'environnement dans lequel elle évolue. Je ne prétends pas l'étudier, je prétends simplement lui passer dessus. Devront surgir d'elles même quelques questions à portée un peu plus larges que celle du catalogue de mélomane.


Raconter Berlin ?

Faire de l'histoire par le bas. En racontant ces artistes, ces scènes et ces moments, sous le ciel de plomb de la grosse histoire, on foucaldise en quelque sorte. On fait l'histoire à travers la production de discours, si mineurs soient-ils. Cette Histoire de Berlin par la petite porte n'est pas mon ambition principale. Qu'elle transparaîsse, oui mais par la bande.

J'insiste. J'aime beaucoup cette peinture d'Alla Atchuk. Staline encule Hitler dans un petit twist passionnel où l'on a fait voler les meubles. Ce coït, c'est Berlin. Impossible qu'il n'ait pas produit une petite musique bien particulière.
Je n'essaierai pas vraiment de dégager un grand ensemble "ce qui fait qu'une musique berlinoise est berlinoise" je me contenterai d'observer ce qui se passe, "ce qui s'est passé". Ce que Berlin produit aux différents moments de son histoire, de dénicher les musiques qui sont pures essences de zeitgeist non diluées, et par là, surtout, ce que "Berlin a fait à la musique".

On ne veut donc surtout pas nier le geste artistique et le réduire à un pur produit de son environnement. On veut justement s'y intéresser et l'interroger dans son milieu. Comme un éthologue.
La distortion que la politique impose à l'art. Berlin est à son corps meurtri et défendant un parfait témoin de ces questions. Là comme ailleurs, je ne veux nullement en visiter les aspects théoriques. Nous sommes ici en pleine pop'-étude, pop'histoire et histoire de la pop : tout est affaire de cas pratiques. Le Potemkine de Meisel, Le Theme from Sputnik des Sputnik (oui du surf rock DDR de merveilleuse facture qui célèbre l'avancée technologique soviétique), Le Negativ Nein des Neubauten Etc. 100 études de cas qui permettront de voir ces questions en face, sans du tout chercher à les systématiser. (Sur votre droite : La geräuschmusikmaschine de Edmund Meisel, cliquable).


La musique et la terreur


La question de la fête sous la dictature. Un héroisme bien particulier, détaché de la lutte contre le régime. Une lutte identitaire. Toutes les fêtes, même sous les plus molles sociales-démocraties sont des confrontations/affirmations identitaires. Mais sous la dictature cela prend une toute autre dimension. Celle d'une lutte à mort, sans autre revendication que le "à soi". Comment se forger un véritable vivre ensemble, même ultra-minoritaire, dans une société totalitaire ? Julia m'a parlé l'autre jour des soirées funk interdites sous Pinochet. On a vu ou lu les fêtes iraniennes (Satrapi mais aussi le merveilleux Sang et or). Ces gens qui dansent au péril de leur vie. Ces actes de résistances qui ne sont que des actes de vie. Niveau artistique, ça n'est souvent qu'une importation des productions de l'occident, conditions de survie obligent. Niveau engagement, c'est inédit sous nos lattitudes.
Nombreux punks de la DDR ont fait de la prison. les interrogatoires musclés à la Stasi étaient monnaie courante. Tous étaient fichés. Les Swing-jungen (une découverte fascinante, j'en reparlerai plus longuement) sous Hitler ont pour beaucoup fini dans des camps. Les deux, et je soupçonne la même chose des jeunes fêtards funks du Chili, s'opposaient au régime sans la moindre volonté de rejoindre ses opposants "en lutte". Ils s'opposaient sans faire de "politique", juste en prenant du bon temps, en tissant du vivre ensemble. Les fêtards chiliens et les punks allemand sont des résistants sans armes. Leur opposition est une pure affirmation de vie dans un environnement mortifère. Aucun débat n'est possible avec la terreur, il faut la subvertir, même pour une heure, une nuit, un moment. Une TAZ de survie.

15 octobre 2007

 

Paris Summer

Lee Hazlewood et Nancy Sinatra "Paris Summer". Déjà ma cinquième écoute de la journée, et ça n'est qu'un début.

Sublime journée d'automne, souvenirs amoureux en pagaille. C'est aussi ça le "Paris summer".


Je vous laisse avec Lee et Nancy


J'y retourne.

14 octobre 2007

 

L'index

En Allemagne il existe un bureau officiel de censure d'état, le "Bundesprufstelle fur jugendgefahrdende Medien" dont on peut se procurer, si ce n'est les décisions de censures (qui ne sont pas rendues publiques pour ne pas faire de publicité aux oeuvres blacklistées)au moins la liste des oeuvres passées à la trappe.

On y trouve sans surprise des nazillons, un peu de blackmetal incestueux et/ou canibale, quelques rappeurs homophobes et/ou mysogines (notons Aggro Berlin, dont on peut écouter sur You Tube quelques chansons. Ca n'est pas fameux mais c'est bon pour progresser en allemand. "Wer hat immer noch sein Schwanz in deinem Loch ?" ).

Plus génant, la présence de Atari Teenage Riot et de son album "The future of war" de 1997. D'abord parce que la censure (interdiction de la vente aux mineurs, de diffusion radio et télé) est tombée 5 ans après la sortie de l'album (plus de 500 000 copies vendues)... Ensuite parce que les raisons de la mise à l'index, inconstitutionnalité supposée de la chanson "Deutschland has got to die" (peut-on légalement souhaiter la mort de son pays ?) et possible influence néfaste ("desorientieren") d'un "protestmix synthétique" "sans aucune idéologie", me semblent assez floues pour élargir à à peu près n'importe quoi le champ des oeuvres illégales. Enfin parceque la saisine de l'organisme venait d'une organisation de jeunesse de Bavière, ce qui a quand même des relents nauséabonds.

Alec Empire est une victime d'autant plus surprenante que sa musique, "bête comme la bêtise" comme disait Morvan Boury dans une merveilleuse chronique pour le défunt Octopus, est dirigée vers l'ennemi commun des démocrates les plus mous et des gauchistes les plus radicaux : les néo-nazis. Ca ne fait certainement pas de Alec Empire un musicien intellectuellement subversif. Mais, et là je crois réside le fond de la question, son travail est une pure incitation au "riot", sans aucun second degré, ni la moindre finesse. Ce genre de musique ou tout de la production au design est fait pour faire peur au "bourgeois". Il est assez incroyable ça ait pu si bien fonctionner. En 2002 ! C'est en fait une sorte d'achèvement. J'ai pu recopier une partie du texte de cette décision de censure à une exposition samedi dernier. J'aimerai me le procurer en entier. Il pourrait être cité intégralement dans mon Berliner Projekt sans commentaire ou altération. Personne ne pourrait mieux parler de ce disque.

Je colle une vidéo pour l'ambiance.

11 octobre 2007

 

La moustache

Avons-eu en cours d'Allemand un de ces débats tarte-à-la-crème, attendu et passionnant à la fois. Le mariage. On a envie d'y coller deux r comme dans erreur. "a mutual misunderstanding" disait Oscar Wilde je crois... Mais l'heure n'était pas tellement à l'ironie. Trois coréens, deux chinois, deux camerounais (dont un spécimen interessant de "camerounais sarkozyste" et autoproclamé "bon noir" dont il faudra que je reparle un jour), une érythréenne, un libanais et quelques occidentaux, sur un sujet comme le mariage ne peuvent que constater leurs désaccords.
C'est là que j'ai appris, au détour d'une conversation, jetté négligemment comme on laisse tomber son mouchoir, celui où l'on a brodé "RAUS !" en lettres gothiques, que ma professeur d'allemand, Suzanne (ce prénom était de toute façon absolument un NOGO pour des raisons psychanalytiques que j'aurais bien volontiers outrepassées), Suzanne sa brune mèche longue qu'elle remonte d'un geste doux, son visage lumineux, sa façon de lire comme une actrice shakespearienne, ses mimiques hilarantes et sa timidité paradoxale, Suzanne et ses éternelles doc marteens (ce qui devrait être interdit passés les 28 ans mais exerce pourtant parfois chez moi une attirance coupable), Suzanne et ses petits regards en coins, ses rémanences du corps (je me garderai d'expliquer aux malotrus ce que j'entends par là), Suzanne et cette fontaine de petits riens que nous partagions (notez le "i" du désespoir !), qu'en allemand on décrit assez simplement par l'universel "flirt", Suzanne donc, vivait "maritalement" depuis 12 ans et avait un enfant.

Oui je sais, c'est honteux.

08 octobre 2007

 

Une cotone traduction - Eine Kotonische Ubersetzung

Mes recherches sur Edmund Meisel touchent à leur fin. Me reste plus qu'à écrire quelques pages, les premières de mon Berliner Projekt. Suis ravi de cette "rencontre" avec Meisel, musicien exalté qui baigne dans son époque. On y reviendra.
Me reste aussi à traduire quelques-unes de ses citations. C'est du costaud après un malheureux mois d'allemand...

"Neuzeitliche Muzik für die Masse !

Fort mit der überlebten, bürgerlichen, spitzfindig konstruierten, nur für das Individuum geschriebenen Musik!

Den Massen eine Lautbarmachung der geschehnnisse im Geiste der jüngen Zeit !
"

La première phrase est facile, la seconde jouable. Grosso modo :

"La musique des temps nouveaux pour les masses !" (La ou Une ?)

La seconde pose un problème avec "spitzfindig". littéralement "pointu- futé""Malin" mais dans le mauvais sens du terme m'ont dit mes kolleguen au studio. Parfois aussi utilisé comme pénible. Ou artificiel. où un mélange des trois. J'ai pour le moment choisi sophistiquée mais il va falloir que je trouve mieux, plus négativement connoté. On notera que Fort veut plutôt dire "c'est fini" (d'où le so-fort, "tout de suite", -c'est-déjà-fini) que "finissons-en" qui implique un acte pour en finir. Mais le ton du texte donne la clef. Il s'agit ni plus ni moins de jetter la vieille musique aux rebus de l'histoire, d'enfin composer pour les masses, pour la révolution, pour l'homme dans son acception collective.

Finissons-en avec les musiques rabachées (über-lebten : déjà passées, trop vécues), les musiques bourgeoises, les musiques sophistiquées, les musiques écrites pour les seuls individus !

Jusque là grosso-modo je crois m'en sortir à peu près. C'est maintenant que surgit la vraie difficulté :

Den Massen eine Lautbarmachung der geschehnnisse im Geiste der jüngen Zeit !

Pas de verbe dans cette phrase comme dans les précédentes. Il faut, je crois, prendre le Den Massen comme le "Dem Deutschen Volk" écrit sur le Reichtag, "au peuple allemand".

Ce qui nous donne "aux masses...." ou "pour les masses...."

C'est là que ça devient vraiment coton

eine Lautbarmachung : Ca n'est pas un mot allemand mais une construction de deux mots + un suffixe. Ils adorent ça les bosches. Laut (fort, bruit, éventuellement clameur, notion à la fois de bruit et de message, de cri peut être), bar : suffixe qui rend possible la chose qui fait qu'on la vit en ce moment, "organis-able" : wunder-bar : merveill-eux.

machung : fabrication.

reste de la phrase "der geschehnisse im Geiste der jüngen Zeit"
der geschehnisse : l'événement. Im Geiste ... "dans l'esprit des temps nouveaux" (littéralement, des "jeunes temps" mais "temps nouveaux" sonne mieux à mes oreilles).

eine lautbarmachung der Geschehnusse est une seule brique de la phrase, son objet :

Aux masses, "une fabrication bruyante de l'événement", dans l'esprit des temps nouveaux !
Bien entendu ça sonne assez mal, ça "klingt schlecht"
-> ou : aux masses la clameur de l'événement !
-> ou : aux masses (nous) scander(ons) l'événement !

je reste sur la clameur pour le moment, en attendant de faire mieux

"Aux masses, la clameur de l'événement, dans l'esprit des temps nouveaux !"


récapitulons :

La musique des temps nouveaux pour les masses !
(Aux masses, donnons la musique des temps nouveaux !)
Finissons-en avec les musiques rabachées, les musiques bourgeoises, les musiques sophistiquées, les musiques écrites pour les seuls individus !
Aux masses, la clameur de l'événement, dans l'esprit des temps nouveaux !"


Bref, une belle occasion d'aller voir ma prof d'allemand à la fin du cours. Im-pa-rable.

07 octobre 2007

 

Panorama (du Panorama) Bar


Samedi soir fût une soirée faste. Typiquement berlinoise à part pour l'apéritif. Notre fine équipe, JB (un de mes collègues d'atelier qui est en train de devenir un ami) et son pote Niels, sommes partis voir le match.Trouver du Rugby à Berlin ? Au café Peugeot, quelle drôle d'idée, de l'Unter den Linden. Ambiance franchouillarde et mâle, bien sûr. La victoire à l'arrach' nous a mis dans une euphorie aussi délicieuse que stupide, un état de surprise béate qui perdurait bien après le match. Il y a quelque chose d'étrange dans ce patriotisme là, nous le rejetons tous intellectuellement mais lui laissons la bride dans les grandes occasions. Patriotisme, héroïsme, quelque chose de viscéral et d'assez inavouable, d'idéologiquement archi-douteux.
La dose de plaisir sportif d'hier était bien supérieure à la moyenne. La résistance des dernières minutes absolument épique...

Avons été fêter ça avec Wade, un australien ("If New Zealand wins after England did, would be the worst day of my life") rencontré sur place. Retour à Kreuzberg. Longs trajets en vélo auxquels je commence à m'habituer. Club 49 et son ambiance en lumières rouges, sa déco à la fois cheap et très travaillée, comme souvent ici, design à peu de frais, qui fonctionne, lumières qui laissent un grand choix d'ombres autour de vous. Le jeu de la nuit est une partie de cache cache.
Le club 49 me fait furieusement penser à une version un poil plus cosy du Politburo à Paris (No offense, mister T), sauf qu'ici ça ne ferme jamais... Nous restons au bar et bavassons gaiement.

L'alcool aidant, le temps se distend. Mais ça n'est qu'un début. Nous quittons l'endroit vers 3h30 pour rejoindre le Panorama Bar à Ostbahnof... Un "nous" réduit à JB et moi.
Longue file d'attente comme je n'en avait pas connu depuis longtemps, la grande époque raveuse, puis entrée dans l'immense matrice du club. Bâtiment de type entrepôt à l'architecture années 20 ou 30, nazie ou communiste, je n'en sais trop rien. Disons plutôt : "bâtiment de type entrepot à l'architecture qui ne plaisante pas".
L'intérieur est impressionnant. Cathédrale de béton, il n'y a pas d'autre mot même si c'est un putain de cliché... Le bâtiment est un cube vide, avec un plafond à peut-être 20 mètres du sol. Le son est d'une lourdeur extrême, presque aussi palpable, aussi solide que les murs... les allemands n'ont aucune notion de "niveau légal" (de niveau létal faudrait-il plutôt dire)...
Des lieux comme ca, avec ses vitres de huit mètres de haut au bas mot qui tremblent sous l'avalanche des basses, son acoustique totalement impropre à toute idée de sonorisation, ses coursives bétonnées. Ce genre d'endroits. Voilà pourquoi Berlin ne décroche pas de la techno. Impossible de penser ici un concert rock, une fête disco, ni rien qui puisse tenter de divertir du spectacle du lieu. Toute tentative d'y jouer autre chose que cette "minimale" allemande sans aucune fioriture, irait se cogner sur la réalité de l'espace, son gigantisme fonctionnel (un opéra, ,un "spectacle multimédia", une "expo d'art contemporain", tous ces machins pourraient faire illusion un moment, mais jamais habiter le lieu).
Je me sens à la maison. J'aime toujours autant cette ambiance rave (c'est fou comme le mot sonne vieux et délabré maintenant, vintage pour un peu, rangé au cimetière de la culture populaire, avec Betty Page, Gene Vincent, Led Zeppelin et Buck Danny) même si les occasions se font pour moi de plus en plus rares.

Nous sommes happés par le vortex des lumières colorées et basses, l'infinie répétitions des figures des corps autour de nous, la paradoxale sensation de silence au sein de l'immense matière sonique.
Les deux gros "dance-floors" (sur ce vocable jargonant, voir la parenthèse précédente) sont pleins. Trajectoires complexes des centaines de guignols qui sont tout à leurs épopées personnelles, occupant plus ou moins un simple cercle de décence, un demi-mètre carré autour de leurs pieds, leur espace intime. On voit les conversations autour de soi plutôt qu'on ne les entend, ou alors à peine un murmure dans le flow...

L'herbe que nous avons fumé aidant je pars dans mes constructions mentales personnelles... je m'offre une analyse live de mon environnement.
Je pense au concept de durée de Bergson (que j'ai croisé au mois de septembre pour raisons professionnelles et qui m'a beaucoup intrigué, marqué) : la perception du temps en continu (plutôt que comme intervalle entre deux événements). Quelques mots-valises comme "perception du rythme des choses", "l'être comme processus plutôt que comme produit"... Le continuum plutôt que l'événement. Le flot continu du changement. Tout n'est qu'une question de vitesses, d'accélérations et de ralentissement, de respirations. Cesser de voir le temps comme une succession de "choses" ou d'événements qui se passent, mais insister seulement sur le "se passe". Ça se passe.

La musique nous révèle la durée Bergsonienne. Elle la matérialise en ondes et en présence. C'est pourquoi on ne doit pas pouvoir différencier vraiment une phase d'une autre. Un morceau d'un autre. Ne surtout pas raconter d'histoires. Ne surtout pas donner de prise à l'événement... Laisser courir le continuum.
D'où le 4/4 et la bêtise métronomique. D'où l'invraissemblable équalisation (égalisation ?) terroriste, ces basses sur-remontées et sur-compressées (au limite du supportable physiquement) qui sont comme un tapis, qui soutiennent sans jamais s'interompre. Ces claques rythmiques très très aigues, microcoupures, mini-segmentations qui tissent cette continuité. C'est aussi à ça que sert le stroboscope. Révéler la durée, le flux, avec ce geste paradoxal de la coupure. Noir blanc noir blanc. La matière-son. Elle est partout. En viscosité et en coulures. En strates mouvantes.

L'ivresse du continuum force les corps. Dansons tous les deux l'air satisfait. Passons trois heures sans beaucoup parler. Rencontrons une ou deux têtes connues (dont une française de mon cour d'allemand que je vois sous un autre jour. Sensation réciproque je crois). Mon corps célibataire suit des yeux certaines de ces créatures qui surgissent de l'ombre et lumière avec cette incroyable grâce... l'idée de draguer m'est étrangère. C'est surtout au petit matin, aux afters, que se nouent et dénouent les histoires de fesses, que les atomes se font molécules... ailleurs, dans la continuité ralentie de la "grosse fête", dans les satellites du vaisseau amiral, les clubs de taille plus humaine (Au bar 25, ça dure jusqu'au mardi pour ceux qui n'ont vraiment pas de vie).

Le sommeil nous prend à tour de rôle, insidieusement, notre conscience se fait la malle sans jamais que le son ne nous quitte, je pique du nez, quelques rêves me brouillent un peu plus la vue. Les corps sont fatigués. Nous décidons de mettre les bouts. Dehors il fait jour. Se révèle un paysage tout à fait solidaire du lieu et de l'humeur*.


Une lande de béton en bord de Spree avec ses anciens docks, les herbes folles y grignotent le ciment. Les enseignes des différentes entreprises de logistique brillent mais n'éclairent plus rien, la lumière rose et jaune du jeune jour rase les forêts de grillages, de câbles et de piliers qui longent la rivière. Au loin, la grosse boule de la Fernsehturm flamboie littéralement, d'un argenté qui va passer à l'or. Sur nos vélos nous passons le pont sur la Spree dans un silence enchanté.
Retour à Kreuzberg. Coucher vers 8h30, et moi qui ait à faire aujourd'hui...




* "ouaaaa man, tout est trop à sa place" disaient les personnages du film des Inconnus (qui visiblement ont pratiqué les années 90 avec une certaine assiduité).

05 octobre 2007

 

Spontaneous Masterpiece

A la fin je lui ai dit que j'étais à Berlin. Que le ciel y était blanc comme les yeux vitreux d'un cadavre, la lumière aussi uniforme que le mur lépreux d'une prison albanaise.
Ne cherchez pas l'indefinissable qui fait que l'on aime quand même la ville, au point de se dire qu'il est trop tard, qu'on ne rentrera jamais !
Elle m'a demandé, bien sûr, si le sport national était le pogrom, et le salut hitlerien la plus délicieuse des mondanités. Je lui ai dit que non, que sur ce plan Berlin avait probablement beaucoup baissé.
Elle m'a dit "Le monde n'est qu'une pâle copie de lui même".
Elle a ajouté, je crois, le mot "putain".
"putain, le monde n'est qu'une pâle copie de lui même".

Il est difficile d'assimiler un tel bloc de vérité en une nanoseconde, le temps qu'elle traverse le cyberespace et se présente à vous nue, pure comme le monde ne le sera justement jamais. Elle vous coupe les jambes comme un parpin de 4 tonnes sur la voie de gauche d'une autoroute.
Le monde n'est....
Nom de dieu oui. C'est exactement ça. Platon n'était pas nazi pourtant, il n'avait pas sa carte.
Le monde n'est qu'une pâle copie de lui même.
Foutre fichtre, quelle beauté.

01 octobre 2007

 

$$$****

C'était à coté du petit vendeur de bières/tabac ecke Litznieger et Wiener Strasse... il faut voir cet endroit. Nous sommes à 10 mètres du parc de Gorlitzer et la rue hésite comme un pendule entre bourgeoisie allemande néo-bohème, population turque et allemands de "basse extraction" ("bass extraction" ?). Des immeubles anciens et bourgeois au parquet épais, des bâtiments années 80 au béton gris noir. Entre deux punks à anneaux dans le nez, deux jolies branchées à vélo et quelques mômes qui jouent au foot sur le trottoir (et sous la pluie), des bosches au regard lavasse et aux cheveux filaires qui se saoulent dans et devant le Kneippe. Ils portent des décénies de vie difficile sur leurs épaules, des cernes noirs comme la fumée des usines qui ne tournent plus, des peaux frippées comme du papier à cigarette oublié dans une poche, des corps tordus par une vie où l'on ne se repose jamais.
Et puis trois clodos, dos au mur, bouteilles à la main. Elle imite la nage avec ses bras en soufflant dans une eau imaginaire, l'autre rit, incapable de prononcer un mot, les sombres trous de sa dentition qui me sautent au visage. Le gars chauve s'enfile une longue longue goulée de sa Berliner Pils. Il parle longuement d'un air sentencieux puis fait silence autour de lui. J'entends alors distinctement

"isst mein Schwanz*"

Et tout le monde de rire de plus belle, accent canaille garanti. Je passe mon chemin, notant avec fierté comme j'ai progressé un un mois.



* "bouffe ma bîte" me semble une meilleure traduction que le (désopilant) "ma queue mange" de Google Trad.

27 septembre 2007

 

Vanité des bois creux

pourquoi cette lumière blanche... on y distingue plus rien ! On s'entend plus dans ce ciel uniforme.... L'automne putain Django ! Déjà ? Pourquoi on t'entends pas ? t'es tout crevé c'est vrai ! et ça fait longtemps....

écoute un peu, "vanité des bois creux", fais comme moi, plusieurs fois par jours, ou même une dizaine de fois l'heure. ca dilue l'blanc. ça colore. c'est pas triste ou gai, c'est purement vivant. on voit des génériques de films qu'on a jamais vu, avec des hirondelles qui font la circulation dans les grands ensembles et les vespas qui rasent...

écoute tu verra, ça marche


http://www.myspace.com/ludovicdebeurme

PS les dessins aussi... pour sûr, mais on en parlera plus tard

25 septembre 2007

 

Berlin : Sinfonie einer gross Stadt

Suis tombé sur ce film de 1927 lors de mes recherches pour mon "berliner Projekt". C'est ici une oeuvre de base, très connnue, une tarte à la crème, un indispensable, toujours joué dans les salles et projeté aux étudiants. La jeunesse berlinoise baille d'ennui à sa simple évocation. C'est un peu comme de dire "Einstürzende Neubauten", au mieux vous récupérez des sourires moqueurs et sceptiques, au pire une volée de décrochages machoriaux ostensibles.

Mais c'est un film tout à fait fascinant. 1h30 environ. pas un mot, pas un acteur. Ni un docu, ni une fiction. Une symphonie et rien d'autre. La petite musique du monde berlinois en image... Un simple enchaînement de scènes de ville et de process industriels divers, entrecoupés de plans géométriques et architecturaux avec un regard froid et formel qui cherche toujours le cadre parfait, la ligne harmonieuse et brutale à la fois, la forme épurée et bauhaussienne à même le monde. "Sinfonie..." a été critiqué pour sa vision "d'entomologiste en visite au Kombinat" de la chose berlinoise : il n'accorde pas plus de valeur à la distribution du lait qu'au mannequin en vitrine, qu'au SDF à moitié mort ou aux rues décaties, ou aux jolies filles en terrasse des cafés. Pas la moindre critique sociale. Tout y est process et mouvement. L'argument est recevable. Le film est un peu long, faute de se trouver un autre rythme que celui de cette passion formelle, de cette ivresse du cadre et du montage.
Ca n'en est pas moins une perle. La scène introductive avec son train qui traverse la campagne puis la banlieue puis la ville, sa musique angoissante et théâtrale, pleine d'une sorte de foi en sa propre puissance, dépourvue de tout cynisme, m'a fait beaucoup d'effet. Edmund Meisel le compositeur fût parait-il conspué pour son "score" par les critiques de l'époque.
Accrochée au montage comme une sangsue, pistonant le réel avec ses percussions lourdes, ses pianos graves et vrillants, ses effets de frappes (c'est une Klang Sinfonie), elle particpe à cette sublimation du réel, à cette fascination pour l'immense, le nouveau;, le moderne, le technologique, les superstructures des affaires humaines (un discours que je vois à l'inverse exact du Metropolis de Lang), qui est une des marques de fabrique du jeune 20e siècle. Dans le droit fil futuriste, constructiviste, tous ces trucs en iste.

Notre mission : essayer de retrouver quelques-unes de ces critiques rageuses publiées à l'époque (via la cinémathek) pour prendre le poul de Weimar face à son avant-garde.


PS : le film peut se visionner ici :


http://video.google.com/videoplay?docid=-4999307054874717032

24 septembre 2007

 

Gorlitzer Park - évocation sonore

Crissement des roulettes un peu rouillées des poussettes de jeunes mamans turques voilées. Leurs chaussures à gros talons moches écrasent les gravillons. Vrombissement d'un sound system lointain. Basses. Cris d'enfants. Flop flop d'un cerf-volant. Pong du club de golf du torse-nu à dread-locks. Club en fer, balle en plastique. Palabres africaines sur un banc. voix rauques, gouailleuses et colériques. Guêpes comme des Microbombardiers. Cliquetis réglé comme une horloge suisse du vélo-dragster de l'ado au t-shirt vert. Glissement des pneus. Choc entre des bouteilles de verre, plus nombreuses que les usagers. Colier du chien avec un grelot. Aboiement au loin, sifflement du maître. Un gamin sur son mini mountain bike rase un landeau à grands coups de sonnette. Au loin à l'est, hurlements de dépi et exclamations autour du match de foot. Sifflet de l'arbitre. Claquement de crocs sur un frisbee vert. Silence lascif de l'homme torse-nu caressé doucement par sa compagne. Applaudissements répétés. Où est le jongleur ? Un âne braie. Un enfant tape avec un baton sur les grilles d'un ancien escalier d'accès, laissé là au milieu du parc, comme une dent creuse dont on aurait fait un pendentif. (En face à quelques mètres, quelques résidus bétonneux du couloir qui devait joindre cet escalier, rongés presque jusqu'au sol, rasés comme de vieilles molaires abandonnées. est-ce tout ce qui reste de la gare de Gorlitzer ?). Des oiseaux exotiques. Appeaux ? Imitations électroniques ? Pas le moindre djembé. je répète : aucun djembé. Le grondement de la ville, les rues adjacentes qui rugissent de manière intermittente. L'âne encore. Un avion qui vrille l'air.

20 septembre 2007

 

37

vendredi 14 septembre suis rentré comme tous les jours vers 12h45/13h de mon cours d'allemand, après un petit passage, comme tous les vendredi par le marché turc de Maybachufer. Je trouve la porte ouverte. Sur la table de la cuisine, un gateau. Sur le gateau 37 bougies. Tout autour de la table, et un peu partout dans l'appartement, loi de l'entropie aidant, des ballons de toutes les couleurs, et même certains en forme de coeur. Sur un papier "happy birthday" écrit au marqueur bleu. A droite de la table, Bibo, le chien fou de Lina tout excité par les ballons (il adore les faire sauter à coup de crocs). Derrière Bibo, Lina l'air presque timide qui me chante un bon vieux happy birthday.
Depuis combien de temps n'avais-je pas eu de ballons à mon anniversaire ?

 

Pornographie ordinaire

A la petite cantine qui jouxte la Hermanplatz. C'est un lieu sans aucune prétention et sans le moindre intérêt. Un comptoir/frigo où l'on choisit et paye son Brötchen/baguette puis quelques tables en plein vent, pas de portes ni de vitres. Je m'assois et une vieille dame digne et joliment maquillée vient me demander si elle peut partager ma table. Elle a encore quelque part une lumière d'enfant derrière ses 70/75 ans. Nous échangeons un sourire et je replonge dans mon libé. La musique, de trainante lavasse turko-bollywoodienne change de registre et de volume, d'un seul coup. Plötzlich. Gangsta R&B rappé. fort. Je regarde la dame qui mange seule son sandwich féta dans ce foutoir de musique de jeu télévisé. Cette dame si joliement coiffée, son maquillage qui essaie de la rajeunir un peu. Une offense. Une obscénité. Je pense aux prisonniers de Guantanamo à qui l'on sert du rock métal ricain en guise de punition/torture. Qu'est on en train de faire à cette dame ? et à des millions de ses congénères ? Je ne trouve pas ça drôle. La honte du genre humain me parcours lentement l'échine. Je termine mon salami brötchen et passe au Brie-Baguette (avec toujours cette feuille de salade assassine et cette façon de trop beurrer le pain). La dame affecte l'indifférence face aux yeah yeah yeah mouillés et aux beats qui surgissent dans ses tranches de concombres. Tucholvsky, que nous étudions ici en cours d'allemand, avait dit qu'il faudrait que l'homme soit pourvu de paupières pour les oreilles. Un nouvel organe pour empêcher la monstruosité spectaculaire de procéder à son invasion au quotidien. Oui ca serait merveilleux. Peut-être faudrait-il aussi supprimer les programmateurs radios. Plaies du monde. Propagateurs du capital. Mais peut être la vieille dame était-elle sourde. ou heureuse d'écouter la musqiue des jeunes. Ou, et c'est le plus probable, possedait-elle des paupières mentales, comme la plupart d'entre nous. Elle mangeait avec appétit. J'avais fini mon sandwich et ne suis pas resté pour le café.

15 septembre 2007

 

Earth - Hibernaculum


C'est mon disque de chevet, de travail et de vaisselle en ce moment. Un de ces albums qui vous vrillent jusqu'au fond de l'âme. J'ai peur d'abîmer avec mes mots cette rencontre avec une oeuvre, par dessus le plan de la réalité, ces connexions filaires et magiques entre moi et l'invisible.
Il y avait bien longtemps que je n'avais pas autant aimé un disque de rock. Peut-être y suis je sensible parce que la musique est si ralentie, si étirée, si répétitive, si pensive, si contemplative, qu'elle n'a plus de rock que les instruments et le son. Earth est un groupe de métal, que parait-il Kurt Cobain avait mis en haut de son panthéon. Mais ça n'est pas ce qu'il faut chercher dans leur musique, le métal. Il est là qui hante derrière les guitares cristallines et les pianos lancinants, niché dans une petite saturation, un larsen prenant et continu toujours mixé très bas, logé dans des structures distendues et ralenties. Mais ca n'est pas lui qui surgit. C'est une douceur, une douceur sombre et un peu fielleuse qui me rappelle un autre album gigantesque, le "Spiderland" des Slint. Toujours ce couple extase/mélancolie. De la répétition forcée jusqu'au délicieux. Ne vous fourvoyez pas, il ne s'agit pas d'un disque de black métal tout en drones et en grincement de porte.


On y sent à l'oeuvre une chose qu'aucun groupe non métalleux n'aurait pu saisir, une douceur qui n'existe que par ce qu'elle est née d'une longue pratique de la brutalité. qui revient de loin. La beauté survient de ces saccades en slow motion, de ces blancs nés de structures rock ralenties, de ces breaks si sont longs et si trainants. Une beauté mélodique simple qui a poussé du champ de bataille comme une plante grimpante à la floraison un peu pâle. Earth flatte ma neurasthénie gothique, mon penchant à vouloir m'installer là à simplement écouter le sang qui passe dans mes artères. Le disque s'appelle "hibernaculum" et il est moins froid qu'on pourrait le croire. La mère nature finit toujours par s'éveiller. Même si c'est bien à son engourdissement que nous assistons fascinés et bercés par sa respiration qui va s'éteignant.

09 septembre 2007

 

Philosopher avec des yeux-mousse



Ça m'est arrivé au petit déjeuner de ce dimanche. je l'ai pris à la Berlinoise, c'est à dire en terrasse sur une longue table d'écolier partagée avec d'autres co-petits-déjeuneurs. Il s'avérait que les sus-dits co-petitdéjeuneurs avaient des enfants. Les enfants au petit déjeuner, c'est pas mon truc. soyons honnêtes et passons pour un vieux grincheux. ils riaient les bosches entre deux bavassages interminables, ils riaient en sifflant leur Appfelschorle, ils riaient à leurs plaisanteries, ils riaient quand le soleil chauffait leurs lunettes de soleil, ils riaient quand leurs marmots inventaient moults facéties et visitaient à peu près tout le spectre du hurlé-criard comme seuls savent le faire les charmants bambins des autres. Aigu-aigu, sur-aigu cauchemardesque, brutal-aigu, aigu-courru, aigu-hurlé, aigu-revendication( ICH WILL ESSEN MAMA), aigu-joueur, sur-aigu-joueur, hyper-aigu de la chute.
Mes enfants ai-je décidé tout en essayant de dissuader une saloperie de guêpe de s'enfiler mon café à ma place, mes enfants seront menés à la baguette. Ils ne diront ni papa ni papounet. ils diront mon général. ils porteront des bermudas beige et ne penseront même pas à moufter. la gauche se fait bouffer par ce truc de l'enfant-roi c'est moi qui vous le dit. de la discipline putain.
Impossible de s'asseoir en terrasse sans que les hostilités ne se déclenchent. le vent, les enfants, les gens, les bagnoles. re-putain.
Le petit déjeuner est arrivé bien 25 minutes après le café, les berlinois ayant un sens du service assez proche des indiens (avez vous déjà attendu 45 minutes un banana lassi ? Le patron étant parti acheter les bananes ? et bien c'est plus facile dans un shack sur la plage d'Arambol que sur une terrasse envahie par les éléments hostiles à Berlin). L'oeuf était trop cuit et j'avais du mal à avancer dans mon Sudoku.

C'est arrivé soudainement. En haut de la page du libé j'ai écrit : "il faudrait faire un art inhumain ?"

non, ça n'était pas contre les enfants et mon désir de les découper à la hache n'était que passager, et au fond tout à fait contrôlable. Je peinais sur le Sudoku "supérieur" (que j'avais conservé amoureusement depuis lundi dernier, mon emploi du temps de ministre m'empêchant totalement le sudoku pendant la semaine), mon esprit est parti en promenade. Ca sert à ça un Sudoku. J'ai commencé à penser à la ralentie le deuxieme album de Tsé tout juste terminé que le monde attend si fébrilement.

J'ai écrit ça comme ça. ça me prend parfois. Je constatais par ces quelques mots que mon art était sur une fausse route. Où à vouloir "faire sens" on risque fort de s'empatouiller dans de la névroserie sans grand intérêt. On est borderline et finalement pas si passionnant. On a le cul entre tellements de chaises auteuristes, bruitistes, techno-iste etc qu'on finit par ne sonner comme rien.
Je me suis laissé aller à un "non tu as fais fausse route". parano ordinaire due à la montée de tension du café, habilement accompagnée par le joyeux babil à 200 décibels des délicieux bambins allemands ?
Parano ou constat totalement objectif ?
Ma musique est-elle totalement dépourvue d'humour ? ou l'humour est-il beaucoup trop indirect, trop private-joké ? Me fout-elle à poil sans même me rendre beau ? juste mes névroses et pas même mon sublime corps ? Quelle serait la solution pour pondre des textes qui n'auraient rien à voir avec moi ? Ni même avec les autres (en quoi seraient-ils plus intéressants que moi) ?
Peut-on faire une musique qui ne soit vraiment PAS humaniste ? Qui méprise le "socle commun" et affirme un particularisme complet, une pure individualité ? Ou plutôt une singularité : que cette pure individualité ne soit pas une explosion égotique, (l'égo me joue beaucoup trop de tours de passe passe, de crises de foi, de montée de sèves genre "oh mais oui mais oui c'est génial". L'égo cherche, l'enfoiré, le succès et la reconnaissance, alors qu'il ne faudrait idéalement que chercher POUR chercher) ? Ca n'est pas une question d'humanisme mais d'humanité. Il faudrait savoir ne pas penser et juste faire. Et pour cela, il faudrait écrire des textes qui ne parlent de rien d'humain.

C'est pourquoi j'ai griffoné un peu à droite de la grille de Sudoku, au dessus du mot croisé totalement imbitable dont je n'ai jamais réussi à trouver ne serait-ce qu'un seul mot valide (merci libé de publier chaque jour cette humiliation ordinaire),

"il faudrait faire un art inhumain ?"

puis,

(j'ai pensé à la mouche. au tsé. j'ai alors écrit)

"from the tsé fly -> vue à facettes -> fragments répétés et dérivés"

j'ai ajouté "paroles - musique" comme les deux domaines ou appliquer cette "vue à facette".
Ca m'a conduit à la marge du journal - soulignée par un fin trait vertical, elle mesure environ deux centimètres de large.
j'ai écrit, à la verticale donc, comme reproduit ici plus ou moins fidèlement

"plat
plat
plat
plafond"


j'ai essayé d'imaginer le vol de la mouche dans ma chambre, qui décrirait ce qu'elle voit comme elle le vit. comme une caméra intime, figée au sein de ses minuscules connexions neuronales.

le mot "plafond" m'était interdit je m'en suis rendu compte. la caméra-mouche ne donnerait pas le nom des choses, elle se contenterait de les décrire objectivement, sans pouvoir FAUTE DE LANGAGE, les découper en modèles-types, en idées, en choses. si je n'avais pas le langage tout serait continu/discontinu et rien ne serait individué. ca serait une affaire de matière pure. de texture.
j'ai recommencé quelques fois en diverses positions de la page

j'ai écrit

plat
plat
plan-angle
plat
plat - fond
fond blanc
planispectre
(le spectre des couleurs, qui forment le blanc. vous suivez ?)
lisse de loin
strié de prêt
pulse toujours
blanc cassé
respire lentement
(oui à quel rythme vit la pierre et sa peinture ? à quelle vitesse le mur change-t-il ? est-il si immuable qu'on le dit ? vu de très prêt, vu hors du modèle de chose, hors de sa "murification", il n'est que pierre-peinture. Pierre-chimie-sèche-dessèche. Il a son rythme. il change. il pulse à sa manière lente et figée)
vagues vagues
pétrifigées



j'épargne à mon lecteur la suite de ces indigences. Mais le fait est là, il saute à nos yeux à facettes, il nous remonte comme un choc par nos minuscules pattes, à travers nos millions de poils capteurs, il nous fait frissonner nos ailettes mille fois plus fines que le papier de soie : en faisant la mouche j'ai trouvé Gilles Deleuze.
"lisse de loin, strié de prêt".
le lisse et le strié. et si tout milles-plateaux n'était qu'une tentative de décrire le monde, la société, le social, hors du langage ? Avoir une vision pré-langagière des choses, si je puis oser le néologisme. Comme un sociologue sous LSD ?

le plan d'immanence (la surface ou tout ne survient que de soi-même, ou rien d'extérieur ne peut intervenir, le tout dans le tout, l'indivisible). les strates et les plateaux. le lisse et le strié, les flux, les machines-coupeuses de flux. le sein de ma mère.

C'est ça la philosophie ? La recherche des pures entités telles qu'elles sont avant que le langage ne les réduisent, ne les découpe, ne les divisent et donc ne les cachent (mais ca serait déjà assumer qu'il y ait des entités. donc déjà individuer. c'est donc mission impossible ?) ?
C'est ca faire "surgir le vrai" ? Passer par l'abstraction pure et la métaphore pour éliminer la routine aveuglante du langage ?
ou même : viser à la suppression de la conscience (en tant que biais à la vision, au ressenti) ? Philosopher c'est un devenir-mouche, un devenir-inhumain ?
Un hurlement démentiel m'a coupé dans mes réflexions. Une sombre affaire de morceaux de sucre dans la main d'un enfant, de dentiste potentiel (Zähnartzin que ça se dit. c'est un mot immanquable), de "remets donc le morceau de sucre". De pleurs et de frustration bien compréhensibles. Je ne suis pas sûr. La barrière de la langue, voyez-vous.


en me traitant vaguement de con, j'ai finalement ouvert "La télévision" de JP Toussaint que Mathieu m'a si gentiment offert et envoyé ici. Et j'ai oublié la mouche et ses yeux-mousse.


PS: trois vernissages vendredi. deux samedi soir. des vidéos sur 4 écrans avec des boxeurs détourés, des croutes sur toiles bavasseuses de couleurs livides, des croutes huileuses, des collages, des peintures genre "SF sur mars avec un soleil couchant et des concressions roses", des peintures abstraites dont on ne sait jamais quoi penser, des installatiosn sonores à dispositifs simple et charmant, des installations prétentieuses avec trois bouts de ficelles, des miroirs et des photos du Berlin en plein changement. des gens. plein de gens. trop de bière. c'est épuisant la vie mondaine. Mais moins que les petits dejs.

Libellés :


04 septembre 2007

 

Dem dem der den

Météo désastreuse. 10 degrés pluvieux, mais avec quelques éclaircies hein entre les orages. Je mentionne ce sujet si ennuyeux parce qu'il est une des clefs de l'aventure berlinoise. La capacité à sublimer, oui à sublimer, le désastre météorologique annoncé. A faire plus que s'en foutre. A faire plus que tenir les dents serrées. Une seule solution : courir nu comme le moujik dans les steppes de l'oural au mois de février. Le vent ? la pluie ? le froid gris ? rien qu'une épaisseur suplémentaire au blindage naturel des habitants de la grande Russie. Regard d'acier et volonté d'uranium.

Mes cours ont commencé. je cite ici les prénoms de mes co-écoliers, presques tous jeunes et parfois même boutonneux (je ne dénoncerai pas celui qui a, dans un moment sublime d'égarement face à l'inconnu, un plongeon, suggéré que Goethe aurait courru la donzelle et vécu la grande aventure communiste révolutionnaire avec Le ché à Cuba, goethe et fidel ? ca ne sonne pas pareil non ? le gars y croyait dur comme fer. putain la jeunesse !) : Khadija, Ying, Mathilde, Irini, Hee-Jin, Elena, Mariana, Alina, Dong Won, Thomas, Lin, Özgür, Guillaume (c'est moi), Eunhö, Hussein, José. Erythrée, Corée, Chine, Brésil... Berlin est cosmopolite y'a pas de doutes.

Journées bien remplies donc. Cours le matin, trois heures, dativ, akkusativ, genetiv. EN au pluriel à chaque fois sur l'adjectif quand le signal du genre a été donné, triple idiot ! Datif féminin ? Der Grossen Frau.
Après midi au "Studio" de Weichselplatz, grand espace que nous partageons à 6, 4e étage, lumineux, coworkers forts sympathiques me semble-t-il. Deux graphistes/illustrateurs, un peintre, un sculpteur, un vidéaste et moi.

Le soir je rentre à l'appart, où je dîne soit seul, soit avec Lina, ma colloc (c'est moi qui me suis collé aux pates hier, avec les honneurs) et son énormmmmme chien Bibo, qui a le mérite d'être débonnaire et plutôt calme. S'ensuit un peu d'exos d'Allemand (notemment "ecrire ce qu'ona fait le matin". mon allemand est affligeant. pitoyable. extrait de monchef d'oeuvre d'hier "heute habe ich di konjonktion wörter gelernt. wir haben auch ein bischen von unseren heimat gesprechen". Puis un poil de musique (reprise de "she brings the rain" de can, en version dub de magasins de chaussure pour le susmentionné "Dust and Chimes"). je ne garantie pas de tenir ce rythme de cocaïnomane trop longtemps. A moins que quelqu'un fasse nétour, bien sûr.

Voilà. Pas eu le temps de souffler. A peine sorti du train samedi matin j'arrivais chez Lina, et Rui, son ex, celui qui m'a libéré la chambre, qui était à l'appart pour vider ses affaires, me donnait un flyer pour son "vernissage" le soir même. Une douche et le gros morceau : Installation du lit Ikéa (mais pourquoi nom de dieu me reste-t-il des pièces une fois le lit terminé ?) qui s'averait n'avoir pas de lattes.... non fournies ! lit inutilisable ! sus aux suédois suceurs de sang ! ai du fouiller la rue à la recherche de ces palettes en bois qui font juste la bonne hauteur. Perfect solution. Ai eu un peu peur deme faire prendre en flag de volde palette. On doit dans un pays si soucieux de l'autre, vous pendre direct à un arbre si on vous choppe ? J'ai arpenté en sifflotant l'air depas y toucher les ruelles les plus sombres, les arrières cours à poubelle les plus cachées de mon Kreuzberg. M'a fallu scier une palette avec une minuscule scie à main. pas peu fier de sa solution sommier sans soucis le Guillaume. Samedi soir Lina m'invitait à une fête dans un "house projekt", immeuble sur cour entièrement occupé par une quarantaine de collocataires qui paraît-il se font à bouffer pour tout le monde à tour de rôle. Un repas à préparer tous les 40 jours mais quel repas !
Dimanche puces pour trouver un meuble à fringues, échec. Musée du mur de la Bernauer Strasse. Ravioli aux épinards et au lit.

La suite dés qu'il se passe quelque chose qui mérite d'être dit.

PS : M.I.A "Bamboo Banga". Bombe de balle de musique massala hip hop step quelque chose avec des aboiements de chiens et des motos qui bouffent les énoooooormes basses et des samples de bollywood qui surgissent du grand nulle part du brouillard postmoderne. et cette voix ! "M.I.A is coming back"... le reste de l'album m'a l'air bien moins bien.

19 août 2007

 

Dust and Chimes

Bien le bonjour. Beaucoup de wasser a passé sous les brücke.
Peu à raconter, pas le temps ! Des fêtes de la bière (où l'on croise la véritable et sublime âme allemande, les saucisses de un mètre de long et des borschs pantagruelesques), des cafés innombrables, quelques fêtes, et de la musique.

Time report :
Ollendorff éditions en bonne voie. Contacts positifs pris avec quelques dessinateurs, auteurs en cours.
Appartement : trouvé. ca n'a pas été SI facile. 10 jours à plein temps au moins. et de véritables entretiens d'embauche qui ont commencé à me les gonfler sévère. Liegnitzer Strasse à Kreuzberg près du canal. Colloc Lina tout à fait merveileuse.
Bureau : Trouvé. Partagé avec 6 artistes quelque part à NeuKöln.
Musique : album pas encore envoyé pour quelques bêtises de mastering (ou plutôt de réaction au mastering. Un viol le mastering).
Nouveau projet avec Michel "Dust and Chimes". Check this out :

http://www.virb.com/dust_and_chimes


Fuck ! ain't it that good ????

Ce blog reprendra vie, avec régularité cette fois, début septembre quand je rentrerai de France. Stay tuned les boyz and girlz.

Supi Grüssen Küssen

26 mars 2007

 

...

Une telle inconstance... Que dire ? J'ai vu Mitte, PrenzlauerBerg, j'ai fait les puces de Kreutzberg (qui parfois font passer Montreuil pour un Mall de Dubaï), j'ai mangé une pizza avec Georg et Fred dans un parc qui est une ancienne gare (de bonne taille à mon avis, genre la gare du Nord quoi) détruite pendant la guerre. Un parc pourri et merveilleusement agréable comme tout ce qui se fait à Berlin comme espace public. Avec une fontaine en béton qui s'est écroulé juste après sa construction et a été laissé là, à la merci des tagueurs (c'est fou comme cette ville est taguée), comme des ruines romaines post-modernes. J'ai goûté les premières heures du printemps au bord de l'eau sur un ponton de bois tout vermoulu d'un café spécialisé dans les after techno-minimale avec tous ces gens au teint cireux et aux lunettes noires qui sortent de party vers 15h30. Mais je n'ai pas encore fait de vraie party. J'ai fait les magasins de disques et découvert que hard Wax était en bas de chez moi. Que dire d'autre ? Le chicken point qui vient d'ouvrir en face de chez moi, halal, 1/2 Hächnen pour 1 euro, ne désemplit pas, il y a la queue toute la journée comme dans un bon vieux magasin d'état époque DDR. Des femmes surtout, souvent voilées. C'est un quartier turcoturc Kreuzberg. Ici on manifeste pour Öcalan très régulièrement, deux fois depuis que je suis là. Je me suis balladé avec Julia le long de la rivière là où des promoteurs totalement inconscients ont construits des "twin Towers" avec comme logo un mec qui plonge depuis tout en haut... magnifique à cet endroit ce petit bras de Spree. Un pont façon Kremlin, rouge avec des tours russisantes, une immense statue "1% culturel" avec trois hommes les pieds dans l'eau, un paysage industriel en pleine réfection. Cette ville est une pure sensation d'espace. Une vraie pourriture architecturale, souvent, mais justement c'est de là que sort sa substantifique moelle... J'ai été voir LCD soundsytem un soir où il fallait que je quitte cette barraque. Z'ont visiblement pris une direction plus mainstream, plus "je jouerai dans des stades avant la fin de l'année". Et pourquoi pas ? C'était très bon. A noter une reprise réussie de "No Love Lost". Alexd est venu deux jours et nous avons bien ri. Il a neigé, plu et toutes les variantes possibles du mois de novembre à Paris ont défilé sous ma fenêtre. il fait maintenant radieusement bleu.
Je me suis trouvé un partenaire de tennis, ce qui est bon, on a commencé aujourd'hui et je me suis dérouillé sans trop en prendre une (mais ca se sent le gars est meilleur que moi). J'ai presque fini "Vie et Destin" de Vassili Grossman et vous devriez tous en faire autant. Je patine dans la semoule avec "L'incandescent" de Michel Serre. J'ai fait de la musique. tous les jours que dieu a fait, et il en a déjà fait 24 depuis que je suis là. 24 ! J'ai plus ou moins, c'est à dire à différent stades d'avancement, 6 morceaux. L'exaltation des premiers jours a plus ou moins disparu, remplacée par une studieuse volonté d'avancer. C'est pas plus mal. Une fois de temps en temps quand même j'ai l'impression de toucher au paradygme de la musique occidentale, mais non pas trop souvent.
Les nouvelles sont donc creuses, et le moral excellent. Continuons notre mission "un album à Berlin". Longue vie.

11 mars 2007

 

Arm aber sexy


oui je sais... rien posté en une semaine. Il faut voir que je mène une vie loin d'être excitante. A part mon escapade de samedi soir dernier, je n'ai rien rien vu d'autre que mon quartier, et surtout ma chambre, jusque vendredi( avant hier) soir. Ai du manger quelques sushis à emporter, faire quelques balades le long du canal qui jouxte mon immeuble, été au merveilleux marché turc. Rien de plus. Je suis sur un bon rythme de boulot pour la musique. un rythme que je ne me suis jamais connu. Mon avancée touristique, sera lente ou peut être inexistante. Berlin n'est pas une ville à tourisme, c'est une ville à vivre je crois. Enfin je le vis ainsi. Donc de dimanche à dimanche peu à raconter. Ai pas mal discuté avec Marcel mon colloc. Personnage étrange à la voix toujours douce et calme, mais qui brûle d'un putain de feu intérieur. Yoga, jeunes de dix jours, nombreuses party et prises de drogues diverses, cross-dressing, n'en jettez plus ! L'ai retrouvé une fois assis en lotus devant la machine à laver qui tournait, de beau matin. Ou de retour de fête, le visage blanc et cireux, les cheveux teints au hénée avec des barettes, des botines roses en cuir, un colant fluo années, 80, short en soie... le gars est aussi extraverti vestimentairement qu'il est calme et zen intérieurement. Il ya souvent du monde à la maison, et je commence en fait à connaitre des gens sans même sortir d'ici. Vendredi finalement Emma m'a appelé et nous avons été à un vernissage.... dans une galerie tenue par un français que j'avais déjà rencontré à la fête samedi dernier. Là bas j'y ai revu des gens de cette fête justement. Tout le monde al'air de se connaître. Excellente expo ou l'artiste avait utilisé le bois du plancher pour reconfigurer la salle de multiples manières... du soit disant fonctionnel (il fait des bancs avec les planches, et zou une salle de cinéma, ou un filet de badminton) au carrément surréaliste (cage, foret)... avec un fort coté japonais-zen et des formes très épurées malgré le bois grossier, ... bon ca m'a bien plu (cliquez donc sur la photo, z'en saurez plus). un français faisait un live au laptop, assez mauvais, et nous avons bougé. Vers Mitte du coté est, pas très loin de Alexanderplatz. Dans un bar très DDR d'abord. Vieux papier peint usé, radiateurs en fonte qui surchauffent, machine à bonbon/cigarette d'un autre age (non, d'un autre monde, d'un plastique rude et crasseux comme un gosplan de 1972), vodka a 2 euros. Ce fut une longue longue série de vodkas. Nous nous sommes transférés au Politburo local qui s'appelle le CCCP... et zou la vodka. Ca c'est fini tard et dans quelques complications d'ivrognes (pertes de clefs et du clavier d'un téléphone, sac oublié quelque part, longue marche pour retrouver Emma partie d'un seul coup "chercher ses clef" quelqupart au milieu de la Torstrasse...)... z'étions invité à une "release party" d'un album d'un artiste local. l'avons raté. Ce fut une bonne soirée dont je ne saurais trop raconter la substance tant elle est envelopée dans une chappe fumeuse, fumante, un brouillard melasseux qui rend les choses floues et distord le temps. Voyez ce que je veux dire ?
Le temps s'améliore depuis hier, il fait beau et assez doux. Mais le décret de mise à moitié à poil des femmes n'est semble-t-il pas encore rentré en application (on espère les circulaires de transcription pour la fin mars). Hier musique, ballade au parc. Aujourdh'ui risque fort de ressembler à hier ? Que dire d'une vie aussi ennuyeuse ? Suis "at the right place at the right time". C'était maintenant ou jamais. Je ne saurais l'exprimer autrement, c'est un feeling merveilleux.

PS : le titre de ce billet est une citation du maire de Berlin ("pauvre mais sexy") qui parait-il a fait scandale. Pourtant c'est une parfaite description de la ville.

PPS: oui les fourures de Marcel sont des vraies. Georg m'expliquaitque Marcel est dans une periode "obsessed with fur". Comprenne qui pourra. Je crains même qu'il y ait du bébé phoque quelquepart dans cette maison.

04 mars 2007

 

Berlin, un week end à


48 heures chargées. Il n'a pas été trop difficile de trouver l'appartement. je n'ai pas été déçu ! 160 m2 comme annoncé, tout en bois, entièrement refait à neuf, délicieusement vide avec d'excellentes prestations (SDB, cuisine, machine à laver tout ça). Les pièces ne sont presque jamais carrées, toujours grandes et biscornues, lumineuses. Georg et Marcel mes deux collocs ont une petite trentaine d'année, sont gays et fréquentent ce que l'on pourrait appeler dans les gazettes autorisées un milieu interlope. Marcel travaille dans un centre pour handicapés, Georg étudie la photo et tous les deux m'ont surtout l'air d'être des joyeux zozos du partying. ai apprecié en plus de leur chaleureux accueil, leurs looks, manteau en peau de lapin (est-ce du vrai ?), chapeau, chemises étranges en soie très destrier des années 80, dandy urban trash, appelez ca comme vous voulez. La première soirée fut solitaire, ils ont bougé à un anniv' juste après m'avoir reçu. ai vu un petit bout de mon quartier, très turc et plein de clin d'oeils à mon précédent voyage. J'ai mangé des sushis de la boutique d'à coté de la porte, et c'était bon et pas cher. Samedi j'ai erré dans Berlin ville très peu pratique pour les touristes piétons qui n'ont pas de carte... En 5 heures j'ai quand même réussi entre moults zones residentielles sans intérêt, terrains vagues (il y en a moins qu'à mon souvenir de 1992 mais ils sont encore nombreux) et avenues rectilignes et infinies, à passer par check point charlie, voir AlexanderPlatz, traverser le quartier des musées à l'architecture néo-antique assez particulière,- j'ai pu noter encore pas mal d'impacts de balles sur les murs, c'est très impressionnant, me trompais-je ou Berlin est la seule capitale d'un grand pays où l'on ait encore des stygmates, mêmes mineurs, du massacre ?- , descendre Unter den Linden jusqu'à la porte de Brandebourg, voir le nouveau Parlement et l'impensable bâtiment construit sous Helmut Kohl qui lui fait face. En ai eu mal aux pieds ! au bas mot 15 bornes que j'ai du faire. L'Histoire est partout. Ai pu visiter, par un pur hasard, la Crone Galerie qui propose des oeuvres imposantes de Alla Tkachuk qui soulignent avec une ironie hard core la collusion évidente entre nazisme et comunisme, ou plutôt, entre Staline et Hitler. en tout cas l'ai-je interprété comme ça, tout englué que je suis dans la lecture de l'extraordinaire Vie et destin de Vassili Grossman (Le "Guerre et paix" de la seconde guerre mondiale, l'histoire d'une famille prise entre Stalingrad et Berlin dasn ce qu'on pourrait maladroitement appeler le Tsunami de l'Histoire, ou le vomi incontrollé du vingtième siècle) que je conseille très vivement à tous les chenapans lettrés qui passeraient par ce Blog. La galerie avait aussi un mao tout nu, un hitler tout nu, un portrait de Staline à oilpé en medaillon... Ai croisé Emma, suis passé lui dire bonjour à son travail, nous avons mangé des... sushis, puis je suis rentré à l'apaprt où une heure après commençait la fête d'anniversaire de Georg. L'appart s'est rempli d'une bonne cinquantaine d'autochtones et de quelques français expatriés. le début de la soirée a été un peu difficile, je me sentais delaissé et je ne savais pas trop comment rentrer dans les conversations. j'ai fait quelques pénibles et peut-être un peu pitoyables, efforts, qui m'on conduit de fil en aiguille à me saouler assez méchament avec un groupe de françaises, après avoir discuté avec un Zimbabwéen clone de freddy mercury, venu vivre ici après 10 ans de Londres, un américain étudiant en vidéo, un australien artiste, une française plasticienne, un designer de meuble bavarois etc n'en jettez plus ! J'ai assisté, comme j'ouvrais la porte de ma chambre innocemment à toute volée pour aller chercher mon manteau, pour la première fois de ma vie a err... la vision romantique de deux gars en train de jouer aux docteurs, déjà bien avancés dans leurs diagnostics croisés...
Avons enchainé avec mon groupe de français (oui hein ils traînent entre eux les bougres)+ une allemande avec un club local dont j'ai oublié le nom. Berlin tenait son évidente promesse d'enfer de la techno minimale et des lieux "underground". Immeuble desaffecté avec deux gros dance floors, fête blindée à craquer de guignols divers et variés en grande forme (et d'ailleurs pas si jeune que ça, c'est un mode de vie la fête ici), groupe de rockers déguisés qui jouaient en fond d'une dernière salle, bière 50 cl à deux euros... vous voyez l'topo ? Il faisait très chaud et très enfumé dans tout ce bordel. La musique était un poil décevante, techno arrache oreilles, bien sûr, mais pas particulièrement avancée. Parfois même d'un gout franchement douteux (cette reprise de the wall avec un beat techno mérite une peine de mort à execution imédiate, sans souffrance mais la famille devra quand même rembourser la balle). On m'avait plus ou moins dit que Berlin fatigue sur ce terrain et c'est peut être bien vrai. On aura le temps d'y revenir. Suis rentré, après un passage par une boulangerie locale avec ce qui restait de nos troupes (moi et la sus-dite Allemande, Julia, le dernier des derniers carrés), vers un bon vieux 7h30 du matin. Pas mal pour un deuxième soir ! A l'appart il restait quelques lambeaux de fête mais rien de glorieux. Au réveil j'ai appris qu'un petit malin avait volé le laptop de Georg... pas le mien qui était bien installé sur la table de ma chambre, prêt à être volé, nom de dieu quel idiot cosmique je fais, quelle chance intergallactique j'ai eu... Fred avec qui j'avais discuté en début de soirée, le designer de meuble, a passé la matinée à nettoyer la cuisine. il était là tout seull 'air un peu hagard et il briquait comme si sa santé en dépendait. J'ai pris vers 13h mon petit dej en terrasse juste en face de l'appart sur le Kottbusser brucke, un petit troquet plein de gens tous plus zozos urbains à coolitude étendue les uns que les autres. J'ai l'impression de n'avaoir jamais quitté Berlin et pourtant je viens à peine d'y arriver. Home sweet home que je me dis. Balade dominicale le long du canal, histoire d'évacuer quelques toxines, même public partout, mélangé tout de même à des familles turques, des vieux allemands dignes qui fument la pipe (et je note aussi une tendance de ces divers monde à communiquer ensemble très naturellement qui est assez rassurante), des joueurs de pétanque et des cyclistes. Retour à l'appart. Fred finissait de nettoyer la cuisine. l'avait pas dormi le Fred. Avons discuté avec quelques restes de la soirée, tous l'air bien fatigués, qui trainaient dans l'immense hall qui fait office de chambre de Georg (quoi ? 60m2 ??). ai aidé dans l'enquête interne sur les voleurs de laptop. tous les gens sont pour le moment absolument accueillants et friendly, loin de clichés misérables sur les allemands trop froids trop serieux trop ceci trop cela. on m'a enjoint à parler allemand et je m'en suis sorti avec les honneurs. à l'heure où j'écris ces lignes, Marcel n'est pas encore rentré. est-il aller bosser juste après la fête, avec ses lunettes de sport et son manteau de fourure ?
Pour moi c'est un cigarillo et au lit.

03 mars 2007

 

Halifax mardi soir


Vous ne voyez pas ce que je vois ? La lèvre qui tombe. la main qui la soutient comme si elle était trop lourde. La nature sublime qu'on aperçoit à peine. Ce mélange de bretagne et d'amérique. De granit et de pins. Halifax. octobre 2002. Tim vient de m'envoyer cette photo. Vous ne voyez pas ce que je vois ? vous ne voyez pas où je regarde ? Où je ne regarde pas ? Tim conduit, il me fait faire un tour des environs d'Halifax. Je viens de me poser. nous sommes peut être bien mardi soir, peut être est-ce le 8 octobre 2002, et le soleil va se coucher, voyez la lumière dans le rétro. Je devais venir à halifax pour quelque jour. puis j'ai rencontré Cécile. j'ai annulé mon voyage à Halifax, pour rester avec elle à Montréal chaque minute jusque mon départ pour Paris. Pour revenir sur ma décision et me décider à aller à Halifax pour au mions dire au revoir à Tim et Alina que je reverrai plus avant bien longtemps par la suite. Alors voilà j'ai changé deux fois de billet d'avion. Je suis là pour 24 heures montre en main. Cécile est partout triple idiot, elle est partout. il n'y a rien d'autre à voir que son absence, n'est ce pas évident que rien n'accroche mon oeil ? une passion d'une semaine ? Qui ne l'a pas vécu ne peut pas le comprendre, ne peut pas savoir qu'elle est aussi absolue qu'une autre. qu'en plus le temps vous brûle, vous savez le jour et l'heure. lejour et l'heure de votre decollage pour Paris. Vous êtes un condmané en sursis à qui on laisse rendre une dernière visite au monde. tout se découpe mieux, les formes, les sens, les lumières, tout est d'une stupide beauté, d'une invraissemblable évidence. Tim me parle et je l'écoute et je peux répondre à tout ce qu'il me dit, lui dire "fuck off" quand il se fout de moi, mais tout mon esprit est concentré sur cécile. son odeur. je ne vous en dirait pas plus. notre rencontre, le très court moment d'intensité traversée, l'au delà des mots, le sexe. vous savez tout bande de salopiauds, vous savez tout. Cécile a été tout, le centre des pensée, le puit sans fond des intensités, même pour un court moment. et je n'avais pas l'intention de relativiser quoique ce soit. non je ovulais tout vivre même ce qui pourrait faire mal ! je voulais juste que cette sensation de déchirement du coeur et de tremblement du bas de mon estomac reste intacte, pure, unique.
C'est ça qu'il faut voir dans cette image, et cette lèvre pendante et ce regard vers l'extérieur qui n'est jamais qu'un recoin de mon intérieur. la forêt canadienne n'est même pas un jardinet.

Cécile où que tu sois maintenant... j'espère que tu as un petit souvenir de ces moments de feu (et d'un lever de soleil sur l'église orthodoxe depuis le toit... nom de dieu pourquoi en dire plus ?)



GG

04 novembre 2006

 

It's time to go...


Il neige à Istanbul. Et c'est toujours ainsi les veilles de départ j'ai envie d'être déjà rentré.



Ici Guyum depuis Istanbul, à vous Paris.

 

Mystical Bafa



Je suis arrivé à Kapikiri lundi soir après un court voyage en avion. j'y rejoignais Mustafa, Filliz, quelques uns des membres de leur compagnie de danse ainsi que des français venus travailler avec eux dans le cadre parait-il enchanteur du lac de Bafa.
A Istanbul il faisait une pluie baveuse et un froid transperçant, ventu, qui glaçait jusqu'aux entrailles. A Bafa à mon arrivée, l'orage a éclaté et depuis la terrasse de la pension j'entrapercevais le lac dans de courts flash d'une demi seconde comme les éclairs tombaient au loin. C'était frankensteinesque. Avez-vous lu Mary Shelley ? J'ai poussé la porte de la terrasse qui donnait sur la grande salle commune et ai buté contre une tablée d'une vingtaine de personnes au moins. Tous ont hurlé à mon arrivée, en anglais, en français, en turc, en tappant leurs mains sur la table. j'ai eu un grand moment de solitude et quelques picotements aux joues au milieu des regards et fait la tournée des bonjours. ca buvait sec, ça ripaillait. En plus des danseurs quelques locaux du village étaient là, dont un homme un peu fort en costume serré qui s'est mis à danser de manière très digne. Poisson grillé du lac, pommes frites, chansons et Efes à volonté. Les français avaient amené du vin et un musicien de la région avait été loué pour l'occasion. Il jouait des airs turcs et tout les turcs chantaient et les autres (sauf moi) dansaient par dessus. Le musicien, lissait sa très longue moustache, habillé comme un vrai paysan avec son pantalon mal coupé, ses chaussures d'un autre age, sa chemise dans la ceinture et ses bretelles à l'ancienne, il jouait avec une sorte de frénésie heureuse, un air goguenard.

Pendant la petite sauterie j'ai commencé quelques conversations déstructurées avec les gens qui m'accueillaient. j'essayais de vite rattraper le gap alcoolémique entre eux et moi. les danseurs turcs, que j'avais tous plus ou moins déjà rencontrés, le très mystérieux Mustafa mis à part, et les français, qui venaient tous de Marseille et offraient un joli spectre d'individualités. J'ai immédiatement accroché avec la plupart d'entre eux. J'ai été me coucher parmi les derniers après avoir fumé des cigares sur le toit en parlant de dieu et de la foi souffie avec Sylvain le poète mystique et très sympathique (ou plutôt en écoutant parceque j'ai assez peu à dire sur le sujet), entraperçu un bout de conversation sur l'horreur de devoir s'exprimer en anglais, la langue des maîtres du monde, participé à un débat éthilisée sur le désarroi d'être de "gauche" en 2006, entendu raconter quelques annecdotes sur des gens et des lieux que je ne connaissais pas, bavassé littérairement à droite ou à gauche et eu quelques "et toi tu fais quoi qu'est ce que tu fais là ah bon ? oh super". vers minuit et demi, le frère du patron de l'hotel, le visage fatigué, le teint cireux, les yeux caves, la démarche du vieil alcoolo, a ajouté une touche de drame rural à la scène en se mettant à hurler, une colère souffreteuse d'une grande tristesse, contre lui même et rien d'autre. Le mysterieux mustafa, pas celui qui me loge, l'autre, celui qui est "bel homme", grand et musclé, bronzé, l'air altier, le dos toujours parfaitement droit, a donné un grand coup de poing dans un cadre photo en verre. les jérémiades du vieil alcoolo triste se sont calmées. il avait visiblement insulté mustafa ou sa famile, dans une des kyrielles d'insultes contre le monde, la vie qu'il avait solliloqué. ils se sont regardés et serrés la main. le boss a servi un raki, le musicien a fait un petit sourire et relancé la musique. les deux ont chanté. l'incident était clos. J'ai dormi dans un petit bungallow de bois qui pliait sous la tempête. Le lendemain le temps s'est levé et nous sommes partis "à la ville" à 20 kilomètres pour voir le bazar et visiter un caravanserail ravagé par les éléments. Les turcs ont une façon de laisser les merveilles patrimoniales se décomposer sans agir dessus que je trouve finalement presque saine, presque écologique. une écologie de l'histoire ou du temps. Une décroissance du passé. Laissez les crever vos monuments, laissez les pourrir sur place pour remettre la vanité des affaires humaines à sa juste valeur.

Cette nuit là il a encore plu jusqu'à plus soif. Le bungallow était comme une caisse de raisonance de pluie. Une arraignée assez grosse, poilue et un peu colorée au bout des pattes est venu trouver refuge dans notre cabanne (que je partageais avec une française, Marie-Christine). j'étais le plus effrayé des deux, il faut bien l'admettre. J'ai brillé par une totale absence de bravoure, d'idées ou de solutions face au péril animal. j'ai failli mourir de peur quand elle a bougé une patte. j'ai supplié silencieusement (un reste de dignité) Marie-Christine de ne pas mettre à éxecution sa menace de dormir dans le bungallow des filles, de ne pas me laisser seul avec le monstre. Il a finalement bien fallu partager notre toit avec la bête, réfugiée derrière une poutre, inatteignable. Elle n'est pas venu nous pondre à l'intérieur des poumons, et encore une fois j'ai pu me singulariser dans mon courrage insigne face au règne animal.

Le lendemain j'ai accompagné les danseurs dans leur "warm up" qui consistait à une marche d'une heure autour du lac, jusqu'à une petite île qu'on atteint par une petite plage/banc de sable. Une marche en silence dans la cadre grandiose de Bafa. Des rocs déchirés, agglutinés les uns sur les autres, d'immenses blocs brisés qui mangent les collines. Le lac récupérait d'une longue nuit de pluie, et des bandes de nuages baignaient les crêtes. Au bord de l'eau nous avons traversé un petit village silencieux aux minuscules baraques aveugles, abandonnées, croisé une ruine de tour ottomane qui domine le lac, un trou béant dans son mur, comme une bouche de pierre, silencieuse. Le soleil perçe lentement à travers la couche nuageuse et teinte la roche. ocre. gris. jaune. or. ocre. Mustafa m'a dit "it's a strong landscape". Strong est bien le mot. il a ensuite ajouté, dans un petit murmure, "mystical". Il y a quelque chose à l'oeuvre. Tout le monde le sent.


Les danseurs à notre arrivée à l'Île ont commencé par faire un exercice d'oubli (comportez vous normalement, apprêtez vous à faire quelque chose d'insignifiant ou non, comme de parler à un voisin, chercher vos lunettes, aller quelque part... puis oubliez ce que vous alliez-faire, oubliez ostensiblement). et les voilà qui s'égaillent dans le paysage, marchent en tous sens, rampent ou courent, et s'arrêtent interloqués au milieu de gestes idiots comme de cueillir une fleur ou de chercher un chewing-gum. Une conférence de muets schizophrènes. C'est impressionnant. Moi je monte sur les murailles sur l'île et je regarde le lac, les moucherons qui volent en formation serrée autour de moi. c'est un îlot désolé, sec, pierreux, où pousse une herbe revêche et s'accrochent quelques oliviers et ce que je prends pour de la lavande (c'était du thym !). Quand je reviens vers le groupe, ils font "l'iguane" contre la roche, tous agglutinés les uns aux autres et insérés dans les anfractuosités du granit. Puis on nous propose une sorte d'exercice de yoga qui me rend vaguement nerveux, tout le monde assis en tailleur face à l'eau en train de bruyamment respirer sa zenitude fondamentale et de lever se bras en signe de communion de son corps avec l'univers. En y réflechissant bien et je passe ce court exercice à bien y réflechir, je trouve ce délire yogique, ce "mettons nous en tailleur sur une pierre tels des shamanes modernes" insultant. insultant pour ceux qui le pratiquent, insultant pour le paysage. insultant donc pour l'univers lui même, rama, sa création, le dalaï-lama, le pape, les muftis, ma boulangère, tout le monde. une obscénité télévisuelle pour un peu. Les forces à l'oeuvre dans le coin, les torsions silencieuses du paysage, ne suffisent-elles pas ? Le cadre n'est il pas une expérience ? Je les vois là qui font leurs cycles de trois tournis de bras et de quatre respirations, qui communient avec le grand tout et je vois bien que c'est en se donnant conscience de cette communion avec les choses qu'on la perd, bordel ! Tout cela est grotesque en un mot comme en cent. D'ailleurs Laurent et Pierre s'en plaignent à mot couvert, d'autres fuient, mais personne n'ose le ricanement. Et celui qui a proposé l'exercice bas le rappel d'un regard tournant du genre cool mais ferme "je vivrai très mal que vous arrêtiez l'exercice que je vous ai proposé". Il y a des limites à ma tolérance yoggique et je me prends à rêver qu'un immense porte container panaméen chargés de millions de réveils matins soviétique apparaisse sur le lac et mette toute sa cargaison sur la position "alarm ON" pendant une bonne demi-heure. Malheureusement, le monde étant un endroit finalement raisonable, rien de tout cela n'est arrivé et j'ai subi la fin de l'exercice plein de détachement, enfin tout ce que je pouvais en accumuler.

Nous sommes ensuite rentrés à l'hôtel par bateau (hop un coup de fil et les pêcheurs locaux, trop content de l'aubaine, viennent vous chercher pour trois lira par tête) sous un soleil estival... la journée a passé assez vite jusqu'au soir où Pierre, le musicien corse, minot des quartiers nord, boxeur, avec qui j'ai bien accroché, a proposé un rituel dans le petit temple juste au dessus de la pension.
Il convient de préciser ici que le village de Kapikiri ne se contente pas de dormir sur le paysage halluciné et mystqiue, sur ses cavernes aux peintures rupestres (qui ressemblent toutes plus ou moins au logo d'Einstürzende Neubauten d'ailleurs), et ses ruine ottomanes. La Turquie est vieille comme la civilisation. Kapikiri a aussi été Heraklia, ville grecque de bonne taille avec son port, ses temples, son théâtre, son agora, ses murailles. Partout les constructions grecques affleurent, les énormes pierres ocres taillées en bloc carrés servent de délimitation de propriété, les colonnes de marbre sont laissées là, gisantes, dans la cour de l'école ou dans un champ... tout Kapikiri repose sur ce passé lointain et pesant. La civilisation a été comme prise de torpeur, elle a régressé au cours des siècles. Passent les vieilles femmes en fichu et en robe à fleur boueuse, avec leur ânes et leur bétail, au milieu de champs rocailleux, parcèlés avec des murets d'un autre age, où ça et là on aperçoit une colonne, une dalle ronde d'un bon mètre de diamètre, un reste de bas relief... et partout, l'olivier qu'on voit manger la pierre. Bafa a beaucoup de pansyions mais une infrastructure touristique proche du néant; on ne rencontre pas tous les jours des lieux pareils. Un tel sentiment d'être sorti du flot général du monde.

Revenons donc au rituel du banjo. Pierre nous a rassemblé dans le petit temple hémispherique qui jouxtait notre pension, au centre sur une pierre abîmée il a posé le banjo, dont il avait bloqué les cordes pour les empêcher de raisonner. c'était l'autel. Sur la moitié gauche les hommes, chargés de faire les voix de basse, les "drones" un peu tibetains. J'en suis (oui je reste un mâle, même si je me suis humilié avec cette arraîgnée, et je participe parcequ'on m'y invite gentilment). Sur la droite, les femmes qui doivent improviser dans les médiums et les aigus. chacun doit écouter le silence de la nature et venir quand il le sent, gratter le banjo, le frotter, le faire "sonner " sans en jouer vraiment, l'inclure comme objet de prière et de réponse divine, le cadrer dans la symphonie pastorale que nous sommes en train d'improviser. J'avais proposé qu'on le détruise et le brûle une fois la nuit tombée mais ça a été rejetté. Le moment choisi est celui du coucher du soleil. la durée du rituel, très peu codé, doit être de 9 minutes. Il en durera 25 et fleurtera dans une innocente allegresse avec le ridicule le plus total. Les femmes font des rires forcées, et des hiiiiiiiouhahahahahaaa chtak ponk, je racle une pierre contre une autre, quelque'un frotte le banjo avec une petite branche d'olivier, les hommes font, mal, le huuuuuuuuuuuuuummmm.... tout le monde a son moment de pure hésitation, de doute cosmique : "nom de dieu de bordel, que fous-je ici" ? La femme de l'hôtel nous regarde depuis la route et se dit qu'on devrait nous enfermer. Ce qui est sûr c'est que tout cela est bien mauvais (mais bien drôle). S'ensuit une sorte de réunion de débriefing qui met le doigt sur la totale absence de projet des artistes, leur incapacité à travailler ensemble, et le ridicule malgré tout amusant du sus-dit rituel. la tension monte parmis les français et les trucs se demandent bien ce qui se passe. Il se passe que la semaine de résidence créative est en train de tourner à la blague (mystique) de potaches. Mais l'ambiance paradoxalement est de meilleure en meilleure et mon intégration dans le groupe se passe à merveille, je donne qelques coups de main de traduction ici et là, je participe même aux débats sans fins et inutiles, et j'ai l'impression d'être en vacances d'été avec de vieux amis. la dernière nuit nous donne le droit à un reveil très matinal, d'abord par la femme de l'alcoolique de l'hôtel qui vient chercher ses chaussures à 6 heures du matin sous mon lit.. nous découvrons avec effroi qu'elle vit toute l'année dans ce bungallow... qu'elle fait, oui, bungallow à part avec son mari... à peine a-t-elle récupéré ses chaussures qu'une vache se met à meugler juste derrère... ils ont mis sa gamelle contre le bois de notre cabanne... on entend scratch glurps MEUUUUUUUH. un meuh d'ailleurs puissant, long et pitché comme je n'en ai jamais entendu. il est à peine sept-heures du matin. les vaches ont elles un accent ?

La dernière journée les danseurs ont bossé et je les ai laissé tranquille. j'ai visité le village, les nombreuses ruines. j'ai pris des dizaines de photos. je me suis fait offrir un thé par une vieille qui voulait en fait me vendre d'horribles petits naperons qu'elle faisait elle-même et voyant mon refus gêné elle m'a demandé de payer mon thé, ce qui est un peu fort de café. l'après midi on a fait un football sur la place du village avec les danseurs et quelques locaux; j'ai pas été SI mauvais mais je suis trop perso, je sais jamais comment donner ma balle une fois que je l'ai récupéré et on finit toujours immanquablement par me la piquer.
Sommes ensuite rentré à Istanbul. Vendredi j'ai bossé et vu les colder qui sont ici pour leur concert de demain; j'ai passé la soirée avec eux et j'ai eu l'impression de revenir deux ans en arrière. Un monde.

25 octobre 2006

 

Bayram

Bien il y aurait beaucoup à dire sur Bayram mais je n'en ai eu que la rumeur... je suis victime dirons-nous, sans nous étendre trop là dessus, d'une gastro à intensité basse, qui si elle ne me cloue pas au sol, limite fortement ma capacité de mouvement, ma "liberté d'aller et de venir" comme on disait à la fac de droit.

Mais tout de même ca fait trois jours que ca dure (Bayram ! ) j'ai donc pu voir en quoi la ville était transformée. On m'avait prévenu qu'un flux de jeunes allaient envahir la ville mais je n'avais pas saisi qu'il fallait prendre ces paroles au pied de la lettre... ma rue est envahie par des jeunes. Des jeunes de basse extractions. de jeunes de province. des jeunes de banlieues lointaines. Des jeunes tous endimanchés dans leur plus beau t-shirt immitation D&G, avec leurs plus belles chaussures en cuir blanc, bien peignés de frais. Des jeunes en bande. Des dizaines, des centaines, des milliers, comme une manif sans slogan, de jeunes qui arpentent ma rue. 80% de mecs, je suppose que les filles sont à la maison, préposées aux baklava ? C'est une sorte de "goguettisation" généralisée d'Istanbul. Les commerces ont tous fermé et à la place des sandwicheries (le Tavuk reigne en maître sur les sandwiches, le pilav est à 1 lira l'assiette. Yuksek Kaldirim c'est Bactery Alley), des vendeurs de cacahuettes grillées, de fruits, des vendeurs de clope à l'étal, des dizaines de métiers se sont inventés pour profiter du passage ininterrompu. la rue est un fleuve de gens. Les mendiants font du chiffre aussi. Et les prostituées dans la rue d'a coté, qui sont un peu mythiques pour moi puisque j'en entends parler mais je ne les ai jamais vues, doivent faire l'équivalent de la troisieme semaine de decembre pour un magasin de jouet.

Ce qui m'a marqué en les voyant ces gens, en jouant des coudes pour atteindre mon supermarché, mon restau, en tentant d'aller chercher des tunes ou acheter un billet pour un concert, c'est la différence. Le stanbouliote que je croisais jusque là était un citadin, même un citadin prolo. C'est a dire quelqu'un d'ancré dans un contexte précis, historique, sociologique, culturel. je ne me sentais pas "proche" de lui, j'étais l'étranger, mais je parvenais à saisir même inconsciemment le cadre dans lequel je pouvais le penser. Mais ce que je vois là c'est un débarquement d'énergie absolument "délocalisée", sans histoire et sans géographie. De la potentialité pure, et surtout de la différence brute. ces gens viennent d'un nulle part, d'un non lieu, c'est écrit sur leur visage poupin, c'est écrit sur leurs fringues et sur leur gomina. j'ai à la fois l'impression de bien les saisir, ils donnent trop d'eux mêmes pour être difficile à cerner, et de n'y rien piger. c'est vrai que nous vivons dans des sociétés compartimentées. et que la différence quand elle surgit nous terrorise. l'énergie sans histoire, le non appréhendable, l'intangible que représentent finalement ces gens. LE JEUNE de BANLIEUE bordel ! Intangibles et effroyablement banals. Intangibles en D&G...

J'ai du vieillir. peut etre que je viens tout juste de saisir la difference entre histoire, personnelle, et potentialité. c'est une difference de 10 - 15 ans. Attention à ne pas laisser le passé prendre le volant.

Bon cut the crap ! A bientôt.

22 octobre 2006

 

Monsieur Gismet




Ah ! Monsieur Gismet ! Pardonnez moi ! Pardonnez cette épouvantable photo qui ne rend rien de votre talent ! Mais je n'ai pas eu le courage d'en demander une deuxième ! C'était déjà pas mal non que j'ose venir vous voir ? Mais voilà je n'ai pas voulu, pas su, pas pu, abuser de votre temps.
Monsieur Gismet était d'ailleurs plutôt content, satisfait comme tout artiste après un show réussi, que je vienne lui demander une photo. Il m'a dit sobrement, "thank you".

J'ai décidé de l'appeler Monsieur Gismet, parce qu'il faut bien lui donner un nom. Monsieur Gismet est un saleman. Dans le Vapür pour les Îles-aux-Princes, il a écrasé la concurrence. Les vendeurs de sismit qui se baladent avec une grande planche de bois en guise de plateau, les serveurs de thé, les violonistes un peu agaçants (mais sans commune mesure avec leur équivalents parisiens), le représentant en stylos dont je n'ai pas très bien compris les techniques commerciales (le gars arrive et montre ce qui ma fois est un très beau stylo argenté. il en parle avec un ton égal pendant bien 5 ou 6 minutes mais visiblement personne ne l'écoute. il se lasse. il stoppe. il revient trois minutes plus tard. je me suis même demandé si il vendait son stylo ou appuyait ses théories conspirationistes avec son stylo, pour se donner un aspect professoral. était-il un vendeur ou un cassandre ? Je n'en saurais jamais rien. On appelle ca la barrière de la langue)... et surtout les muets aux produits indéfinis (embouchure de narguilé, jouets pathétiques) qui passent entre les rangées, l'air piteux.

Monsieur Gismet arrive en toute fin de parcours, juste quand les gens comencent à être las, mais pas trop tard (sinon les gens penseraient à se lever, aller vers la sortie etc). Il est bien mis monsieur Gismet, dans un beau costume à rayures discrètes et son crâne est brillant. Et tout de suite il joue de la voix. Il s'impose mais sans jamais forcer, sans laisser paraître la moindre nervosité, la moindre urgence. Il est là et c'est comme une évidence. Il parle distinctement avec un ton rieur, et il roucoule, trouve des temps de respiration, ménage l'auditoire. C'est soufflant même sans y comprendre un traître mot. en deux minutes, une ou deux blagues bien senties façon chauffeur de salles de Broadway, il en est à déballer son article, d'un vieux sac plastique noir remplit de boites. 15 couteaux pour tout faire dans la cuisine, rangés dans un très joli présentoir pyramidal en bois (traduction apocryphe hein) !
Et sa voix jusque là rieuse se fait plus sévère. Il en déballe un, énorme, et tranche d'un coup une minuscule lamelle de papier qu'il tient à peine du bout des doigts, sans aucune prise... mais la lame coupe comme si de rien était. Une petite blague (son auditoire du pont avant du vapur est absolument acquis, fasciné) et il part d'un air solennel chercher quelque chose dans la poubelle... ça n'est pas très digne que je me dis ... mais le voilà qui sort une canette de coca et la montre à tout le monde comme un magicien le ferait avec son haut de forme. Et d'un coup sec il la découpe, sans résistance, sans le moindre crissement, à peine un petit bruit sec. Il passe son doigt sur la lame pour montrer a quel point elle est intacte, immaculée. Le voilà qui revient à son camp de base, sur le banc du milieu bien en vue et qui tire la paire de ciseaux du socle en bois. Il fait un signe à une dame déjà conquise et lui dit qu'il s'occupera d'elle très bientôt. Pendant une seconde je me dis qu'ils sont de mèche, mais c'est vraiment faire insulte à son talent. Chez les ménagères, on le sent, une certaine fébrilité règne. La petite vieille en face de moi a laissé tomber son magazine sur ses genoux. Je crois qu'elle commence à compter mentalement ce qui lui reste dans son portefeuille.
Et hop le voilà qui recommence sans vergogne le coup de la canette mais avec ses ciseaux. ça tranche comme si c'était du papier de soie. Même succès.
- Et là ces 15 couteaux et ciseaux, cet ensemble complet ? pour quel prix vous demandez vous mesdames , messieurs ?

Monsieur Gizmet ne lésine pas sur les effets dramatiques, le voilà qui sort de sa poche un simple billet de 10 et le lève aussi fièrement que Zidane aurait pu lever la coupe.

- 10 Lira pour 15 couteaux et leur support en bois (le prix, à cause d'une bête histoire d'angle de vue et d'incompréhension linguistique est en fait resté un mystère pour moi. Il y a au moins un billet de dix dedans, ca c'est sur, mais selon toute vraisemblance c'est un peu plus cher que ça, ou alors Monsieur Gismet écoule du stock tombé d'un camion. Ce qui à tout prendre se tient aussi) !
- Et en plus je vous offre en cadeau, et là il sort fièrement son arme secrète, la "pochette" (pocet est le mot turc pour sac plastique au fait), avec ses lacis dorés sur fonds noir, archi-luxe.
C'est tout simplement la frénésie (et bien entendu l'hilarité générale). De partout sur le pont on veut attirer l'attention de monsieur Gismet. Il fait son tour. Je compte 8 ventes. Il doit aller chercher son stock pour pouvoir suivre. Il fait passer quelques exemplaires à des femmes excitées, tout de suite vérifiés d'un oeil et d'un main experte (équilibre, qualité de la confection, épaisseur de la lame) par leurs maris qui a chaque fois donnent l'assentiment d'un petit signe de tête. 10 minutes. 8 ventes. Monsieurs Gismet s'essuie le crâne avec un petit mouchoir et le Vapür arrive à destination. Perfect Timing. Il souffle et regarde à la cool le bateau qui s'accroche au quai de la première île. Pour un peu les gens applaudiraient. Je vais le voir et lui demande "photo" en montrant mon appareil et il me fait un petit signe de la main, allez y mon brave, bien sur.

Pourquoi les Îles-aux-Princes ? Parceque je me suis levé trop tard pour la balade jusqu'à la mer morte. Et que j'ai abandonné l'idée du Hamam par manque de courage face au gant de crin, sous la fallacieuse excuse que ça coûterait 11 euros.
Les Îles-au-Prince ? Le Deauville stambouliote. Des baraques ne bois art-déco, des villas de luxe sur la mer, des petits restaurants touristiques, des petites jettée sur la mer avec des kiosques au boût. Il avait fait si beau samedi que je me suis dit dimanche matin que le parapluie serait une insulte. Il a donc plu tout du long. Quand je me suis décidé à rentrer, vaincu par le déluge, a peine ai-je posé le pied dans mon Vapur que ça c'est calmé.
N'empêche. J'ai visité à l'oeil le Splendid Otel, superbe batisse 1900 avec ses beaux salons au chic années folles et son patio Bauhaus, et fait un petit tour au bord du port. J'ai pris un thé dans un café standing, à quatre fois son tarif habituel. Une seule politique dans ce genre de nid à palace : aller vers le luxe, ne pas le fuir, se payer un petit truc dans le bar de l'hotel. C'était beau, c'était mignon, ca sentait le crottin (les voitures sont bannies sur les îles). A ce propos, on a finalement peut être pas tant perdu que ça à échanger les canassons contre les voitures dans la "ville moderne". L'odeur du crottin reste quand même une odeur de merde.

Samedi fut social avec Filiz et Mustafa et d'autres de leurs amis. Avons fait une ou deux galeries puis été à Cihangir, le quartier le plus boboesque de cette ville. Les immeubles anciens ont tous la vue sur la mer, les façades sont peintes de couleurs vives, on distingue partout des terrasses fleuries et vertes sur les toits. Pendant qu'on prend le café, un vendeur de fruits avec une charette à bras, un petit démarcheur de tickets de loto, quelques barbus dignes du pire cauchemar de Georges Bush, des moustaches bien fournies, bref quelques signes évidents, rassurants, que toute la planète n'est pas encore tout a fait canalsaintmartinisée, williamsburghisée. Ai vu ce soir une femme d'une vingtaine d'année en converse argentée, pantalon large kacki, piercing au nez et voile vert sur les cheveux. Ca vous donne une idée de l'ambiance non ?

21 octobre 2006

 

would you shut the f*** off, please ?

je voulais juste confirmer ce que m'avaient déjà dit mes amis turcs. Vient assez vite le moment où l'on se surprend à dire "oh ! ta gueule !" en entendant les muezzins brailler assez fort pour vous empêcher d'écouter le jacassage de vos voisins. Ca m'est arrivé hier. Lire un peu plus bas le message sur les muezzins pour comprendre pourquoi ça m'a fait marrer.

20 octobre 2006

 

misc..

Nihrat est parti ce soir rejoindre sa famille dans le centre du pays, pour Bayram. Nihrat c'est le jeune chauve de 22 ans, très doux et gentil qui vit chez Mustafa. Bayram c'est la fête, les libations parait-il assez costaudes en terme de sucre et de gras, qui mettent un terme au ramazan. J'étais un peu triste de le voir partir Nihrat, sa gentillesse et son anglais désastreux. Il m'a dit à peu près, "i am happy for see my family but sad i don't see you". Il reviendra d'ici une semaine et j'espère bien qu'on pourra se faire un dernier dîner avant mon départ.

Hier il nous avait préparé des Mant-é (transcription phonétique) sortes de raviolis durs qu'on mange avec du yahourt, de l'aneth et une sauce tomate piquante. C'est délicieux et c'est aussi la chose la plus asiatique que j'ai pu goûter en Turquie. Ca m'a rappelé l'Ouzbekistan. Ou plus exactement la Turquie me fait réaliser comme l'Ouzbekistan est son parent pauvre, son cousin culturel qui a pris 70 ans de socialisme d'état au compteur (on rappelera pour mémoire la transformation des mosquées en abbatoirs à porc et la monoculture du coton obligatoire qui n'ont pas du aider le pays a bien vivre sa phase socialiste), et n'est que la version affamée, désertique et bétonée de la Turquie. Moins de gastronomie,moins de musiquen moins de tout. Malgré une histoire tout aussi multicentenaire qu'on peut l'imaginer.

Cette semaine a été un peu pauvre au niveau touristique, j'ai pas mal travaillé pour moi et pour mon "patron" qui ne sait toujours pas que je suis à Istanbul d'ailleurs. J'ai regardé avec Mustafa les diverses équipes turques se faire étriller dans diverses coupes d'Europe (il y a trois équipes à istanbul, Galatasaray l'aristocratique, Fenerbahçe la bourgeoise et Beşiktaş la prolo, les trois ont perdu). Je dois leur porter la poisse que je me suis dit.

Au restaurant maintenant on m'offre le thé et une sorte de patisserie de semoule sans que je ne demande rien, les gars parient même sur ma commande. Le gentil monsieur qui vient avec son fils handicapé mental que tout le monde accueille avec force embrassades, et qui commande toujours plein de frites, me fait même un petit signe de reconnaissance. Le vendeur de journaux me sourit avec un air heureux quand il a Libération et désolé quand il sait que je vais devoir me rabbattre sur le International Herald Tribune.
Le vendeur ambullant de pains au sésame, avec son petit chariot vitré aux roues dorées très grand siècle, ne sourit jamais.

Mercredi tout de même nous avons été à la Istanbul Modern, le musée d'art moderne sur les quais dans un ancien entrepot. Juste derrièe le musée, pour lui voler la vedette, un immense bateau de tourisme était à quai. un truc impensable haut comme une tour de 10 étages et long je dirai au bas mot de 150 mètres. De ma terrasse plus tard je le voyais toujours, plus haut que les immeubles de la rue. je distinguais ses piscines et ses tobogans aquatiques façon aquaboulevard. Je distinguais les silhouettes minuscules des gens qui prenaient le soleil. Il est parti dans la soirée, dans un crépitement de flash qui venaient de partout, de tous les ponts et de toutes les cabines (en baie vitrée avec chacune un petit balcon et deux chaises). j'en ai compté 4 étages de 80 pour un seul coté... faites le calcul. quels touristes américains pour quel tour du monde ? quel tarif à la semaine (oh by the way David Foster Wallace, Un truc soit-disant super auquel on ne me reprendra plus, est une lecture indispensable à qui veut en savoir plus. sur les bateaux de croisière mais pas seulement)

A istanbul Modern on exposait des extraits bien senti de la biennale de Venise. Notemment Regina José Galindo, petite guatemalteque en colère qui traverse la capitale de son pays en laissant de ses pieds nus des empreintes de sang en mémoire de ceux qui sont tombés. Elle se balade toute petite avec sa vasque pleine de sang et elle y trempe sespieds. et au bout de quelques pas il n'yena plus et les empreintes sont invisibles. alors elle recommence. Pas exactement local comme exposition mais c'était très bon. J'y ai découvert Semiha Berksoy qui me semble être un des pilliers de la culture Turque moderne. Une chanteuse d'opéra / peintre qui a collectionné les amants et les provocations. Morte en 2004 à 94 ans. Ses peintures sont à la fois naives narcissiques et violentes. J'aimerai en savoir plus. tout le monde a l'air de la considérer comme la mamie de l'art turque, l'attatürk de l'avant garde locale. Est-elle connue derrière le Bosphore ? je n'en avais jamais entendu parler. Et wikipedia ne fait pas son boulôt là dessus !

J'essaierai, si le temps est clément, et le temps est merveilleux depuis deux jours, de prendre un bateau pour la mer noire, le trip dure une journée aller-retour, et l'on mange parait-il du bon poisson en se la coulant douce, mattant gentilment les palais et autres villas sur le Bosphore. et pourquoi pas ?

Mes "vacances" sont confirmées, je pars le 30 pour le sud jusqu'au 3. je devrais, là bas sur la plage me débrouiller pour trouver une connection wireless. Il paraît que c'est jouable. D'ici là Vincent arrive le 27 et je crois qu'on va bien s'amuser.

a bientôt pout un post un peu plus plein, c'est promis.

PS : en discutant avec Mustafa j'ai réalisé que je n'ai jamais lu un article dans un journal français sur la Turquie sans le mot "islamiste" ou le mot "génocide". ah si quelque fois le mot "hooligan" quand ca parlait de foot. ca n'est pas seulement honteux, c'est grave.

16 octobre 2006

 

Towards the rising sun

Vendredi j'ai été malade. Et on a beau dire, loin de la maison avec de la fièvre, on se sent comme un petit garçon oublié par ses parents. Si on y ajoute une sombre histoire de bisou avec une locale qui s'est d'un seul coup refroidie comme un poulpe congelé, le moral n'était pas au plus haut.

J'ai cela dit été invité, après notre dîner avec mustafa et Filiz, à une soirée karaoké dans un bar "branché". Les gens, dont certains étaient à la performance la semaine dernière sur le toit du loft, m'ont accueilli très généreusement mais je n'avais qu'une envie : fuir. Vous êtes là seul étranger au milieu d'une bande d'excités qui ne parlent pas votre langue, et ils vont bientôt passer de la pop turque sur des images de cascade avec des sous-titres violets fluo, et tous vous posent les mêmes questions sympa mais sans intérêt, et c'est le moment vous dites vous de savoir battre en retraite dignement, droit vers la chambre, Parce qu'après tout y'à ptêt quelque chose à la téloche. Peut être aurais je pu faire un effort si j'avais été en forme, puisque on ne me demandait pas de chanter (mon turc est un peu limité). Et je les trouvais tous gentils. Mais ils étaient comme des ombres autour de moi, je ne voyais que mon lit. Je suis parti au plus vite, m'excusant avec force sourire, et je me suis couché tot.

Samedi c'était la longue marche jusqu'au café Pierre Loti, sis en haut du cimetière qui surplombe la corne d'or. Je me suis perdu dans les ruelles de Fener, Ballat et Eyüp, quartiers du districts de Fatih, un endroit étrange à la beauté décatie. Des rues qui fleurtent avec la destruction, quelques restes d'une époque peut être plus glorieuse, des porches, des balcons, des petites fontaines, des maisons jouets et des villas en bois au dernier stade de la décomposition, de minuscules salons de thé d'à peine un mètre de large, des voitures rouillées, des femmes presques toutes voilées. Le linge pend entre les maisons rapprochées, l'asphalte est troué et parfois inexistant, les pavés très mal alignés. à certains angles de rues, tendues entre deux ruines, des bâches de plastique sous lesquelles on distingue de la vie, des enfants aux cheveux durs comme du crin qui jouent dans la poussière. Un peu de Bombay venait de me rattraper en mon séjour stanbouliote. J'atteignais la mosquée du sultan et tombait en pleine cérémonie. le café Pierre Loti (ne pas confondre avec la rue déjà citée) a effectivement une vue sublime sur la corne d'or, mais c'est l'assemblage de locaux en goguette, de vendeurs de jouets, de touristes américains hurlants et de personnes assistant à des funérailles, qui m'a le plus marqué.

Je suis redescendu du nid d'aigle et me suis décidé à prendre le bus, après avoir failli mourir par suffocation en attendant un taxi qui jamais ne vint.
Deux choses à noter dans le bus bondé.
- la présence d'un vieux caissier/controleur on board assis devant un petit bureau avec des tirroirs en bois, moustachu tendance raffinée et bien cravaté...
- une incongruité totale d'un point de vue parisien : le ptit jeune qui monte par la porte de derrière et qui paie. Il passe simplement sans rien dire son argent aux voyageurs... qui le font passer jusqu'au contrôleur/caissier, toujours assis droit comme un i sur son siège, qui renvoie le billet et la monnaie par le même biais sans même en regarder l'origine. J'essayais de transposer la scène dans le 96 et m'en trouvais bien incapable...

samedi soir j'ai partagé un thé avec mes potes djeune's qui squattent chez Mustafa et j'ai été me coucher tôt, toujours malade.
Dimanche a commencé par un concert de musique classique turque au CRR, la salle Pleyel locale, qui se trouve dans un quartier d'affaire que je n'avais pas encore visité (et ne visiterai plus).
Ce fut instructif. Pendant que les musiciens jouaient (11h du matin ? était-ce un répétition, un concert pour des étudiants pas encore diplômés ?) on projetait des diapos (enfin de nos jour on dit "un power point" pas des diapos) avec les bios des compositeurs (grosso modo actifs vers 1900) et les paroles des chants. Des photos en noir et blanc d'hommes bien habillés qui portent le Fez, souvent la main sur un petit meuble trépied, dos au décor. La musique était grave et simple. Un violoncelle, une flute, trois instruments à corde que je ne pourrais pas nommer, un percussioniste endimanché qui faisait boom boom boo boom toutes les 5 mesures, l'air digne sur sa chaise. Je ne me suis pas envolé mais j'ai tout écouté sans broncher, sans une once d'ennui.

Après le concert le temps s'est levé (il faisait jusque là une pluie bavasseuse et gluante digne d'une mauvaise journée parisienne de novembre) et j'ai pris un Vapur pour Usküdar, de l'autre coté du Bosphore, dans la partie asiatique que je n'avais pas encore exploré. J'y ai fait une centaine de photos que je vous épargnerai. Des villas bien plus riches, des petites allées-jardins avec vue sur le Bosphore. Une ou deux mosquée très anciennes. J'ai rencontré des chats et des petites vieilles qui nourrissent les chats. Istanbul est une ville de chats. c'est très plaisant de les voir dormir, de les voir jouer, nourris par la population. C'est hospitalier, confortable pour un peu. J'ai même vu un gars parcourir 150 mètres avec un bol de lait (et je me suis dit qu'un drame familial avec ses enfants devait se tapir derrière cette histoire).
Je suis rentré et ai croisé Mustapha avec qui nous avons discuté un moment. Il était déjà 21 heures. Hop un Conrad et au lit. Je suis tombé sur cette phrase, qui m'a semblé tout à fait à propos :

"He retreated in good order towards the rising sun"

La semaine s'annonce artistique avec l'ouverture de la biennale. On en reparle.

PS : non personne ne m'a menacé de mort. Non les gens n'ont pas l'air de haïr les français même si on m'a mis en garde pour certains quartiers. J'ai vu une manif devant le lycée français, petite et pas spécialement haineuse, c'est vrai. A mon avis, sauf si je vais faire pipi ostensiblement sur une photo d'Attatürk devant la mairie, je ne risque rien.

13 octobre 2006

 

Baba Zula

Baba Zula, présentés souvent comme le point central de la scène d'Istanbul, ZE collectif qui fait bouger les choses. Je les ai vu au "Pulp" près de Taksim square.

Ils m'ont offert exactement le spectacle que j'attendais, le "stanbouliotisme" assez clownesque et furieux à la fois. la tension rock/punk et un bordel parfaitement local, et sans la moindre pincette de merde "world" façon transglobalunderground. Une espèce de géant moustachu fait souffrir son Saz dans de multiples effets, delays, rings modulators, il chante/hurle dans un micro bien trituré lui aussi. Derrière un percussionniste completement en transe balance des sequences si rapides qu'on plaint la peau de ses mains, et un homme à rouflaquette balance gentilment l'électronique... Un autre chanteur passe de temps en temps, chevelu et gras il hurle encore plus fort puis s'en va et on n'est pas trop sur qu'il fasse partie du groupe ou du public, et à chaque fois que la tension pourrait baisser un peu, il ya le feu dans la salle, la danseuse du ventre se pointe et érotise brutalement tout ce qui pourrait résister. Pendant ce temps le chanteur fait le clown avec sa casquette et balance à droite à gauche des blagues qui ont l'air de faire rire tout le monde. Le percusionniste à l'air de ne plus exister que par ses mains. Voilà c'est l'Istanbul que j'attendais, celui du film "crossing the bridge", du club sale et plein d'énergie. Ce fut délicieux.

En sortant je me suis fait aborder par un loqueteux camé qui me disait "i sleep with you i am gay you know" après m'avoir tapé un de mes précieux cigarillos.

sinon j'ai découvert, enfin mustafa et filiz m'ont emmené dans, une cantine où les poivrons farcis coutent 1,5 lira. Soit un peu moins d'un euro. Le monde est beau.

11 octobre 2006

 

Superceinture

Quand j'ai regardé la ceinture sur le petit étal, des barres de fers juchées sur roulettes où se tiennent une cinquantaine de modèles d'imitation pour la plupart de Dolce Gabana, à coté du resto qui fait l'angle avec mon supermarché Dia je me suis demandé si rien que le fait de regarder n'allait pas me lancer dans une spirale "achete mon fils achete" ... et j'avais besoin d'une ceinture, merde, ça fait longtemps que la mienne n'est plus qu'une triste loque, et puis non le petit vieux me regardait du coin de l'oeil mais sans plus.

finalement je me suis approché. j'ai essayé. il m'a dit "This one too big" et m'a aidé à essayer l'autre. Il portait une veste marron et une chemise blanche, il etiat trapu et jovial. Je pensais marchander un peu mais il a commencé les prix à 5 lira, soit environ 2,8 euros et je me suis dit "à quoi bon nom de dieu". je lui en ai donné vingt et ila du faire le tour de la rue pour trouver de la monnaie. du coup tout le monde me regardait. Mon vendeur de cigarillo était la aussi et il m'a fait un sourire où il manquait quelques dents. Le gars du Dia aussi. Je deviens un vrai local.


Hier j'ai vu SuperSilent au Babylon. Je me suis fait draguer, oui oui je confirme, deuxieme fois en deux jours, par une fille qui travaille dans une agence de marketing (fais nous rêver encore, turquie millénaire). et dont j'ai encore une fois honteusement pas retenu le prénom. Je sais qu'à Paris il faut s'excuser pour dire à une femme qu'elle a son lacet défait, pas ici ! Je suis parti apres vingt minutes de conversation pourtant plutot marrante (ses amis en couple s'engueulaient et elle m'a fait une sorte de portrait au vitriol des relations de couple et du mariage ce qui, vu ma situation, m'a bien fait marrer), juste à la fin du show, et je sais que même si j'ai été poli (je voulais aller me coucher quoi ! je comptais même vaguement lui dire que demain je serai au concert de baba zula) je l'ai vexé. Elle m'a même pas dit au revoir, dés que j'ai esquissé le mouvement du départ elle m'a tourné le dos. Peut-être suis je un malotru ? Je suis sur qu'il y avait pleins d'hommes potentiellements nus et forts (comme des turcs, des beaux-forts quoi) pour qu'elle se remette de mon insulte à sa beauté. Supersilent étaient très bons au fait. Sans être superdépaysant puisque j'aurais pu (du) les voir à Paris une bonne dizaine de fois.

Ce soir ca sera Baba Zula, et visiblement les locaux attendent ça avec impatience. z'ont quand meme travaillé avec nombreuses stars de la musique orientale, avec alexander Hacke, avec Mad Professor même !

10 octobre 2006

 


... échaffaudages à Sainte-Sophie

 


... Japonais à Sainte-Sophie

 



... Américains à Sainte-Sophie

09 octobre 2006

 

Aux Sanzelise avec le captain Akça

3 jours sans nouvelles ça frise l'indécence je sais....
Reprenons, ou en étions nous ? Ah oui à crosser l'bridge. Ce que j'ai fini par faire samedi en fin de matinée. Un pont plein de pêcheurs avec une sorte d'étage à ras de l'eau où les restaurants vendent tous le même poisson grillé qui d'ailleurs m'a l'air bien bon. Je me suis ensuite perdu dans les bazars ("grands" ou "égyptiens" pour les cloaques montmartrois luxueux à touristes), les rues commerçantes. J'ai déjeuner dans un restau où le proprio parlait un excellent français et m'a tout de suite dit "je suis dans le petit futé, page 193". Il faut dire sur ce point, assez angoissant pour mon pays, que un peu plus de 100% des français se baladent à Istanbul avec leur guide. Je dis un peu plus de 100% parceque si TOUS ont un guide (routard 60%, Lonely planet 30%, divers 10%), certains COUPLES se balladent avec UN CHACUN... ce qui nous fait un bon 103% de voyageurs français le nez dans leur guide... bref ! Je me suis fait quelques indispensables spots pour tout voyageur qui se respecte : Sainte-Sophie, la mosquée bleue. Je ne m'étendrais que peu là dessus. Sainte-Sophie a 1500 ans au compteur et n'a pas trop besoin qu'on lui fasse de la retape. C'est peut être le monument le plus hallucinant qu'il m'ait été donné de voir (église pendant 1000 ans, mosquée pendant 500, sécularisée depuis 70 ans, ca fait des layers dans le cake ça !), Rome compris, Petra compris. Même si ça n'a rien à voir, j'ai eu un sentiment assez proche de celui qui m'a frappé à la vue du Panthéon à Rome (que j'appelais d'ailleurs le Vaisseau Spatial. Et bien sainte sophie c'est le vaisseau amiral de la chrétienté dirons nous avec un accent dantecquien).
Samedi soir fut solitaire et bruitiste.
Dimanche j'ai pris un bateau le long du Bosphore. A peine avais-je pris le pont que le "Captain Akça", un turc jovial qui baragouinait un français difficile à déchiffrer, venait me proposer ses services au long cours avec son petit bateau. J'ai accepté sans même négocier, parceque parfois le piège à touristes a du bon. La promenade nautique n'a connu qu'un seul incident, le lâchage minable des piles de l'appareil numérique, donc pas de photos des deux ponts gigantesques ni des impensables palais sur le Bosphore, ni des portes containers géants qui menacent de vous renverser à tout moment, ni des touristes hollandais bruyants qui partageaient mon frèle esquif.

Revenu sur terre, je me suis promené du coté de la rue Piyer Loti (oui oui c'est lui) et des jardins de Topkapi. Sur le chemin de nombreuses maisons en bois dans un pur style oriental, très annnées folles ou datant peut être même d'encore avant. Elles sont souvent abandonnées et prennent un charme défoncé, une patine très particulière, vermoulue.
J'ai laissé passer l'heure et raté le très prometteur concert de Fred Frith (hallucinant guitariste de Jazz responsable du très estimable "step across the border", faut sortir quoi !) associé à des laptopers qui joueaient au Babylon. Du coup j'ai mangé un vieux poulet au Pilav dans une cantine sans ambition et suis rentré me coucher dare dare.

Aujourd'hui c'était un peu le début de mon intégration urbaine. Filliz, l'amie de Mustapha qui m'a trouvé l'appartement est rentrée d'Espagne. Elle m'a invité à ma première performance d'artiste dans un Loft/apparetemetn local ! Sur la terrasse, un lit à barreau et un percussioniste fou qui joue avec des apaux (apeaux ?) à oiseaux et tape à coup de pied sur des cymabales. La danseuse mîme un réveil difficile puis geint et rampe pendant bien dix bonnes minutes. La vue de la terrasse a un angle différent de la mienne et remonte jusqu'en haut de la corne d'or. Je bois du rosé. La performance est fumeuse mais c'est que du bonheur. Le public est cool. En imper colombo et basquettes blanches, en moustache en verve, en oeuvres mosaiques sur verre exposées le long des murs. Enuite on se tappe les courts métrages d'artistes avec des garçons nus sur la plage et de la poésie en surimpresion, en turc forcément. Je bouffe un ou deux bretzel et j'entends parler français, et plutot bien. La légende du lycée de Galatasaray aurait donc un fond de vrai, la jeunesse cultivée est francophile.

Au retour du resto, pas très local et peu dépaysant, je me suis fait draguer par une coiffeuse. Elle m'a payé un thé. Elle ne connaissait pas un mot d'anglais et ce fut un tantinet rameur, avironier, longuet. Bref j'ai fui. On dit Koaför ici au fait. On dit aussi Etikett, Virgül, kartpostal, Sanzelise (je vous laisse deviner celui là, une perle). Il y en aurait environ 4000...

J'uplaoderai quelques photos dés demain si tout va bien.

Sa Ol les amis, Sa Ol.

PS non confirmé : suis invité en vacances début novembre dans le sud de la Turquie dans un resort où même en fin d'année il fait chaud... ai décidé de reporter mon retour d'une semaine, d'autant que le frangin vient faire une petite visite. Ca me permettra de voir Colder, groupe de rock de jeunes parait-il assez prometteur qui jouent ici le 4.

07 octobre 2006

 



Le piéton flou

 



L'autre bridge

 



Le bridge

 

crosser l'bridge


Hier j'ai "quitté" tôt le travail bien décider à crosser l'bridge. Mais j'ai croisé les amis de Mustafa, mes trois symapthiques zonards étudiants qui squattent l'appart de mon tôlier pendant que celui ci se donne en scène (il est danseur) en Espagne. Ils m'ont proposé un tour en voiture et voilà que l'Asie s'est encore glissé entre mes doigts. Je la regardai s'éloigner avec un vague regret comme nous plongions dans les impenssables embouteillages locaux.... Mais j'ai pas regretté non, loin de là... Ils sont prévenants avec leur hôtes les turcs, et on a bien ri avec nos tentatives de tourner autour de l'anglais pour s'exprimer (bon il y a en a des trois qui s'avère parler pas mal du tout). Donc les voilà qui me conduisent à travers la mégapole, me donnant le siège de devant avec un petit geste de la main, me faisant choisir le siège dans les bars où la vue est la meilleure, payant ma bière, me demandant toujours si tout va bien etc. C'est très vivifiant des gens aussi gentils. Nihrat le chauve (à 22 ans !) est maqué depuis 8 ans et compte se marier l'année prochaine, c'est le plus doux et le plus "traditionnel" de la bande, XXXX (je n'arrive pas à retenir les prénoms turcs j'ai honte), celui qui ressemble à un ours nerd est informaticien et très cinéphile, et Ocurum (je vous donne ici une version phonétique probablement pitoyable de son nom) est le tombeur, celui qui parle bien anglais, qui a la voiture, la coupe de cheveux soyeux qui volent au vent, qui envoie des sms à trois filles différentes mais répète sans cesse qu'elles lui brisent le coeur... ah ça oui ce fut une belle soirée ! Il faut tout de même signaler deux questions sur les français

- est-ce vrai qu'ils sont tous gay ? (celle là m'a laissé tellement baba que je n'ai pas su quoi répondre)

- Pourquoi est-ce qu'ils n'aiment pas les turcs ? (celle là m'a donné envie de regardermes pompes et l'affaire arménienne n'a été évoquée qu'en rapide, personne n'avait envie de s'embrocher la dessus, et moi surtout pas de donner des leçons d'humanisme à la française.)

et une remarque finale
"oh finalement tu n'es pas froid pour un français. je les croyais méprisants"

(Ah ! la grandeur de mon pays !)

Nous sommes ensuite rentré, ils m'ont montré fièrement la vidéo d'un spectacle de Mustafa et Filliz (pas mal du tout d'ailleurs dans le genre avant garde et "danse à contrainte".) et fait écouter du folk et de la pop turque (oui il faudra que je revienne là dessus), ont voulu me faire à dîner mais on raté les pates à cause du gaz qui s'est épuisé "macaroni no good. gaz finished. we go restaurant"... du coup j'ai ENCORE bouffé des Köfte. Je vais mal finir c'est sûr. Au final on a fait joujou avec Google Earth en buvant du vin et parlé cinéma (les réalisateurs coréens ont la cote dans ce pays !). Je me suis couché heureux et reveillé avec un terrible mal de crâne, le Buzbag ca arrache les neurones. Le Buzbag plus jamais ! Le Buzbag n'estpas ton ami !


Bon c'est pas tout ça mais j'vais aller crosser l'bridge, j'ai des turcs à faire moi.

06 octobre 2006

 

à la demande générale




suite aux plaintes reçues par centaines au courrier des lecteurs voici une photo non pas de la vue de la terrasse mais de la terrasse elle-même, enfin la partie que j'utilise puisqu'elle est bien 4 fois plus grande que ça.

oui je sais il fait blanc aujourd'hui.

05 octobre 2006

 

School of free surf

Jusque ce soir mes occupations nocturnes étaient simples : je faisais de la musique à la lueur de l'ordi en regardant l'immensité urbaine du coin de l'oeil . C'était une sensation grisante, c'était Byzance mais vu de haut. Cette fois je suis sorti voir Istanbul. Le club de Jazz Babylon qui effectivement est impressionnant dans le genre branché dernier cri (et cher comme le 8e arrondissement de Paris à peu près). Programmation à venir avec du vrai pointu de chez pointu : Fred Frith, Supersilent entre autres ! Istanbul commence à révéler ce qu'elle a dans le ventre, et pas que de l'exotisme oriental les enfants !

J'ai donc pris mon billet à 20 livres turques pour Accoustic Ladyland que je ne connaissais pas. A.L c'est le sax du Dick Dale de Pulp fiction (les mêmes mélodies imparables 100 000 fois entendues) joué par un énervé très très chatouilleux sur le gargouillis bruitiste. Le gars en met partout c'est bien simple. A ses côtés, un bassiste monstre (le genre à balancer une énormité noise sans bouger d'un milimètre, l'air calme et détendu, satisfait, barbu), un batteur costaud et surtout un clavier nerd tout droit sorti d'un casting. On dirait celui de school of rock* en plus vieux pour les connaisseurs. Ah ! cette veste moche sur cette chemise tachetée de rose encore plus moche ! Ah ces lunettes et cet air gauche d'ingénieur (seulement quand il ne joue pas)... le gars doit avoir des triples albums de Yes plein ses placards ! Et il ne lésine pas sur le son : carrément les présets les plus ignobles d'imitation de guitare. Et ça fonctionne tout ce petit monde, et plutôt bien. On a le double ou triple effet jouissif : la mélodie surf foireuse, le bruitisme jazz, la saturation de basse bien métal/power rock, le son de clavier inimitable. Succès garanti, foule en délire. En première partie, les mêmes ou presque, sous le nom de polar bear la jouaient plus subtil, doux et électronique (un laptoper émerite dans un groupe free ! du patch max dans le jazz !), avec un autre saxophone en renfort. (ténor, ventripotent et en chemise hawaïenne, bien sûr). L'adage éternel "trop de saxophone tue le saxophone" fût encore une fois vérifié. j'ai failli partir mais bien fait de rester.

Ceux qui avaient demandé Istanbul pourront revenir demain.


* Si vous n'avez pas encore vu school of rock, cessez de dire dans les dîners que vous aimez le cinéma.

 

Ah !


on a beau dire on a beau faire il est impossible de faire une bonne photo d'un paysage urbain, si sublime soit il avec cet appareil. enfin disons : j'en suis tout à fait incapable. alors faute de mieux...

 

Pour en finir avec les Muezzins

Non non non. A votre arrivée à l'aéroport vous n'êtes pas arrêté par un gros moustachu suant le fantasme du viol de l'Europe par le sale orient qui va vous faire vivre l'enfer dans un cul de basse fosse. Non aucune musique électronico symphonique ne résonne à vos oreilles. Non personne n'a caché la moindre parcelle d'héro dans votre ceinture. Non c'est une autre chanson celle d'Istanbul. Pour le tout frais arrivé comme moi, qui voit de la poésie partout, Istanbul c'est les Muezzin. Je passe ma vie a les enregistrer au micro pourri du mac. Ce qui les rends merveilleux c'est leur hum asynchronicité ? les muezzin chantent un canon tout a fait arythmique... le premier vient comme une rumeur qui traverse la ville, qui s'affadit et s'estompe comme la voix se réverbere via les ruelles, les escaliers, les antennes satelites, les toits en taules... il traverse péniblement l'eau, sautant d'un vapur à l'autre, noyé par les basses des immenses navires commerciaux...mais il vous parvient quand même, s'associant avec d'autres encore plus lointains que lui, ils vous chatouillent les lobes ...elle est là la rumeur et vous savez que bientôt vous allez y avoir droit... et voila votre Muezzin de quartier, le minaret, là juste au dessus dans la rue Yuksek Kaldirim,, qui vient tout écraser, tellement proche qu'on le croirait installé sur la terasse ! Le son est puissant et délicieusement saturé, totalement en contraste avec ce qui n'était encore qu'un habillage urbain parmi d'autres. et à chaque respiration, à chaque pause, un muezzin un peu moins proche prends le premier plan. un ou des. ils sont des dizaines, des centaines. L'appel sent à la fois l'urgence et la paix, le devoir et peut être même l'abandon, à la communauté,à dieu, au supérieur, à l'invisble. Tout ce qu'on aime pas trop par de chez nous ! Les cloches font elles le même effet aux touristes en Europe ? Je ne sais pas. Les cloches ne chantent pas, elles sonnent. Elles ordonnent mais ne suggèrent rien. Elles rationalisent et c'est un comble.
En deux jours on progresse en muezziniologie et on commence, même à grande distance, à distinguer ceux qui braillent de ceux qui hurlent, ceux qui annonent de ceux qui chantent. On a jamais demandé à un religieux d'être un musicien, ici comme ailleurs.

peut-être que d'ici peu je rirai de ce billet-bleu et que j'appelerai la marechaussée pour me plaindre de ces gens qui hurlent dans mon quartier 5 fois par jours. et dés le lever du soleil en plus ! La Turquie a-t-elle son armée de pétainistes délateurs ?

04 octobre 2006

 

Le hall



petite photo du hall d'entrée by night. riant hein ?

Je viens d'être surpris en train de faire de la musique, casque sur les oreilles, par trois amis de Mustafa passés partager une bouteille de viski. Ils m'ont gentilment tapoté sur l'épaule, inutile de dire que je n'attendais personne dans mon perchoir, et j'ai eu un mouvement de pure terreur. j'ai mis 10mn à m'en remettre. la barrière de la langue n'aidant pas on a pas bavassé longtemps mais ce fut sympathique.


suis aussi un peu sorti dans la grande artère qui fait passer les ramblas pour une vulgaire ruelle de Montauban et les champs élysée pour... les champs élysées (mais qui va encore aux champs élysées bordel ?)... c'est ramazan faut dire. C'est une ville riche Istanbul. et effectivement on y croise à longueur de temps des femmes voilées de la tête au pied et d'autres en minijupes, des petits vieux moustachus poivres et sels qui vendent trois cigares et des connards à téléphone portable en fluo vert qui portent des chemises chères et moches. Je suis vite remonté à mon perchoir, la solitude c'est beaucoup plus facile quand on est tout seul. le tourisme on verra ca ce week end.

premier concert : j'irai voir baba zula (groupe dub/psychédélique very hype remarqué via le film crossing the bridge) mardi prochain avec mes amis à qui je n'ai que peu à échanger à part quelques sourires un peu gênés. en attendant je me contente de bosser le jour en regardant la ville changer de couleur, et de faire du son le soir, en regardant les reflets sur le bosphore, les vapur tout éclairés qui font la traversée et les minarets gigantesques de la mosquée bleue. ça pourrait être plus dégueu.




PS : club se dit Kübülü. Lost Highway se dit kayip Otoban. Il fallait que ça soit dit.

 

du lierre et du sésame


La première nuit a été difficile. Comme un petit enfant j'étais sans mes repères dans le noir dans cette chambre un peu miteuse, faut quand même le dire, perdu dans Istanbul, dans cette rue un peu cracra (faut quand même le dire).

Mais le réveil a effacé les petites angoisses névrotiques. J'ai marché un peu... suis tombé en plein quartier des instruments de musique. Joli hasard ou : y'a pas de hasard sur terre ? Ruelles avec lierre et enfants qui jouent, immeubles superbes mais décatis, petits restos/cafés un peu partout, atmosphère quasi piétonière, passages art déco comme à paris 10e mais oubliés des promoteurs et des restaurations dysneyisantes... je suis tombé amoureux ! Le patissier m'a engueulé de lui proposer un billet de vingt trucs pour mon malheureux pain au sésame alors il me l'a offert en me disant "your money too big". Le monde était radieux ce matin.


J'allais oublier de mentionner que TOUT LE MONDE porte la moustache.

GG

03 octobre 2006

 

Vue de ma terrase, première




premiere photo numérique de ma vie ou presque d'ailleurs... la terasse est là comme promis et elle est immense. et quelle vue ! ne mentionnons pas les muezzin qui ont eu le bon gout de chanter dés mon arrivée. ajoutez à la rumeur automobile le son des sirènes de bateau, et la vue dantesque des afffreux immeubles autour de moi... des ex superbes immeubles abandonnés dirons nous. taulier sympathique qui parle anglais. la ville est trop immense pour être appréhendée pour le moment. comme toujours quand j'arrive dans un lieu si différent pour une longue période la première sensation est celle d'une hostilité générale du monde. ça passera dés que j'aurai dîné, et justement el tolier m'a invité ce soir... il s'appelle Mustafa au fait !

 

Istanbul - préliminaires




Dernière photo avant embarquement. Dernière photo tout court pour K & moi (oui elle dirai que j'ai une vague tendance à dramatiser).

28 juillet 2006

 
A propos de Floyd Landis.

Drôle de couverture de Libération furax contre le tour de France et Landis ce matin. Le vainqueur était dopé ! quelle surprise ! La première réflexion qui vient à l'esprit : et alors ? pourquoi ne pas assumer ce que de toute façon on ne peut pas interdire ? Et puis pourquoi l'interdire ? Cela enlève-t-il vraiment à la dramaturgie, à la dedication (une vie ! rien de moins !), à l'effort fourni par tous ces gars ?

Le même jour j'ai lu, via wikio, que les français voulaient "cloner" (autoriser le clonage pour raisons thérapeutiques, dans un premier temps).
La conclusion s'impose d'elle même... à terme on crééra des sportifs de hauts niveau un peu comme dans cet épisode de Judge Dred où l'on voit les jeux lunaires avec des athlètes génétiquements préparés (crane allongé en forme d'obus pour le saut à ski, bras gigantesques, troisième jambe etc).
On peut imaginer un cycliste avec des jambes immenses un tronc minuscule et léger, des bras très fins et une tête minsucule, en épingle. Un corps parfaitement adapté en somme.
On peut même imaginer des... fermes de cyclistes plutôt que des écoles. Principe qui s'adaptera, la haute technologie finissant toujours par devenir banale, à bien d'autres domaines (des lebensborn de gymnastes sexuels pour les besoins de Hollywood, des hommes modifiés façon ours pour le grand nord ETC).
Bien sûr là le géniteur déciderait pour sa progéniture... d'où un décalage d'une génération et de regrettables questions éthiques nouvelles sur le libre arbitre du clone etc.
Une solution serait d'avoir un clone génétiquement préparé, une copie à l'ADN arrangé en fonction des objectifs de performance, qu'on pourrait éliminer/régénérer à chaque course. Le mental appartiendrai toujours au géniteur (transmission des ordres via des puces et une sorte de wifi avec le géniteur en émission et le clone en réception) et le sportif deviendrait alors plus le cerveau de son clone, depuis un velo d'appartement ou depuis son lit, que le véritable performer. Ca nous rapprocherai un peu du jeu vidéo finalement. On va bien s'amuser.

21 juillet 2006

 
"Humains mais fermes" : la guerre des mondes (brouillon de sa race)

Sarkozy sur les étrangers : fermeté et humanité.
Delanoé sur les SDF dont les tentes infligent à Paris la réalité de son indigence : humanité et fermeté.
C'est le même discours et la même logique d'exclusion au nom de l'humanisme. fermeté/fermeture

Ce qui est en jeu ça n'est pas le drame humain (qu'on pourra toujours "apaiser" devant les caméras) mais la menace qu'un monde fait peser sur l'autre. Il n'y a plus de classes dangereuses comme dans les années 60. Parceque les classes dangereuses vivaient parmi nous malgré tout. il fallait les discipliner, les réprimer, les exploiter, mais ils faisaient partie de l'ensemble.

Une ligne de partage insensée zigue zague à travers toute chose, tout lieu. Des frontières physiques ou non mais infranchissables. Le monde occidental, le "capitaloparlementarisme" bien nourri, et les autres, les tiers et quart monde. L'enjeu ici est la protection physique, l'institution du mur qui empêche toute porosité et protège notre monde (le même mur qui va bientôt séparer les USA du Mexique). Ce que font Delanoé et Sarkozy : des barrières. des océans. du vide intersidéral. une protection. un tampon (hygiénique). Les tentes de médecins du monde ont révélé le mur, elles se sont découpées sur un horizon métaphorique en forme de frontière bétonnée.

Le pauvre qui vit en ville n'a pas le droit de s'y installer. Il est dans les faits un envahisseur : il occupe l'espace public. son occupation n'est tolérée que si elle est nomade. que si il se comporte comme tout le monde finalement. Sédentariser le pauvre c'est lui donner sa PLACE dans la ville. d'ailleurs les tentes dérangeaient bien moins en hiver, la mesure paraissait alors urgente et donc provisoire... mais en été on se rend compte tout à coup que nos pauvres, chose insensée, VIVENT DANS LA RUE , on les préferait survivants... et puis c'est plus facile quand on a pitié d'eux ça permet d'occulter les individualités, les gens quoi... alors que là les gars font la fête ! ils braillent ! ils dorment ! nom de dieu : le clodo existe ! et il est PARMI NOUS !

Ce que nous disent Delanoé et Sarkozy : cachez le plus laid, ouvrez quelques lits supplémentaires... nous disons : laissez les crevards manger les miettes ! qu'ils s'installent ! la ville est aussi la leur !

Lagos et Bombay* !

* à Bombay, certains immeubles dont les habitants sont plus riches que ne pourrons jamais le rêver les notables du 16e et les startupers du 11e sont envahis dans leur cour intérieure par des maisons de sacs plastiques, et les enfants pouilleux font la manche devant le gardien dans sa guérite. trois mondes, trois classes si vous voulez, en un seul espace. Je ne dis pas que les riches habitants les acceuillent à bras ouverts, "leurs pauvres". Je ne dis pas que Bombay est une ville merveilleuse. Je dis qu'ils ne peuvent pas faire autrement. L'espace public est squatté jusqu'a la moelle. échangeurs, trotoirs... là bas, il n'y a qu'un monde et le vivre ensemble est une obligation, pas une fiction. Et peut-être ces "gens là" ont ils plus de chance que nous de faire face au prochain siècle ?

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